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Des écrans
Jorge Kathryn
Éditions Baudelaire, poésie, 98 pages, premier trimestre 2026, 12€


Faire le tour d’un sujet en douze ou quinze distiques, ou tout au moins en donner une multiplicité d’approches, tels sont les défis auxquels s’est confronté l’auteur. Non pas chercher à circonscrire un sujet ou un thème, non pas en donner la définition sèche ou austère, mais papillonner autour, et, à travers la palette du langage, en faire un tableau, un portrait sonore, imagé, excentrique. « Des écrans » apparaît donc comme une série des défis, d’exercices, de performances, de tentatives de virtuosité sur des thèmes pour commencer très humains, comme celui de la solitude (“Des routes”), des barrières entre individus (“Des écrans”, “Des armures”), ou des contraintes “Des carcans”.

Algorithmes viraux en éclairs transmis, masses relayées
Artifices alphanumériques en réalisme fourvoyé

Une approche circulaire, excentrique au sens propre du terme, une danse verbale autour des sujets qui plus d’une fois permet d’atteindre le cœur de la cible. C’est ainsi que “Des rancœurs”, brève série de tableaux infusée d’ironie, dédramatise tout ce qui n’est pas dit et pourra apporter à certains, avec un humour un tantinet grinçant, plus de recul – et sans doute aussi plus de bien-être – que de longs traités de psychologie ou d’insipides discours.

Nous qui marinons maussades en blafards dépits nauséeux
Dissolutions terreuses de nos continuités, ratés infructueux

Acidifions nos rancunes, nous décalcifierons ressentiments,
Hantises, aversions, archétypes et factures, sommairement

Les ressentiments transsudent se chevauchent ; perfusent
Ils sont palanquins, dandinements, macérations ; on refuse

À l’autre extrémité de ce spectre, à l’opposé de ce ressentiment dominé par les non-dits, c’est au contraire l’exprimé. Écrire, c’est parler, c’est entendre ou prononcer un discours, ouvertement formulé ou simplement intérieur. Certains parlent de l’écriture comme d’un mécanisme de mise au monde, de mise au jour, d’accouchement, de révélation. Parfois fluide, mais parfois au forceps. Avec “Des aveux (finir par parler)”, mais aussi, par exemple, “Des rythmesJorge Kathryn tourne autour du langage écrit ou parlé.

En divagations psychotiques, investigations, quadratures
Du refoulé en caldarium rassasiés, la prochaine revoyure

Des affranchissements universels, bastingages en geysers
Penthotals lyriques par aggiornamentos bihebdomadaires

Des éléments qu’il abordera dans d’autres poèmes comme “Des paroles” ou même “Des silences” où se poursuivront tâtonnement, grappillage et butinage à travers la langue. Avec toujours la même technique, celle d’un carrousel de vers ou de distiques agencés autour d’un thème central.

Pesées. À la louche, de précision, alcools, esprits acides,
Le fardeau de nos tares, dérives à vau-l’eau, astéroïdes

Sibyllines. Prophétesses en magies obscures, ésotériques.
Ce mois-ci dans l’année, deçà leurs auspices totémiques

Mais l’auteur n’oublie pas pour autant tout ce qui dans le Verbe peut être trompeur. Ni plus globalement le faux, le factice, l’apparat, la flagornerie, tout ce qui fait la comédie humaine. On trouvera ainsi à travers ”Des artifices”, “Des obédiences”, “Des dénis”, “Des icônes”, “Des semblants”, “Des mensonges” et même “Des réels” un certain goût pour la traversée des apparences et la lucidité que permet une certaine distanciation.

En parodie de mort, thanatoses, véridicités cachottières,
Des simulacres avérés, feintes, suspensions volontaires

En affublement de bestiaires, bégaiement, adultérations,
Des pâleurs pamoisons, minois, palettes, érubescences

Mais si l’auteur butine ici et là, il donne surtout aux lecteurs et lectrices l’occasion d’en faire autant. C’est en effet une petite encyclopédie à la fois originale et éclectique que propose ce volume, avec une multiplicité de thèmes inattendus, parfois saugrenus (“Des écrous”), des thèmes ou des sujets auxquels, si l’on n’est pas peintre, photographe ou poète, l’on ne prête que rarement attention (“Des ondes”, “Des fumées », “De l’eau”, “De l’air”, “Des miroirs”, “Des cavalcades”, “Des espaces”). Une sorte de dictionnaire poétique de l’éclectique, et, au final, une invite à ouvrir son esprit et à regarder le monde avec plus d’acuité.

En secret, clandestines, délictueuses, champs électriques
Propagations vermeilles, diaprures, rubis électriques

Grisailles acryliques, microscopes à fleurs, clopant-clopines
Ces emblavures déprogrammées, à nos prochaines nicotines

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Titre : Des écrans
Auteur : Jorge Kathryn
Éditeur : Éditions Baudelaire
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 98
Format (en cm) : 15 x 21
Dépôt légal : 1er trimestre 2026
ISBN : 9791020392282
Prix : 12 €


Les éditions Baudelaire sur la Yozone :

- « Grains de voix – Eaux de roche – Un et multiple » par Michel Maunas
- « Entretiens du Café de Flore » par Juan Paral
- « Affreuses nouvelles » par Matteo Joffin



Hilaire Alrune
15 mai 2026


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