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Briser les os
Cassandra Khaw
Argyll, RéciFs, n°7, court roman traduit de l’anglais (Malaisie), Horreur, 114 pages, septembre 2025, 9,90€

John Persons est détective privé, mais d’un genre spécial, ce qu’a bien compris son dernier client. Un garçon de onze ans lui demande rien de moins que de tuer son beau-père McKinsey. Pas le genre de contrat qu’accepte Persons, mais quelque chose le pousse à répondre favorablement, du moins à se renseigner sur ce cas sortant de l’ordinaire. En allant à la rencontre de McKinsey qui se révèle rapidement un monstre, Persons est obligé de dépasser sa condition.



Cassandra Khaw joue suivant deux registres, celui du détective privé dur à cuire et celui de l’horreur qui s’est imposée derrière les murs d’une maison. Persons coche toutes les cases de sa profession mais avec une touche supplémentaire qui le pousse justement à accorder crédit aux dires de l’enfant. Persons n’est pas celui que tout le monde croit, ce n’est qu’une façade pour quelque chose de plus grand, d’étrange qui trouve en McKinsey un adversaire à sa mesure. Celui-ci est un être toxique qui effraie son entourage professionnel comme personnel. Sa femme avec ses deux enfants ne sont que des souffre-douleurs sous son emprise. Elle aimerait le quitter, mais ne peut s’y résoudre, subissant les coups. Personne, si ce n’est l’aîné, lui résiste un tant soit peu. Aussi la rencontre avec Persons ne peut être qu’explosive. Deux forts en gueule se croisent, Persons l’asticotant pour mieux le faire sortir de ses gonds. Tous les indices lui laissent entrevoir l’indicible en McKinsey, pas de quoi effrayer le détective privé.
Le lecteur assiste à ce qui ressemble à un combat de boxe entre deux êtres spéciaux qui dépassent la condition humaine. L’horreur lovecraftienne s’invite dans la mission de Persons. Sa véritable nature prend le dessus, car l’adversaire est de taille. Pour affronter un monstre, ne faut-il pas accepter d’en devenir un à son tour ? Persons n’envisage pas l’échec, mais est-il maître de ce combat ? Ou n’est-il que le jouet d’autres forces ?
Cassandra Khaw dépasse le cadre de départ dénonçant un individu s’acharnant sur des personnes plus faibles et poussant un garçon à acheter sa mort. Du contexte domestique, le récit glisse vers le fantastique horrifique, comme pour accentuer un fait de société hélas bien trop répandu et restant souvent cloisonné dans l’espace familial. Il y a ainsi une montée dans la tension avec la prise de conscience de la nature profonde des deux protagonistes principaux. Le fait divers sordide se transforme presque en enjeu cosmique, la toxicité de McKinsey se propage tel un fléau. Le lecteur était conditionné pour que la confrontation entre Persons et McKinsey dégénère, mais pas forcément dans de telles proportions, même si des indices ça et là laissaient supposer l’escalade.
En une centaine de pages, Cassandra Khaw montre que rien ne peut excuser la violence dans le foyer, lever la main sur une personne plus faible ne doit surtout pas être banalisé ni excusé, car ce ne peut être que la face cachée de l’iceberg. Un monstre se cache en chacun de nous, il est de la charge de chacun de le museler.

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« Briser les os » interroge, alerte aussi avec sa dérive vers l’horreur lovecraftienne. Cassandra Khaw se révèle efficace, notamment en déclinant l’histoire selon le point de vue de Persons brut de décoffrage. Un titre fort pour une novella qui ne l’est pas moins.
En Novembre, Cassandra Khaw et John Persons reviendront dans la même collection avec « Chanter le silence ». Rendez-vous est déjà pris.

Pour finir, quelques mots sur la collection RéciFs qui n’est pas sans rappeler Une Heure-Lumière du Bélial’, notamment par son format à l’identique. L’identité graphique en a été confiée à Anouck Faure qui fait des merveilles. À la base, RéciFs propose des récits courts, à la croisée des genres, écrits par des autrices du monde entier. Là toutefois, comment ne pas remarquer la présentation de Cassandra Khaw définie comme autaire, c’est-à-dire non-binaire, agenre, fluide... ce qui a poussé l’éditeur à créer le label RéciFs+ ! Les frontières étant perméables, peut-être qu’un jour les auteurs masculins y seront aussi publiés...


Titre : Briser les os (Hammers on Bone, 2016)
Autaire : Cassandra Khaw
Traduction de l’anglais (Malaisie) : Marie Koullen
Couverture et conception graphique : Anouck Faure
Éditeur : Argyll
Collection : RéciFs
Numérotation dans la collection : 7
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 114
Format (en cm) : 12 x 18
Dépôt légal : septembre 2025
ISBN : 9782494665941
Prix : 9,90 €


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
25 août 2025


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