Chargement...
YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Bifrost n°123
La revue des mondes imaginaires
Revue, n°123, nouvelles - articles - entretiens - critiques, juillet 2026, 192 pages, 11,90€

Tous ceux qui l’ont croisé un jour ou ont lu un de ses livres n’ont pas oublié Roland C. Wagner. Son imaginaire, le personnage de Tem (Temple Sacré de l’Aube Radieuse, tout un programme !), sa dégaine, sa gentillesse, sa disponibilité, autant de marqueurs indélébiles qui nous font regretter son absence depuis l’été 2012. Il continue à vivre dans nos mémoires et à travers son œuvre abondante qui révèle toute la palette de son talent. La couverture de Caza donne le ton, rien que le Borsalino vert rappelle Tem qui avait, entre autres, besoin de cet artifice pour être vu.
Le dossier de ce « Bifrost » est justement consacré à cette figure incontournable de l’histoire de la Science-Fiction en France.



JPEG - 99.7 ko

Un long entretien retrace les débuts de Roland C. Wagner. Hélas, il manque la troisième et dernière partie, celle qui n’a jamais pu se faire, mais ne boudons pas notre plaisir. Nous le retrouvons à ses débuts - il est né à Alger en 1960, avant de venir en France une année plus tard -, suivons ses traces dans la banlieue qui l’a inspiré à plus d’une reprise. Rapidement il a choisi sa voie ; même s’il a mis un moment a être publié, il n’en a jamais démordu. Il faut dire qu’il a commencé tôt (première convention française à l’âge de 14 ans, un record), mais une fois la machine lancée, il vivait de sa plume, faisant des traductions à l’occasion, ce qui n’a pas été sans aléas (affaire du T-shirt aux Utopiales 2001). Il a eu une période Jimmy Guieu, c’est-à-dire qu’il a écrit plus d’un ouvrage de la série, l’auteur lui laissant carte blanche, séduit par ce jeune auteur. Cet entretien n’est pas triste, il donne le sourire à plus d’une reprise. Hélas, la suite est connue : l’accident de la route fatal en août 2012, nous privant de cette étoile qui a brillé si fort au firmament de la SF française.
Stéphanie Chaptal revient sur la série « Les futurs mystères de Paris » (un must à ne pas manquer) et l’équipe de chroniqueurs parle d’une partie de ses ouvrages. Et pour finir, nombre d’acteurs du milieu partagent quelques souvenirs. C’est vraiment touchant et les chanceux qui l’ont côtoyé ne manqueront pas de chérir les moments passés avec lui.
Ce « Bifrost » démarre justement avec la nouvelle “Fragment du livre de la mer”. Un marin, seul sur son chalutier où tout est automatisé, attrape dans ses filets un jeune garçon. Le lendemain, il n’est plus là, mais un message prouve que le marin n’a pas rêvé. Ce qu’il y apprend lui offre l’espoir d’un ailleurs, celui d’une faune marine préservée. Ce marin solitaire cherche sa voie, il ne se reconnaît plus dans la société actuelle, épuisant les ressources naturelles pour son seul confort. Autant de questions que tout un chacun peut se poser. Cette belle nouvelle sert de révélateur, nous montre ce que nous perdons chaque jour. Roland C. Wagner savait aussi être sérieux et faire vibrer une corde sensible au fond des lecteurs.

Quatre nouvelles l’accompagnent, dont “Je parle au vent” de Michel Pagel qui a très bien connu Roland C. Wagner et le met en scène dans son texte. Ce ne sont pas les fées qui se penchent sur le berceau d’un enfant né à Bab-el-Oued, mais une entité qui le marque pour mieux le suivre et lui voler du temps jusqu’à l’issue fatale. Un bel hommage !

Zhao est une médecin spécialisée dans l’euthanasie, un métier difficile qui la met à rudes épreuves, elle qui doit subir les allusions déplacées de son collègue. Le père de Zhao est dans un triste état et souhaite en finir, mais sa fille ne peut accepter sa demande légitime. Avec “La maladie de Zhao”, Thomas Day évoque le débat autour de la mort assistée. Cas de conscience, empathie envers les familles, difficultés à ce que la profession ne dépasse pas dans la sphère privée... ce texte touche une fibre au fond de chacun de nous. Comment le vivrions-nous ? Et bien sûr, il y a toujours la patte Thomas Day, la situation doit bien évoluer à un moment ou un autre, et rien de mieux qu’un conflit pour ce faire.

“Sur la question des soins palliatifs planétaires” de Thomas Ha n’est pas sans lui répondre, sauf que le patient n’est rien moins qu’une planète. Le curateur reçoit une lettre d’un confrère qui a déjà rempli une telle mission au long cours et lui confie toutes les difficultés qu’il va rencontrer. À quel moment estimera-t-il qu’il est trop tard et que plus rien ne doit être fait pour soulager les populations ? Que le terme est arrivé et que c’est à lui de l’administrer ? Ici, il n’est plus question d’un individu mais de populations. Cette lettre apporte une distanciation avec ce qu’il doit advenir, car elle relate des faits passés. Plus rien ne peut être fait dans une situation, alors que tout reste à faire dans l’autre. Les souffrances restent les mêmes, mais à partir de quand deviennent-elles inacceptables ? Et pour qui ? Celui qui y assiste ou ceux qui les subissent ? Première traduction française de Thomas Ha avec ce texte marquant raconté de manière très efficace.

Au rayon des premières, “Contes de Lowmarsh et des villages au-delà” signe la première publication de Chao Liu, un texte étonnant qu’il est difficile de résumer. Un miroir qui reflète les gestes avant qu’ils ne se produisent et qui les influence peut-être à terme, des programmeurs qui disparaissent dans les sous-sols de Lowmarsh, des lieux inondés abritant des machines toujours en fonction, des souvenirs tout-puissants... L’auteur fait feu de tout bois suivant une ligne directrice originale. Un texte pas facile à appréhender, mais qui révèle tout le potentiel de l’auteur. Une première remarquable.

Frédéric Landragin revient sur le film « Her » (2013) de Spike Jonze, l’occasion d’analyser les interactions entre l’homme et les IA, dans un papier instructif comme à l’accoutumée.
Un fort volet critique sépare les nouvelles du dossier et Anouck Faure répond aux questions d’Erwann Perchoc, aussi bien en tant qu’artiste plasticienne qu’autrice, dont le dernier roman « Aatea » vient de remporter le Grand Prix de l’Imaginaire.
Le palmarès de ce prix est présenté en fin de revue, non sans un avis mitigé.

Sous l’éclatante couverture de Caza, ce « Bifrost » rend hommage à Roland C. Wagner disparu bien trop tôt, un auteur à ne surtout pas oublier. Le lire s’avère toujours un plaisir et il est très bien entouré dans ce numéro avec des nouvelles d’une excellente facture.
Un « Bifrost » qui révèle ce manque dans le paysage science-fictif francophone et nous rappelle quelle belle personne était Roland.

JPEG - 77.9 ko

Titre : Bifrost
Numéro : 123
Rédacteur en chef : Olivier Girard
Couverture : Philippe Caza
Illustrations intérieures : Matthieu Ripoche, Nicolas Fructus, Sabine van Apeldoorn et Olivier Jubo
Traductions des nouvelles : L’Épaule d’Orion (Sur la question des soins palliatifs planétaires)
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, nouvelles, entretien, etc.
Sites Internet : le numéro 123, la revue (Bifrost) et l’éditeur (Le Bélial’)
Dépôt légal : juillet 2026
ISBN : 9782381632285
Dimensions (en cm) : 15 x 21
Pages : 192
Prix : 11,90€


Pour contacter l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
18 juillet 2026


JPEG - 62.9 ko



Chargement...
WebAnalytics