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Temple du passé (Le) (T1) Entrailles
Hubert & Le Roux
Ankama

Dans un vaisseau spatial de colonisation, l’équipage est réveillé en catastrophe de sa stase. Le gardien, une conscience organique en charge de la navigation, est atteint d’une crise d’identité qui lui fait perdre toutes ses capacités.
Contre toute-attente, alors que la situation semble stabilisée, le vaisseau s’écrase. Bilan : seuls trois survivants dans un drôle d’environnement.



Né en 1922 et mort en 2003, Stefan Wul, de son vrai nom Pierre Pairault et dentiste, est un des grands noms de la science-fiction française. Douze romans ont suffi à marquer le lectorat. Alors que l’essentiel de son œuvre a été écrit dans la seconde moitié des années 1950, son succès ne s’est jamais démenti avec de fréquentes rééditions. Par exemple, « Le Temple du passé » a connu neuf éditions, la dernière sous forme d’intégrales chez Bragelonne.
L’animation s’est aussi intéressée à Stefan Wul avec des adaptations de deux de ses romans : « La Planète sauvage » et « Les Maîtres du temps », tous deux de René Laloux.
Rien d’étonnant donc à ce que le milieu de la bande dessinée s’attaque aussi à l’imaginaire de l’écrivain. Ce sont Comix Buro et Ankama qui se sont lancés dans le vaste projet d’adapter l’ensemble de son œuvre. Olivier Vatine est en charge de ce véritable challenge.

Le design de la collection surprend de prime abord avec un aspect extérieur qui fait penser à une ancienne BD qui a déjà bien vécu et tourné entre de nombreuses mains. Le premier sentiment en la prenant, c’est de se demander ce qui a bien pu lui arriver avant de comprendre que c’est un choix, ce qui lui donne une identité visuelle immédiate sur les étals des librairies. Détail amusant qui n’est pas sans allusion aux tomes originaux en Fleuve Noir Anticipation, à la célèbre époque de la fusée sur la tranche et aux illustrations de Brantome. Ces tomes sont rares et en général dans un état abîmé. Beau clin d’œil à une des premières collection française dédiée à la science-fiction.

Série prévue en deux tomes, contrairement à ce qui est précisé en fin d’album, « Le Temple du passé » sort en même temps que « Rayons pour Sidar ».
La couverture en dévoile déjà beaucoup avec cette bête dont on ne ne saisit les dimensions qu’en voyant le vaisseau qui fonce dessus. Pour ceux ayant déjà lu le roman ou ayant l’œil, le mystérieux environnement dans lequel échoue les survivants est déjà levé. Elle est belle mais lève un peu trop le voile de l’histoire. D’ailleurs le titre « Entrailles » s’avère également révélateur !

Le récit commence avec une certaine maladresse car, à la fin de la deuxième page, on croit que le personnage central, Massir, se souvient d’événements passés. On ne comprend que bien plus tard qu’il n’en est rien, que la temporalité est l’inverse de ce que l’on pensait. De plus, donner à Massir l’apparence d’un héros grec de l’antiquité a de quoi surprendre. On pourrait croire que Gérard Butler dans le film « 300 » a servi de modèle !
Toutefois, ces deux bémols n’entachent pas le plaisir de lecture. On a beau connaître l’histoire, elle fonctionne à plein avec ce vaisseau s’écrasant dans un milieu des plus hostiles, mais là, c’est le génie de Wul !

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Les transitions entre le présent et le passé sont bien traduites par le dessin où l’on passe de cases souvent sombres à dominantes grises ou vertes, suivant que l’on est dans le vaisseau ou le milieu extérieur, à des cases lumineuses, reflets d’une civilisation avancée et brillante, mais avec d’étonnants préjugés et toujours grevée par des sentiments si humains comme la jalousie.

L’histoire est intéressante à plus d’un titre : les manipulations génétiques, le contexte dans lequel les trois se retrouvent et leurs relations. Les trois hommes enfermés ensemble nous suggèrent tout de suite des tensions, mais pas de l’ordre de celles qui se profilent, car leur société diffère de la nôtre. Les relations entre personnes du même sexe sont la norme, les couples hétérosexuels sont l’exception, ils sont rejetés, traités avec mépris. On découvre cet état de fait au fil des pages et des flash-back où l’on apprend pourquoi Massir est considéré comme un déviant. Le lecteur perd ainsi ses repères. Rappelons au passage que « Le Temple du passé » date de 1957, que l’ouverture d’esprit était loin de celle d’aujourd’hui avec le mariage pour tous, que mai 68 n’était bien sûr pas encore passé, que donc la perception des choses avait de quoi remuer à l’époque.

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Même si cette révélation a perdu de sa force avec le temps, ses implications sont toujours pertinentes et alimentent le récit avec le rajout de cette dimension sociale et conflictuelle.

Comment les trois vont-ils se tirer de leur prison peu ordinaire ? Le feront-ils ensemble ou la situation va-t-elle dégénérer ? On peut regretter que la construction de départ soit sujet à méprise, que le résultat de leurs manipulations génétiques soit accéléré à outrance (une planche sans notion temporelle) et apparaisse donc très peu plausible, mais cela ouvre de nouvelles perspectives pour un second tome que l’on attendra avec impatience, même si l’on a déjà lu ce livre dont on se souvient dans les grandes lignes.

Le nom de Stefan Wul flotte toujours dans l’air du temps et l’on ne peut que s’en réjouir !


(T1) Entrailles
- Série : Le Temple du passé
- Scénario : Hubert
- Dessin : Étienne Le Roux
- Couleurs : Hubert
- Éditeur : Ankama Éditions
- Collection : Les Univers de Stefan Wul
- Collection dirigée par : Comix buro
- Dépôt légal : 23 mai 2014
- Format : 24 x 32 cm
- Pagination : 48 pages couleurs + 8 pages de présentation
- Numéro ISBN : 978-2-35910-499-8
- Prix public : 13,90 €


Autres albums de la collection :
- Oms en série (T1)
- Piège sur Zarkass (T1)


© Ankama, Hubert & Le Roux - Tous droits réservés



François Schnebelen
8 août 2014






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La version originale de 1957 en Fleuve Noir Anticipation



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