À travers les portes de la cité sans nom
Mettant à profit les blancs laissés par l’écrivain états-unien, ils lui imaginent une vie haletante. Engagé dans la Légion étrangère durant la Première Guerre mondiale, ce citoyen des États-Unis voit déferler sur lui et ses camarades une armée… de goules ! Par la suite, l’album, habilement conçu, multiplie les emboîtements d’histoires. Un oncle de Carter supervisa ainsi la construction du métro de New-York, y découvrant un pendentif que Randolph Carter porte depuis sur lui ; un aïeul médiéval participa aux croisades, obtenant de sages arabes la connaissance de secrets inavouables… Sans oublier ce marin fou, qui a visiblement visité l’île de R’lyeh et se trouve soigné par le même médecin que Carter. Ce dernier a en outre attiré l’intérêt d’un maître de l’ombre, qui compte sur lui pour lui ouvrir les portes de la cité sans nom.
La mythologie est riche, encore renforcée par des hommages à Louis Aragon et surtout Ambrose Bierce, et les illustrations particulièrement réussies : les assauts de goules assoiffées de sang n’ont rien de ridicule, et la créature proposée en lieu et place de Cthulhu, visible sur la couverture, est de celles qui marquent les esprits.
Randolph Carter apparaît pour la première fois dans « The Statement of Randolph Carter » (« La Déclaration de Randolph Carter »), une nouvelle écrite par Howard Phillips Lovecraft en 1919 à partir d’un de ses rêves. Elle est publiée en mai 1920 par le magazine américain The Vagrant. Ce personnage de fiction apparaît dans sept nouvelles écrites ou co-écrites par Lovecraft, dont « La Quête onirique de Kadath l’inconnue » et « La Clef d’Argent ». Il a inspiré de très nombreux auteurs dont Alan Moore et Kevin O’Neill, dans le domaine de la bande dessinée, pour le second volume de “La Ligue des Gentlemen Extraordinaires”.
Le second tome de “Randolph Carter” a été publié chez Soleil le 8 janvier 2025, sous le titre de “Par-delà les portes d’ivoire et de corne”. Il vient clore un premier diptyque fort convainquant (critique très bientôt sur la Yozone) dont on espère évidemment une suite, dans ces contrées du rêve où le destin de Carter va s’épanouir.
(T1) La ville sans nom Série : Randolph Carter
Scénario : Simon Treins
Dessin : Jovan Ukropina
Couleurs : Stéphane Paitreau
Éditeur : Soleil
Pagination : 56 pages couleurs
Format : 23.3 x 32,4 cm
Date de parution : 5 juin 2024
Numéro ISBN : 9782302095748
Prix public : 15,95 €
Critique par Jean-Guillaume Lanuque
(Critique publiée dans le n°88 de novembre 2024 de la revue française Galaxies, consacrée à la science-fiction.)
Site de la revue Galaxies
Ajouts rédactionnels, Illustrée et mise en page par Fabrice Leduc
Illustrations © Jovan Ukropina et Éditions Soleil (2024)