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Magie de Paris (La), tome 1 : Le Coeur et le Sabre
Olivier Gay
Castelmore, roman (France), fantastique, octobre 2017, 318 pages, 14,90€

Paris, aujourd’hui. Chloé est une lycéenne complexée par sa grande taille (1m83) et qui, entre un père parti et une mère absente, trouve son bonheur dans la pratique de l’escrime, se rêvant héroïne des romans de cape et d’épée. Mais lorsqu’un soir, débaroulent dans son gymnase deux sabreurs dont un en costume, et aux lames non mouchetées, elle a à peine le temps de réaliser que l’autre est Thomas, le nouveau de sa classe, qu’il se met à faire de la magie ! Volant à son secours, Chloé surclasse son adversaire et écope d’un mauvais coup. A son réveil, Thomas lui apprend que pour la soigner, il a procédé à un rituel… les voilà liés l’un à l’autre, lui Mage et elle son Chevalier. Enfin Chevalière. Chloé préfère le terme de Mousquetaire.
Elle ne sait pas encore dans quels ennuis elle s’est embarquée. Thomas appartient à un ordre de Mages remontant à l’Égypte ancienne, garant de la sécurité de notre monde contre l’invasion des Goules, comme cette créature qu’elle a affrontée, qui traversent des Failles magiques comme celle qui s’est ouverte sous le lycée et que Thomas peine à refermer. Et quand sa hiérarchie lui tombe dessus, Chloé a beau donner de la voix, les explications arrivent au compte-gouttes, et l’inimitié de Michael, le chef de l’Ordre, et de David, un Chevalier au charme troublant, frôle le mépris. Mais Chloé, déjà rabrouée pour sa carrure de garçon, ne va pas se laisser faire.



Olivier Gay nous a conquis en quelques années. Entre sa série de romans policiers dans les nuits parisiennes, Rekk son Boucher auquel il donne à découvrir la jeunesse (« Les épées de glace », « La Main de l’empereur » tome 1 et 2) et la pentalogie « Le Noir est ma Couleur », je suis le premier à applaudir à une écriture fluide, des personnages réalistes aux réactions logiques quand bien même ce qui les entoure brise leurs certitudes. Après Alex le bad boy qui découvrait que Manon la bûcheuse était magicienne, il inverse cette fois les rôles : le mage frêle est un garçon, la force s’incarne dans un corps féminin. Et c’est à Chloé qu’il donne la parole pour sa narration. Une jeune fille pas forcément gâtée par la vie, mais qui ne renonce pas, préférant se concentrer sur ses points forts que se morfondre sur ce qu’elle n’est pas. Et puisque être grande est un atout avec un fleuret, une épée ou un sabre…
Mais voilà, cette fois encore, ses certitudes, son train-train et ses espoirs sont balayés par cette rencontre et la révélation qui s’ensuit. Elle se retrouve mêlée à un monde qui n’est pas le sien, obligée d’écouter des gens qui la méprise pour des raisons probablement absurdes et qu’ils ne lui expliquent pas ! Cela fleure bon le sexisme de refuser que les femmes soient Chevaliers ! Et déterminés qu’ils sont à ce que cette situation ne dure pas, ils se gardent bien de trop lui en dire, et elle doit courir après Thomas pour lui soutirer quelques informations sur ce qui lui arrive.

Malgré le surnom de « tank » dont elle s’affuble, Olivier Gay ne dépouille pas sa Chloé de sa féminité. C’est une grande ado comme tant d’autres, pas assez jolie pour se mettre en valeur et se sentir belle, donc mal dans sa peau et à la recherche de reconnaissance. Ce lien qui se tisse entre elle et Thomas, dont elle va découvrir les qualités, va lui insuffler une nouvelle force. Et on ne parle pas de ses pouvoirs de Mousquetaire, qui la changent en super-héroïne, capable de sauter, grimper, courir… Et elle va en avoir besoin. Mais ce qui fait la réelle différence, ce sont ses qualités, sa détermination, sa force de caractère, son refus de lâcher.

Comme précédemment dans son œuvre, et contrairement à nombre de romans Young Adult anglo-saxons, Olivier Gay a réponse à tout. Parce que son héroïne-narratrice pose des questions, et exige des réponses, tout comme son lecteur, il prend la peine de bâtir un fond cohérent qui ne s’effondre pas au premier interrogatoire. Car rien n’est plus redoutable que les questions d’une ado (ou d’une lectrice ado), et c’est là une qualité primordiale chez lui : ne jamais, jamais prendre ses lecteurs pour plus bêtes que ses personnages. Et ne jamais, jamais proposer des personnages plus bêtes que ses lecteurs. Cela semble aller de soi, et pourtant… Bon, n’imaginez pas pour autant que les informations vont pleuvoir : seul Thomas répond à Chloé, et il n’est qu’apprenti Mage, ignore certaines choses, en cache d’autres…
L’auteur prend quelques risques à ancrer son roman dans l’actualité, saupoudrant son volume de concepts très actuels et de références brûlantes, se permettant même d’anticiper la sortie du « Star Wars VIII » (avec une note non dénuée d’humour). « Game of Thrones », Pokémon Go, certaines applications pour smartphones… mais sans excès, aussi si certaines choses tombent dans l’oubli dans les années à venir, la lecture n’en souffrira pas.

Pour l’avoir pratiquée, j’ai apprécié que l’escrime ne soit pas un choix plaqué sur l’intrigue, et que l’auteur, sans en abuser là encore, mette en scène les duels avec le vocabulaire approprié. Avec une telle héroïne, il peut même susciter des vocations pour ce sport un rien désuet et très codifié. On notera que Chloé, les Chevaliers et les Goules pratiquent le sabre, bien que toutes leurs touches, pour une raison inhérente à l’histoire, se fassent d’estoc. Ils auraient tout aussi bien pu pratiquer le fleuret ou l’épée, même si pour cette dernière, cette dénomination générique risquait de faire oublier la finesse de l’arme sportive au profit d’images plus marquées fantasy.

Comme tout bon auteur qui se respecte, il nous offre un final flamboyant, combat titanesque et grandes révélations qui chamboulent tout : l’héroïne, l’ordre établi, notre perception des forces en présence, suggérant une Histoire où les Hommes (et les hommes) n’auront pas le beau rôle… Et rien que pour cela, on a hâte de lire la suite.


Titre : Le Cœur et le Sabre
Série : La Magie de Paris, tome 1
Auteur : Olivier Gay
Couverture : Shuttershock / Anne-Claire Payet
Éditeur : Castelmore
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 318
Format (en cm) :
Dépôt légal : octobre 2017
ISBN : 9782363212458
Prix : 14,90 €



Nicolas Soffray
20 novembre 2017






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