C’est là que l’enquête de l’androïde le porte à croire qu’il a rempli cette mission sanglante qui a conduit à sa réinitialisation. Mais beaucoup de fichiers ont disparu, l’affaire a semble-t-il été étouffée par les compagnies d’assurances et les corporations impliquées. Après « Défaillances Systèmes », on sait à quoi s’en tenir à ce sujet. Iel est obligé d’aller sur place pour en savoir plus. Problème, accéder à la base requiert un permis de travail. EVE lui conseille de répondre à une offre d’emploi d’expert en sécurité. Et voilà notre AssaSynth, modifié pour davantage se fondre dans la foule, qui rencontre des gens, qu’il estime jeunes, floués par leur entreprise et déterminés à récupérer les travaux qu’on leur a volés.
Toute la situation hurle à notre narrateur de laisser tomber, de prendre la fuite, mais moitié pour accéder à la base, moitié pour aider ses gens - qui sont des sortes de clients, après tout - iel accepte de les accompagner. Les tentatives de meurtres ne tardent pas. Tlacey, la patronne de l’entreprise incriminée, ment comme elle respire, et pire, elle les fait suivre - par un SexBot !
Et notre narrateur, en bon androïde non genré, aime que les choses restent à leur place. Les SecUnits assurent la sécurité, les SexBots (dénomination non officielle) se chargent de faire autre chose, notamment ce qui se passe dans ces scènes sans intérêt dans ses feuilletons préférés.
Mais cette rencontre, en plus des découvertes qu’iel réalise au fond de la mine abandonnée, sont l’occasion pour Martha Wells d’aborder plus largement la notion de libre arbitre pour des machines qui en sont normalement dépourvues - ou fortement limitées. Et de voir jusqu’où son personnage, dans ses choix, s’éloigne de plus en plus de la machine pour tendre vers des décisions égoïstes, peu rationnelles, mais si mûrement réfléchies.
L’autrice se plait à nous dépeindre une nouvelle fois des schémas familiaux fluides, avec la famille polyamoureuse de chercheurs, noyau de vie comme de travail, et des personnages tout aussi fluides comme Tapan, qui accompagne notre héros comme porte-parole du groupe (et tête de mule suicide, dixit ce dernier).
Mais il y a aussi de l’humanité dans la solitude contrainte d’EVE, tout comme dans le sexbot envoyé par Tlacey, qu’on peut assimiler à une esclave (de la patronne comme de la corpo capitaliste), qui va demander de l’aide de manière détournée à cette unité séditieuse (non, libérée !) qu’est l’AssaSynth. En toile de fond ce cet épisode qui mêle action et révélations, on continue à brosser le tableau très sombre du capitalisme interstellaire, jusque dans les pubs et notifications incessantes.
Tout cela me fait penser au jeu vidéo « The Outer Worlds », d’Obsidian, qui met en scène de façon aussi acide la lutte entre grandes entreprises, à coups de stickers, de slogans et de canons à énergie.
Cela ne fait que 120 pages encore, donc ça se dévore en une soirée, heureusement que nous avons du retard et que la suite, « Cheval de Troie », est déjà parue !
Titre : Schémas Artificiels (artificial condition, 2018)
Série : Journal d’un AssaSynth (murderbot diairies), tome 2
Autrice : Martha Wells
Traduction de l’américain (USA) : Mathilde Montier
Couverture : Pierre Bourgerie
Éditeur : L’Atalante
Collection : La Dentelle du Cygne
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 125
Format (en cm) : 20 x 14,5 x 1
Dépôt légal : juin 2019
ISBN : 9791036000072
Prix : 11,50 €
Journal d’un Assassynth :
1 : Défaillances Systèmes
2 : Schémas Artificiels
3 : Cheval de Troie
4 : Stratégie de Sortie
5 : Effet de Réseau