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Feu Grégeois, Bombes à Scorpions & Cochons Enflammés
Adrienne Mayor
Nouveau monde, essai, 370 pages, décembre 2023, 23,90€

Armes ou aliments empoisonnés, diffusion d’épidémies, produits (al)chimiques pour mettre le feu et semer la mort... l’Antiquité, dans ses mythes ou ses témoignages historiques, regorge d’exemples de techniques et de ruses de guerre bien loin de l’idéal militaire d’affrontement frontal entre soldats.



Dans cet essai de 2003, réactualisé, la chercheuse en histoire des sciences de Stanford Adrienne Mayer dresse un tableau exhaustif des armes, potions, bombes, ruses décrites ou rapportés dans l’Antiquité eurasienne.
C’est fort documenté, l’autrice puisant dans les mythes, notamment Héraclès et l’Hydre de Lerne pour parler de projectiles empoisonnés, et dans les auteurs classiques dont certains ont participé à des campagnes militaires. Elle fait de réguliers parallèles avec les conflits récents, sur la même ère géographique, montrant que rien n’a vraiment changé.

L’ouvrage est fort intéressant, justement pour attester que certaines idées dans les fictions de fantasy ou les films "historiques" hollywoodiens sont attestées et, a minima, probables. On regrette que l’autrice, dans sa rédaction, ne prenne pas souvent de précautions notamment sur les témoignages des Anciens, pris comme sûrs et véridiques (On sait par exemple que Xénophon a embelli les faits de l’« Anabase » pour glorifier son camp et son rôle, et que son histoire n’est pas toujours réaliste). Certaines de ses hypothèses, sur l’effet inspirant des mythes, mériteraient plus de pincettes.

Cela dit, dans une foule d’exemples, on en apprend beaucoup sur la guerre et la règlementation assez précoce de ces techniques "non-conventionnelles", "peu honorables", à réserver à certaines extrémités du conflit, au dernier recours.
Déjà, l’usage d’arc et de flèches n’est pas bien accueilli à l’époque (abattre à distance, sans réel talent, un épéiste émérite, heurte le code de l’honneur), alors si en plus vous mettez du poison, végétal animal ou minéral, sur les pointes... Idem, le poison est mal vu sur les lames. Et si le poison n’est pas mortel, il peut rendre malade, et devient une arme psychologique pour désorganiser l’ennemi, saper sa discipline... On emploie aussi des pots en terre remplis de scorpions ou de serpents (ou de crapauds, tant que c’est venimeux), de produits inflammables et de tessons divers... Enfin, on empoisonne volontairement les ressources adverses : soit en laissant des provisions contaminées derrière soi, soit en polluant les sources, les puits... L’impact psychologique de ces armes est souvent décrit comme aussi puissant que leur létalité propre.
L’ouvrage est très riche d’histoires, d’exemples, mais hélas se révèle souvent redondant. L’autrice a fait le choix de chapitres thématiques (la guerre biologique, les flèches, les eaux empoisonnées, la peste, la nourriture, les animaux, le feu) et comme aucun conquérant ou défenseur ne s’est limité à un seul type d’arme au catalogue, les références se répètent assez souvent, et nous font faire des va-et-vient continuels dans le temps et l’espace définis. Tout cela manque de rigueur méthodologique.

De fait, une fois lues les 40 pages d’introduction et la frise chronologique des principales "découvertes", vous avez assimilé 80% de l’information que l’autrice va dérouler pendant les presque 300 pages suivantes (il y a 20 pages de notes -oui, elles sont à la fin- et 10 de bibliographie), et c’est un peu dommage. Même en lisant cet essai par petits bouts, sur plusieurs jours, on a fréquemment envie de sauter des lignes, voire des pages. Le choix éditorial de ne pas hiérarchiser l’information dans les chapitres facilite cette rédaction circulaire, fourre-tout et confuse. L’ouvrage ne fait pas scientifique, il fait best-seller, avec son titre très accrocheur (ça a marché sur moi) dont je signale la spécificité des cochons pour la VF : il n’y a qu’une anecdote à leur sujet (mais elle est citée au moins trois fois, dans et hors du chapitre sur les animaux).

Donc, une lecture intéressante à défaut de réellement plaisante. Un format plus universitaire, avec un plan plus clair et mieux hiérarchisé, n’aurait sans doute pas été moins agréable à lire, mais un peu moins inutilement long.
La réalité dépasse toujours la fiction, et les bonnes idées d’un roman de fantasy ont souvent, donc, un épais fond de vérité.


Titre : Feu Grégeois, Bombes à Scorpions & Cochons Enflammés, la guerre non conventionnelle dans l’Antiquité (greek fire, poisons arrows & scorpions bombs : unconventionnal warfare in the ancient world, 2003)
Autrice : Adrienne Mayor
Traduction de l’anglais (USA) : Hélène Bourguignon
Couverture : Farida Jeannet
Éditeur : Nouveau Monde & Ministère des Armées
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 370
Format (en cm) : 22,5 x 14 x 3
Dépôt légal : décembre 2023
ISBN : 9782380944808
Prix : 23,90 €



Nicolas Soffray
5 août 2025


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