Dernière partie des aventures de notre androïde séditieux contre la méchante corporation. Les affrontements contre es bots de combat dans « Cheval de Troie » lui ont permis de développer ses capacités de hacking multitâches, mais c’est une chose de fréquenter quelques humains, c’en est une autre d’aller sur une station surpeuplée au centre du système, à la sécurité bien plus complexe et dense. Cela ne va pas réduire ses angoisses, loin de là. En suivant AssaSynth dans ce 4e tome, on éprouve les mêmes sensations qu’un agoraphobe en plein centre commercial (ce qu’est à peu près la station TranRollinHyfa). Il lui faut surmonter ses peurs intimes, humaines, tout en déployant une batterie de logiciels pour échapper à ses traqueurs.
Je cogitais peut-être trop. Ce serait bien mon genre. Être un AssSynth semi-organique, c’est plutôt angoissant. L’avantage, c’est que je porte une attention paranoïaque aux détails. L’inconvénient, c’est que je porte une attention paranoïaque aux détails.
Et au niveau logiciel, la SecUnit séditieuse du premier tome fait pâle figure face à ce qu’elle est devenue quelques dizaines de cycles plus tard : un véritable danger, ce qui explique qu’on ne les laisse normalement pas dans la nature, iel le reconnaît avec une certaine ironie. Il n’en demeure pas moins que dans ce sauvetage millimétré (qui va parfois nécessiter un peu d’impro, avant de carrément finir en déluge de feu), iel apparaît redoutable. L’adaptation TV n’en est pas encore là, mais l’écriture de Martha Wells permet de très bien se représenter tantôt le ballet sans accroc, plus tard le foutoir total - la fameuse « Stratégie de Sortie ».
Enfin, c’est le pinacle de l’intrigue, et des ressorts économiques qui sous-tendent cet univers. Alors que Mensah a invoqué le contrat souscrit lors de l’expédition initiale, la compagnie d’assurance, ex-propriétaire de notre SecUnit, envoie un croiseur armé pour défendre les intérêts de sa cliente, mais... n’intervient pas. SecUnit soupçonne un pot-de-vin, d’un montant tellement énorme, hors de la trésorerie de CrayGris, que la rançon contre la libération de Mensah servirait sans doute à le régler. Une combine fluide où c’est la victime qui paie les frais de justice du coupable et sa propre amende. Vous avez pensé summum du capitalisme ? Rassurez-vous (ou pas) cela existe déjà. En comparaison, la planète Préservation apparaît comme le havre de paix qu’elle est bel et bien.
C’est donc un finale explosif, toujours bourré d’humour noir grâce à son protagoniste-narrateur qui préfère les humains de fiction à ceux de la réalité, mais qui puise en toute connaissance de cause des outils de compréhension de leurs réactions dans ses feuilletons préférés, faute de logiciel mieux adapté. Il est donc à peu près logique et normal qu’à s’inspirer de la fiction (et pire, de télénovelas du futur), les choses prennent parfois des apparences hollywoodiennes. Et on aime que derrière une forme à grand spectacle, n’hésitant pas à copier-moquer les clichés du genre, la réflexion sur ce qui fait l’humanité affleure en permanence.
L’avalanche de prix reçus par les deux premières novellas ne se voit pas démentie. Aussi, on est bien content que les aventures d’AssSynth ne s’arrêtent finalement pas là, qu’iel ne se contente pas de regarder des contenus multimédia de divertissement jusqu’à la fin des temps. Le cinquième tome « Effet de réseau » est quasi aussi épais que cette première histoire (400 pages), ce qui promet un bon moment de lecture.
Titre : Stratégie de Sortie (exit strategy, 2018)
Série : Journal d’un AssaSynth (murderbot diairies), tome 4
Autrice : Martha Wells
Traduction de l’américain (USA) : Mathilde Montier
Couverture : Pierre Bourgerie
Éditeur : L’Atalante
Collection : La Dentelle du Cygne
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro :
Pages : 144
Format (en cm) : 20 x 14 x 1
Dépôt légal : novembre 2019
ISBN : 9791036000256
Prix : 11,50 €
Journal d’un Assassynth :
1 : Défaillances Systèmes
2 : Schémas Artificiels
3 : Cheval de Troie
4 : Stratégie de Sortie
5 : Effet de Réseau