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Salammbô, Les nus
Philippe Druillet
Drugstore

La réédition intégrale et en un volume des trois albums fameux (« Salammbô », « Mithô » et « Carthage ») où il transposait le roman de Flaubert en une bande dessinée connotée science-fiction permet de vérifier la vigueur intacte de ces planches se jouant en finesse des codes de la figuration narrative au profit d’une conception à la fois éclatée et picturale de la mise en page et du rapport images-textes.



Cependant, s’en tenir à un constat rétrospectif de qualité resterait un rien court. Comme si la trilogie de « Salammbô » était advenue, une fois pour toutes. Comme si son créateur était passé autre chose, une fois la 192ème planche terminée. Alors qu’en fait, la figure de « Salammbô » et la synthèse qu’elle opère entre féminité primale et sophistication, entre érotisme et violence, entre chair et métal, constituent une thématique centrale de l’oeuvre et des préoccupations de Druillet.

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De sorte que - on n’est pas vraiment surpris de l’apprendre -, il n’aura eu de cesse, depuis les années 80 à approfondir les images fortes de « Salammbô », sous forme de dessins tout autant que sur toile, constituant ainsi une galerie d’images fixes, emblématiques de ses fantasmes intimes et de son esthétique. Des compositions aux couleurs crues, aux traits heurtés, qui sont autant d’icônes ainsi qu’on parle de portraits de saints. Puisque cette « Salammbô » qu’il revisite sans relâche est bien sa déesse familière, elle dont des pans d’armures et des carapaçons enserrent et compriment la chair et la beauté insolentes...

A feuilleter ce beau livre, on s’insinue alors dans la contemplation d’une enfilade d’images à la fois brutales et baroques, auxquelles s’arrêter ainsi qu’aux différentes stations d’un chemin de croix imaginaire : celui d’une passion dans tous les sens du terme, puisque l’amour et la mort y sont partout perceptibles.

Alain Dartevelle


« Salammbô » fût une rencontre et un prétexte pour Philippe Druillet. Rencontre en forme de coup de foudre pour l’oeuvre de Gustave Flaubert, Il rêvait d’un mariage entre bande dessinée et grande littérature, pour montrer que le 9e Art ne devait pas être réduit qu’à un divertissement pour adolescents.
Mais à cette époque, ce sont les images des guerriers qui simposent à celles des belles. Le projet de ces portraits multiples de la fille d’Hamilcar commençait tout de même à se préciser, et c’est sur les lieux de tournage des « Rois Maudits » que l’artiste va composer une quarantaine de portraits.
Toujours bleus, car pour Druillet, « cette couleur évoque l’immensité, la sérénité des puissants, la nécessaire distance qui sied aux Déesses » .

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Avec ces portraits, il vise le sacré et convoque Éros autour d’une Déesse aux formes si généreuses qu’elle devient symbole de fécondité, la mère de l’univers.

Les textes de Flaubert accompagnent ces femmes bleues aux seins en forme d’obus, les phallus d’or que cette représentation de la belle contemple avec le port altier d’une Déesse.
L’ouvrage, splendide dans sa jaquette bleu métal, réussit l’union d’une oeuvre du patrimoine littéraire français et la modernité d’un peintre cosmique .

Fabrice Leduc


A lire sur la Yozone :
- Salammbô, l’Intégrale
- Expo Salammbô - Les nus
- Druillet.com
- Les Planètes obliques de Philippe Druillet

Le site de Philippe Druillet


Salammbô, Les nus
- Conception et dessins : Philippe Druillet
- Editeur : Drugstore
- Collection : Beaux livres
- Pagination : 96 pages couleurs
- Dépot légal : juin 2010
- Format : 24 x 32 cm
- ISBN : 978-2-7234-7844-1
- Prix public : 30 €


Illustrations © Philippe Druillet et Drugstore (2010)

Critique d’Alain Dartevelle, mise en images de Fabrice Leduc.


Fabrice Leduc
Alain Dartevelle
7 décembre 2014






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