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Lou après tout, tome 2 : La Communauté
Jérôme Leroy
Syros, Hors-série, roman (France), post-apo, 421 pages, octobre 2019, 17,95€

Lou est désormais seule. Elle marche, décidée à revoir la plage là où son Guillaume lui a appris à nager, et à y mourir. Las, les choses ne sont pas si simples... un trio de jeunes garçons, en uniformes, vient à son secours. Et avant de partir avec eux, vers la communauté de Wim source d’espoir, elle se souvient par quoi elle vient de passer, à errer seule.



Car si Lou est une enfant de ce monde d’après, habile à tuer les agiles Cybs ou à esquiver les Bougeurs, perpétuellement sur ses gardes, elle n’en peut plus. Avec Guillaume est partie sa raison de vivre, son âme sœur, sa moitié, son partenaire. Elle entame son ultime voyage, semé de pièges. D’abord un hotel de luxe fortifié par une petite communauté, qu’elle découvre saccagé, les hommes tués, les femmes et enfants enlevés. Epuisée, elle se laisse aller à un peu de repos, dans ce qui ressemble à un havre de sécurité, et même au luxe d’une salle de bain avec de l’eau chaude ! Un relâchement de vigilance qui manque lui être fatal, puisqu’elle se fait surprendre par un vieux Solitaire, Emile, mi-récupérateur mi-marchand de tout, y compris d’esclaves... Si elle échappe au viol c’est de peu, et elle en a conscience, et l’arrivée d’une meute de Bougeurs les contraigne à collaborer. Elle seule en réchappera arrivera sur cette plage où elle veut mourir.
Et où elle va rencontrer Amir. C’est le coup de foudre, elle ressent dans son ventre tout ce que son Guillaume a écrit à propos de Charlotte. Elle va donc le suivre jusqu’à Win, une vaste communauté qui brandit des idéaux de fraternité mais dont le dirigeant, Michael Sanders, a tout d’un séduisant dictateur.

« Le Grand Effondrement » jouait sur la juxtaposition entre passé et présent. Dans ce second volume, Jérôme Leroy joue encore davantage avec la construction en flash-back. Un procédé à manier avec précaution, car si l’on se doute que l’héroïne ne va pas mourir avant la fin (on est pas dans « Game of Thrones »), on pourrait perdre une partie du suspens. Il n’en est rien, au contraire.
Car ce n’est plus la possibilité du chemin qui nous importe (« arrivera-t-elle à son but ? ») que les étapes qu’elle aura franchies pour y arriver, et leur impact sur sa décision. A la perte de Guillaume s’ajoutent les horreurs que les hommes survivants s’infligent entre eux, massacres, pillages, viols, enlèvements, qui les années précédentes les tenaient déjà à l’écart des communautés. Aujourd’hui seule, Lou revoit tous les choix de son père adoptif pour la protéger de leur propre espèce, bien plus sournoise que les Entre-Deux.

Face à Amir et ses deux amis, la voilà donc face à un choix : elle ne peut plus mourir, et ne peut pas survivre seule. Est-ce que la communauté, la solidarité pourra durer ? Elle veut y croire, comme à l’amour qu’elle éprouve pour leur jeune homme. Elle a aussi retrouvé une des petites filles de l’hôtel, Cesaria, et endosse le rôle que Guillaume a eu pour elle.
Son choix fait, l’auteur nous envoie trois mois plus tard : Lou est emmurée dans un bunker, et la marée monte, la condamnant à mort, et elle se remémore, en culpabilisant, de ne pas avoir vu les évidences lui crever les yeux, d’avoir laissé le sentiment de sécurité et le confort la ramollir jusqu’à baisser sa garde. Le lecteur la pardonnera : elle aura choisi de vivre, de profiter de l’existence au lieu de demeurer perpétuellement sur le qui-vive. Elle aura appris à faire confiance, à compter sur les autres. A se sociabiliser. Quitte à oublier, un peu, trop, les dangers soulevés par les ambitieux détenant trop de pouvoirs.

A ce titre le Délégué de Wim est un modèle du genre. Ancien grand patron, il a très vite fédéré une communauté dès la nuit de la Grande Panne, profitant de sa position, des armes de ses gardes du corps, pour s’imposer « naturellement » en leader. En se cachant derrière un discours bien ficelé, escamotant les libertés individuelles au profit de la sécurité collective, il rappellera sans mal les ténors des partis de droite des gouvernements actuels d’Europe. L’actualité résonne plus que jamais dans « Lou après tout ». Aux côtés de l’héroïne, nouvelle arrivante à Wim(ereux), on remarquera vite les dérives de son système populiste. Malgré un conseil où pourrait s’exprimer l’opposition, menée par Maria, le Délégué se joue de sa propre loi, et n’hésite pas à faire passer ses manquements pour des faveurs au nom du bien commun. Au travers de Michael Sanders, Jérome Leroy démonte les rouages mentaux de ces hommes qui, hélas, sont au cœur de nos sociétés capitalistes actuelles, qui dictent des lois pour les autres qu’ils s’empressent d’enfreindre ou de s’en exempter.

Certains les suivent aveuglément, se satisfaisant de ce qui est offert sans se soucier de ce qu’ils lui abandonnent, et d’autres refusent. Durant le séjour de Lou, elle voit le système se fendiller, plusieurs jeunes remettre en question les choix sociétaux, notamment sur le mariage. Il est donc évident que l’amour librement exprimé de Lou et d’Amir, parfait écho de celui de Guillaume et Charlotte, fasse grincer des dents, et les conduisent à une exécution discrète qui serait justifiée a posteriori.

Mais tous ne sont pas des monstres. Malgré son implication forte dans la Grande Panne, Maria trouve grâce aux yeux de Lou, qui comprend avec l’enseignement de Guillaume, que cet avenir était finalement inévitable, et que les culpabilités individuelles sont inutiles. Roman, le fils de Sanders, amoureux de Lou et jaloux d’Amir, déjoue la première impression négative de la jeune fille, refusant le sillon que lui trace son géniteur. L’espoir est là.

Dans ce second tome, charnière, Jérôme Leroy aura repris à merveille les éléments clés des « romans à zombies » : la survie seule est impossible très longtemps, encore moins sans motivation, et elle n’est pas une vue. Mais la vie à plusieurs impose une autre vigilance, des choix, des compromis. La dérive sécuritaire et autocratique de Wim devrait trouver son pendant dans la Douceur, prouvant qu’une autre voie est bien possible, même si sans nul doute elle comportera ses difficultés.
Lou déborde de vie, elle qui n’aura connu que le monde d’après, et même dans son désir initial de mort, elle refuse d’abandonner, malgré les obstacles, par fidélité pour celui qui l’aura fait grandir de son mieux, la remplissant de poésie pour rendre plus beau ce monde dévasté. C’est cet apprentissage qui lui fait choisir la vie, et dans son sillage celle des autres.


Titre : La Communauté
Série : Lou après tout, tome 2/3
Auteur : Jérôme Leroy
Couverture : photomontage de Nicolas Vesin
Éditeur : Syros
Collection : Hors-série
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 421
Format (en cm) : 23 x 16 x 3,5
Dépôt légal : octobre 2019
ISBN : 9782748526448
Prix : 17,95 €



Nicolas Soffray
24 juin 2020


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