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Bamboo Blade (T1 à T5)
Masahiro Totsuka & Aguri Igarashi
Ki-oon

Toraji Ishida est professeur de Kendo dans un lycée.
Le club n’est pas au meilleur de sa forme et à dire vrai Ishida s’en fiche un peu. Mais les choses changent lorsque Kenjiro, l’un de ses anciens adversaires et ami, lui propose un défi contre sa propre équipe féminine de Kendo. S’il parvient à vaincre ses combattantes, Toraji gagnera un an de sushi de qualité supérieure.

Motivé par la récompense plus que par le défi, le professeur va alors tout faire pour mener son équipe à la victoire. Seul petit problème, son équipe ne compte qu’une seule combattante au lieu des cinq requises. Heureusement, Tamaki Kawazoe, une élève surdouée, va faire son apparition et placer le club sous d’excellents augures.



Bamboo Blade” est un seinen manga, c’est à dire un manga destiné aux jeunes hommes entre 15 et 30 ans. C’est donc une histoire qui se destine à un public plus âgé que les shonen, genre majoritaire dans les mangas disponibles en France. Il ne contient cependant aucune scène qui pourrait choquer les plus jeunes comme c’est le cas pour “Übel blatt” ou nombre d’autres seinen manga.

Scénarisé par Masahiro Tatsuka et illustré par Aguri Igarashi, ce manga est édité au Japon par Square Enix dans son magazine Seinen Young Gangan. Fort de son succès japonais, il nous parvient en France grâce à Ki-oon qui l’édite depuis septembre 2009.

Le sujet du manga est le Kendo, la voie du sabre, art martial autrefois pratiqué par les samouraïs. Ici, on est dans un récit contemporain et le Kendo est pratiqué par une équipe de jeunes femmes dans un cadre sportif scolaire. Si le côté très réglementé de ce sport peu d’ailleurs dérouter le néophyte, le manga propose de nombreuses illustrations amusantes qui permettent de comprendre les différentes règles au fil des différents tomes. De sorte que l’on peut apprécier toutes les subtilités de ce sport qui incarne, autant qu’il est possible, les valeurs du « bushido » (principes moraux ou code d’honneur des samouraïs très présent dans les arts martiaux japonais).

D’un point de vue scénaristique, la trame générale est assez peu originale. La thématique du club de lycée en déroute est largement utilisée. On trouve la même dans le manga “Full Set” ou dans la série télévisée américaine “Glee”. D’ailleurs, dans ces deux exemples comme dans “Bamboo Blade”, la compétition régionale est le premier objectif du club, objectif déterminant pour sa survie.

Dans “Bamboo Blade”, le but est moins honorable puisque c’est pour permettre au professeur de Kendo de gagner un an de sushi puis pour lui permettre de sauver son job. C’est dans ce genre de touches humoristiques que “Bamboo Blade” se détache du lot. L’entraineur / Sensei, qui est censé incarner le modèle auquel aspirent les élèves, est un anti-héros. S’il a eu ses instants de gloire dans le monde du kendo lorsqu’il était plus jeune, son manque de rigueur, d’entrainement et de principes moraux a miné sa maîtrise du sabre. C’est d’ailleurs l’un des axes scénaristiques possibles pour le futur de la série : rendre au sensei sa dignité et son honneur. Rassurez-vous, il lui reste encore un long chemin à parcourir.

Malgré cela, les personnages sont des plus attachants. Et si certains sont les moteurs humoristiques de la séries comme Danjuro, étudiant rondelet et maladroit, d’autres comme Tamaki Kawazoe incarnent les valeurs du « bushido » censées être représentées par Mr. Ishida. Le rôle de l’enseignant et du modèle est donc présent mais transféré sur une élève surdouée. Toutefois, si son Kendo est incroyablement mature et évolué, il lui reste à renforcer son esprit en dehors des tatamis, car elle reste, pour le moment, une jeune fille un peu asociale fan de shonen.

Au niveau graphisme, le bilan est plutôt positif même si l’on regrettera l’arrière-plan des cases souvent vide. On a parfois l’impression que les ressources stylistiques du manga tels que les traits du dynamisme, les dégradés ou encore les spirales sont plus là pour combler une fainéantise que pour un intérêt narratif. Vous l’aurez compris, les lieux qu’arpentent les protagonistes sont assez peu présents. En revanche côté personnage, il n’y a rien à redire, Aguri Igarashi maîtrise le domaine, bien proportionnés, très expressifs et charismatiques.

La principale difficulté étant de parvenir à distinguer les combattants lors des match de Kendo. En effet, ceux-ci portent une armure complète (« bogu ») ainsi qu’un casque avec une grille (« men ») pour se protéger le visage. La solution trouvée pour parer le problème est d’effacer la grille du men pour voir le visage du personnage et ainsi les distinguer dans les combats. Cette solution fonctionne à moitié, notamment parce que les personnages ne sont pas toujours de face mais également parce que les éléments qui caractérisent les personnages (lunettes, coiffures etc... etc...) ne sont pas visibles lors des combats.

A propos des combats il est intéressant de noter qu’est conservé l’esprit du bushido tel qu’il est représenté dans les films de sabre japonais. En effet, contrairement aux films de kung-fu chinois où le combattant le plus fort est celui qui donne le plus grand nombre de coup, dans la tradition japonaise le plus grand guerrier est celui qui gagne le combat en un seul coup. Bien souvent le combat est d’ailleurs déjà jouer avant que les adversaires aient commencé à bouger. Le combat se décide au mental, celui qui transpire ou qui bouge a perdu d’avance. Ici, les gestes de Tamaki, sont précis et incisifs, elle ne fait aucun mouvement inutile et chaque attaque conduit à une touche. Lorsque son esprit est distrait (à un moment, elle pense à sa mère), elle se prend une touche car le mental n’était pas prêt.

Bamboo Blade” est un manga agréable à lire. Malgré les défauts qu’il possède, l’ambiance est au rendez-vous et l’alternance des personnages entre leur design normal et leur design chibi (enfant avec de grand yeux) permet une très bonne dimension comique. Maintenant, on attend de savoir si un but précis va se mettre en place ou si l’avenir et l’évolution du club va continuer de voguer au gré des déboires du professeur Ishida.


Bamboo Blade
- Scénario : Masahiro Totsuka
- Dessin : Aguri Igarashi
- Editeur : Ki-oon
- Parution : Septembre 2009 à mars 2010
- Prix : 7,50 €


© Masahiro Totsuka, Aguri Igarashi / SQUARE ENIX CO., LTD


Gianni Zablot
8 mars 2010






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