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Je Suis une Légende
Richard Matheson
Gallimard, Folio SF, N°53, SF & Fantastique, roman (traduction), 230 pages, mai 2001, réédition 2007, 5,10€

Un vampire est né sur terre, y a vécu et a connu l’heure de son trépas. Ses chairs sont retournées aux premiers principes. Mais, pas de bol, il revient pour se nourrir du sang des vivants.

Suite à une contamination bactériologique d’origine indéterminée, l’espèce humaine devient vampire.
Toute ?!!? Non !!!
Un homme, Robert Neville, résiste encore et toujours à l’envahisseur.
Il va même finir par devenir une légende...



Un jour, je tombe sur « Le Survivant-The Omega Man » avec Charlton Heston et Anthony Zerbe sorti en 1971. C’est la deuxième adaptation du roman de Richard Matheson après le film italien de 1963 (titre original : « L’Ultimo Uomo Della Terra-The Last Man on Earth (Je Suis une Légende) » avec Vincent Price, bien avant le « Je Suis une Légende » que Francis Lawrence vient de réaliser avec, dans le rôle principal, Will Smith (sortie en France : 19 décembre 2007).
C’est une révélation cinématographique. Bien des années passent avant le plongeon dans le bouquin au format intéressant. Trop court pour un roman et trop long pour une nouvelle, il est au juste milieu : en plein dans la transition existentielle que vit le héros qui change de mode de vie car le monde qui l’entoure évolue.

« Je Suis une Légende » est paradoxalement très drôle. Certes, à priori, ce n’est pas le qualificatif qui vient à l’esprit. Mais, si, si !!! C’est vrai.
À titre d’exemple, le héros cherche et lit le « Dracula » (1897) de l’Irlandais Bram Stoker à la bibliothèque pour y trouver conseils et solutions. Or, le roman tient plus du mythe et de la légende que du “guide de survie en milieu hostile” !
Sur un ton moins humoristique, la Guerre Froide a déjà commencé quand « Je Suis une Légende » sort en librairie en 1954. Les bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki (06 et 09 août 1945) n’ont pas 10 ans. Dans les années 50, un risque réel (ou supposé) de guerre nucléaire hante les esprits. On envisage presque la mutation de l’espèce humaine.
Le vampire garde alors son symbolisme métaphorique : on y met nos peurs, nos angoisses et nos tabous. Exactement comme à l’Époque Victorienne (période de publication du « Dracula » de Stoker) pendant laquelle une discussion un rien osée était inconvenante.

Quoi qu’il arrive aujourd’hui, nous ne sommes pas prêts de nous débarrasser de ces monstres !

Cécilia Jamart

UNE AUTRE CRITIQUE

Et un jour on se retrouve seul au monde, abandonné, en proie à ses pires terreurs.
Obligé d’affronter des hordes de vampires qu’il va débusquer le jour pendant qu’ils dorment pour mieux les occire, Robert Neville va peu à peu comprendre que « c’est la majorité qui définit la norme, non les individus isolés ».
Aïe, ça fait mal !

Renversant les valeurs et les figures de style habituelles du roman de vampire classique, Richard Matheson dresse en 230 petites pages, typographie moyenne, un modèle de roman parfait. Pas un mot à retirer ou à ajouter, une intrigue structurée au millimètre, une logique implacable et un style clair et concis, le tout au service d’un récit totalement maîtrisé.
Puisqu’aujourd’hui le lecteur veut voir des images en lisant, on pourrait dire qu’avec Matheson, il en a pour son argent. Ce n’est pas faux, quelques scènes d’actions pures, quelques séquences de désolations titillent justement l’imaginaire et les connexions neuronales, mais tout le roman n’est pas là et cette vision serait réductrice.
Au fond, tout se passe aussi dans la tête de Robert Neville et rien ne peut se terminer sans sa prise de conscience finale et son sacrifice quasi volontaire et rédempteur.
Puisque le dernier des hommes doit mourir afin de permettre la naissance d’une nouvelle humanité, autant qu’il le fasse avec panache, grandeur et devienne une légende. Soit.

En trois adaptations cinématographiques honnêtes et de qualité dont la première (« The Last Man on Earth ») est sans doute la meilleure et la dernière la plus transgressive par rapport au roman original, le texte de Matheson s’est révélé inadaptable. Certes, « Le Survivant » et le récent « Je Suis une Légende » ont tous leurs avantages et ne trahissent pas obligatoirement le roman -quoique la version 2007 prenne de très grandes libertés avec le propos final en l’inversant quasiment et transforme les vampires en mutants numérisés 3D un peu décevants- mais aucun des trois n’exploitent véritablement la piste existentialiste originelle. Elles oublient aussi l’humour sarcastique et dévastateur qui se joue des codes et du mythe de Dracula dans un twist final dévastateur.

On n’en est pas plus surpris ou déçus que ça, tant il est vain d’espérer des miracles supplémentaires quand on en tient déjà un beau entre les mains !

Lisez le roman et vous comprendrez !

Stéphane Pons

MINI DOSSIER RICHARD MATHESON

Titre : Je Suis une Légende (I am legend, 1954)
Auteur : Richard Matheson
Traduction : Nathalie Serval
Genre : fantastique, science-fiction
Éditeur : Gallimard
Collection : Folio SF, numéro 53
Site internet : Folio SF & Gallimard
Dépôt légal : mai 2001
Réédition : novembre 2007
Format (en cm) : 12 x 1,5 x 18 (poche/broché)
ISBN : 2070418073
Prix : 5,10€


Stéphane Pons
Cécilia Jamart
18 décembre 2007






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