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Poumon vert
Ian R. MacLeod
Le Bélial’, Une Heure-Lumière, n°8, court roman traduit de l’anglais (Grande-Bretagne), science-fiction, 130 pages, avril 2017, 9,90€

En compagnie de ses trois mères, Jalila, 12 ans, quitte les hautes plaines de Tabuthal pour s’installer à Al Janb, une ville au bord de la mer. Le climat y est beaucoup plus chaud, l’air plus épais, des vaisseaux décollent, elle y rencontre des êtres venant d’autres mondes et... peut-être le plus étrange, un jeune homme.
L’acclimatation s’avère difficile et pleine de surprises.



Ian R. MacLeod, voilà un auteur rarement traduit en français. Pourtant, chaque lecture est synonyme de grand moment, de plaisir qu’il est difficile de renouveler par son absence des catalogues des éditeurs. Aussi « Poumon vert » comble une attente légitime.

Ce récit d’apprentissage transporte les lecteurs ailleurs, sur Habara, un monde étranger qui n’est pas sans rappeler par sa richesse les créations de Jack Vance ou encore d’Ursula Le Guin. Des mots inventés au sens assez évident, sans paraître gratuits, rajoutent encore au dépaysement. Le féminin y est la norme, les hommes représentent une rareté, seuls deux habitent la planète. À la recherche de repères, Jalila tombe sur un, s’aperçoit d’une différence sans pouvoir l’identifier nettement, mais elle se prend d’amitié pour Kalal. Elle découvre Al Janb et ses environnements en sa compagnie.
Toutefois Jalila se trouve à l’étroit, elle cherche sa voie...

Le style de Ian R. MacLeod est d’une grande fluidité, tout en étant riche en descriptions. La lecture ne connaît pas d’accroc, le récit nous entraîne sans coup férir dans le sillage de Jalila, tout en dressant les portraits des personnages et le théâtre de l’action. Bien sûr, il ne faut pas oublier le travail de Michelle Charrier en charge de la traduction de ce titre.
« Poumon vert » signifie la fin d’une vie pour en adopter une nouvelle, synonyme d’ascension. Jalila vise toujours plus loin, toujours plus haut, elle apprend du quotidien, des hasards pour embrasser un futur ambitieux. Elle grandit tout simplement et cela s’accompagne de nombreux doutes. Ses trois mères sont très différentes et chacune lui apporte quelque chose. Cette trinité l’accompagne d’un regard attendri non sans inquiétude.
Une belle humanité se dégage de « Poumon vert », l’histoire d’un passage, celui de l’adolescence et de ses découvertes à l’âge adulte et ses responsabilités. De l’insouciance accompagne Jalila et Kalal, ainsi qu’une certaine innocence. Heureusement des balises jalonnent ce chemin ardu et formateur.

Ian R. MacLeod séduit d’emblée par son imaginaire. Ouvrir « Poumon vert » revient à l’adopter, à entrer dans une société différente où le féminin est roi. La première fois que l’on lit « elles » pour définir Jalila et Kalal, on croit à une erreur, avant de comprendre aux autres occurrences le changement de genre et l’accepter comme une évidence. L’homme est en voie de disparition, il est devenu une bizarrerie, une étrangeté traitée avec condescendance. Le temps, les mondes parallèles sont également abordés l’air de rien.
« Poumon vert » recèle bien des qualités, une certaine magie s’en dégage, celle qui emporte le lecteur et lui fait accepter le cadre science-fictif pour s’interroger sur sa propre personne, notamment sur l’adolescence que chacun aura plus ou moins bien passée, alors que l’heure des choix avait sonné. De nombreux détails semblant anodins enrichissent tout du long cette fresque si prenante, alors que le résumé ne donne pas forcément envie d’y plonger.

« Poumon vert » est l’œuvre de Ian R. MacLeod, un grand de la science-fiction mondiale, injustement méconnu par chez nous. Chaque traduction en français s’apparente à une friandise que le connaisseur savoure, en espérant connaître à nouveau ce plaisir.

Un excellent choix pour la collection Une Heure-Lumière qui marque vraiment son territoire par son exigence. Et pour moi, « Poumon vert » y occupe le sommet.


Titre : Poumon vert (Breathmoss, 2002)
Auteur : Ian R. MacLeod
Couverture et conception graphique : Aurélien Police
Traduction de l’anglais (Grande Bretagne) : Michelle Charrier
Éditeur : Le Bélial’
Collection : Une Heure-Lumière
Numérotation dans la collection : 8
Directeur de collection : Olivier Girard
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 130
Format (en cm) : 12 x 18
Dépôt légal : avril 2017
ISBN : 978-2-84344-918-5
Prix : 9,90 €



Autres titres de la collection
- 1. « Dragon » de Thomas Day
- 2. « Le nexus du Docteur Erdmann » de Nancy Kress
- 3. « Cookie Monster » de Vernor Vinge
- 4. « Le choix » de Paul J. McAuley
- 5. « Un pont sur la brume » de Kij Johnson
- 6. « L’homme qui mit fin à l’histoire » de Ken Liu
- 7. « Cérès et Vesta » de Greg Egan

Du même auteur sur la Yozone :
- la chronique de « L’âge des lumières »
- une interview datant des Utopiales 2007


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François Schnebelen
3 mai 2017


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