Chargement...
YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Disparition de Pierre Bordage (1955-2025)

26 décembre 2025

Ses éditeurs, L’Atalante et Au Diable Vauvert, ont annoncé son décès, le 26 décembre 2025, moins d’un mois avant son 71e anniversaire.



Pierre Bordage, pour le lecteur de SF que je suis, c’est un monument. Un monolithe, qui a toujours été dans le paysage.

Pierre Bordage, je l’ai découvert à la bibliothèque municipale, quand le rayon imaginaire était saturé de SF américaine et de space opera. Au milieu des années 90, Bordage, c’est cette grande saga de « Rohel le Conquérant », un truc feuilletonné en 14 volumes de chez Fleuve Noir Anticipation (avec une pub pour des cigarettes en 4e de couv’), une longue Odyssée de planètes en planètes d’un prince local pour sauver sa dulcinée d’un culte maléfique. Je n’en garde pas un souvenir impérissable, mais l’Atalante l’a réédité récemment sous ce format, en plus de l’intégrale.
Non, ce qui m’a marqué à cette époque, c’est la trilogie des « Guerriers du Silence » / « La citadelle Hyponéros » / « Terra Mater », et ses couvertures signées Philippe Caza.
Et « Wang ». Punaise, « Wang ». Des riches joueurs européens qui font du wargame avec des vrais gens. J’ai lu ça il y a un quart de siècle, j’en ai encore des images en tête. Et toujours pas d’adaptation ciné/série de prévue.

Dès la fin du XXe siècle, Pierre Bordage portait haut les couleurs de la SF française, faisait jeu égal avec la production anglaise et US, et suivait avec souplesse le courant, ne stagnant pas dans un genre trop étroit, s’emparant au contraire des codes en vogue pour raconter ses histoires.

Je l’ai suivi vers le thriller géopolitique, le techno-thriller, le post-apo (« L’évangile du serpent », « Ceux qui... », « Graines d’immortels ») très en phase avec les problématiques contemporaines, ou à l’inverse le merveilleux historique avec « l’Enjomineur » (dont j’ai un souvenir flou mais la conviction que c’est une de ses plus belles histoires, mêlant le petit peuple féérique et la Révolution Française, la fin de deux époques dans de violents bouleversements) et « Griots Célestes ».

La surabondance de la production française d’Imaginaire, les auteurs nés dans son sillon, ont dilué mes lectures de Bordage au fil des ans. J’ai raté sa « Fraternité du Panca », grand retour au space op en 5 pavés, il faudra que je trouve le temps... J’ai voulu croire à son incursion dans la fantasy avec « Arkane » en 2018 chez Bragelonne, et ai été profondément déçu, on aurait dit une commande, une case à cocher sur une liste de trucs à avoir fait dans sa vie.
Il reprenait ensuite l’univers de « Metro 2033 » de Dmitry Glukhovsky traduit par l’Atalante, et son talent de conteur a redonné, paraît-il, un nouveau souffle à un univers qui menaçait de tourner en rond. Là encore, beaucoup de pages de retard, un jour peut-être...
La très belle collection Neptune de l’Atalante était justement en train de renouveler les écrins de toute son œuvre.

Voilà pour l’œuvre, de ce que j’en ai lu, j’en ai tiré. On ne peut pas tout aimer, et au moment du départ il serait de mauvais goût de succomber à une fièvre idolâtre et tout sanctifier. Non, comme chez tout auteur, il y a des chefs-d’œuvre et d’autres textes moins forts, il y en a qui rencontrent leur public et d’autres moins, qui plaisent à certains et pas à d’autres, parce que ce n’est pas leur came, pas le moment... Mais sans conteste, une œuvre qui aura marqué son époque tout autant que cette époque l’aura marquée, et il n’est pas possible d’écrire l’histoire de la SF en France ces 40 dernière années sans citer Pierre Bordage.

Mais de l’homme, que j’ai eu le plaisir de croiser, d’écouter, voire de discuter lors des festivals, je peux brosser un portrait sans demi-teinte. Une haute taille qui le faisait remarquer partout, un sourire et des yeux pétillants. Une humilité sur son travail, une gentillesse avec les lecteurs, néophytes ou férus du genre, avec les jeunes tentés par l’écriture.
Un véritable passeur d’histoires, à l’image de ses romans.
Et c’est en cela qu’il va le plus nous manquer.

On ne vous dit pas adieu, monsieur Bordage, car longtemps nous allons encore lire et rêver dans votre sillage.

JPEG - 31.1 ko

Nicolas Soffray
30 décembre 2025


JPEG - 23.7 ko



JPEG - 78.6 ko



JPEG - 83.6 ko



Chargement...
WebAnalytics