Chargement...
YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Angel l’indien blanc
François Place
Casterman, roman (France), aventures septentrionales, 230 pages, avril 2014, 15€

Angel n’a pas eu une enfance facile. « Américain », fils métis d’un Indien et d’une domestique française raptée, il a grandi en paria de la tribu. Lorsque les « sauvages » sont chassés par les Blancs, il est vendu comme esclave à un marchand de Buenos Aires, dont le jeu favori est de le jeter dans le port pour parier avec ses clients sur sa probable noyade.
Aussi, quand le Neptune fait escale avant de poursuivre son expédition scientifique en Antarctique, Angel fuit à son bord. Devenu matelot, il va vivre une grande aventure.



Tandis que Le Neptune cabote le long des côtes antarctiques, que les trois savants à son bord prennent mesures, points de repère et croquis, en dépit d’un brouillard cotonneux, quelque chose frôle le navire. Des monstres à deux bouches, garnies de crocs, avec deux voix. On met la chaloupe à l’eau, on tente de les retrouver, tant pour les étudier que pour s’assurer, définitivement s’il le faut, qu’ils ne sont pas une menace. Mais l’équipée est prise en embuscade, et les diables à deux bouches acceptent finalement de ne garder que deux otages : Angel et Corvadoro, le vieux savant vénitien. Les autres sont relâchés, avec mission de ramener les canons du Neptune au plus vite. Hélas, le brouillard est traître.

Angel et Corvadoro vont donc vivre quelques mois avec ces diables qui n’en sont pas. Chacun de leur côté, ils vont tenter de s’intégrer à cette société, en apprenant jour après jour les codes, les coutumes et les tabous. Un véritable apprentissage pour Angel, puisque les ados se livrent régulièrement à la lutte, d’abord, croit-il, pour définir la hiérarchie du groupe, mais surtout pour se préparer à la saison de chasse au phoque. Angel se fera des amis, peu, et autant d’ennemis. Ses excellentes capacités de nageur et de plongeur, héritées du passe-temps de son maître de Buenos Aires, attireront l’attention et parfois la jalousie.
Corvadoro, à chaque fois qu’ils se rencontrent, pauvres naufragés « civilisés » au milieu de cette tribu, n’a que deux choses en tête : l’étude ethnologique de ces gens, et la découverte d’un moyen de fuir, car les semaines passant, l’arrivée du Neptune s’estompe. Un Neptune dont l’équipage, prisonnier de l’hiver austral et en ignorant l’extrême rigueur, souffre peut-être plus qu’eux.

François Place rend hommage aux grandes expéditions scientifiques en creux de l’histoire d’Angel. Si le garçon fait l’apprentissage de la vie, et découvre des beautés sans égales dans les paysages qui les entourent et le mode de vie de la tribu, le lecteur en apprendra beaucoup également sur ses expéditions qui, de tout temps, ont chercher à remplir les blancs des cartes, pour y planter le drapeau de leur pays, espérant y découvrir un nouvel Eldorado. L’auteur illustre bien la dualité entre curiosité scientifique et ambition personnelle avec les personnages de ses trois savants. Subtilement, il fait passer Corvadoro au premier plan, alors que celui-ci parait plutôt revêche au début, simple mécène de l’expédition dont l’intérêt évident est avant tout de se rembourser de ses dépenses pharaoniques.

Comme dans « La Douane Volante », le fantastique est diffus dans « Angel, l’Indien Blanc ». Il naît surtout du choc de deux mondes, deux cultures, et de l’incompréhension par la première des pratiques de la seconde. La tribu pratique certaines magies chamaniques, certaines choses, malgré la science de Corvadoro ou les observations d’Angel, ne trouveront pas de réponses, elle devront, comme toute cette civilisation, être simplement acceptées comme telles. Le cadre austral de cette aventure est à lui seul un décor magique, mais aussi dangereux, comme va le découvrir Angel : le froid, le brouillard, les différents groupes du clan, les phoques et les rituels de chasse, tout cela fait parti d’un tout, dont certaines choses relèvent de l’inexplicable, magique ou psychologique.

L’aventure s’achèvera bien, malgré de violentes péripéties qui mettent en péril la vie de nos deux otages, qui regagneront les côtes italiennes, laissant l’histoire se clore sur ces petits détails, mensonges et trahisons qui font l’Histoire du point de vue nombriliste de l’Europe moderne, loin des dangers et des pouvoirs autrement plus concrets de l’Antarctique.

François Place signe là un ouvrage à la fois très bien documenté tout autant qu’il laisse, sans cesse, la porte entrouverte au merveilleux. Entre le point de vue scientifique de Corvadoro, celui sans préjugés d’Angel, métis déraciné, acculturé et en plein âge de construction de lui-même, et notre regard de lecteur, la magie s’insinue là où quelqu’un voudra la voir.


Titre : Angel l’indien blanc
Auteur : François Place
Couverture : François Place
Éditeur : Casterman
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 230
Format (en cm) : 22 x 14,5 x 1,7
Dépôt légal : avril 2014
ISBN : 9782203080539
Prix : 15 €



Nicolas Soffray
8 mai 2014


JPEG - 39.5 ko



Chargement...
WebAnalytics