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Europa
Édition Simple DVD - Les Films de ma Vie - Opening
5 mai 2009

À la lisière du réel, du rêve ou de l’hypnotisme, une vision fantasmée de l’Allemagne juste après sa capitulation. Un énigmatique groupe de « loups-garous » éxécutent ceux qu’ils soupçonnent de collaborer avec les alliés.
Un tout de force (et de passe-passe) cinématographique. N’y voir qu’un film pensé de bout en bout serait oublier l’humour grinçant et provocateur qui anime toujours Lars von Trier.

Une édition DVD simple à petit prix (9,99€) dont le transfert son et image rend justice au film (Opening).



LE SUJET


Leopold Kessler, un jeune américain d’origine allemande, arrive à Francfort à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Son oncle allemand réussit à le faire engager comme contrôleur de wagons-lits dans la toute nouvelle compagnie Zentropa.
Leopold va tomber amoureux de la fille du directeur de la compagnie puis ilk va découvrir qu’en cette période trouble, tout le monde ment ou se dissimule derrière le mensonge. Qu’il s’agisse d’un étrange groupe terroriste qui se nomme les Werewolf (loup-garou) et assassine les collaborateurs allemands ou même les Alliés qui sont prèt à toutes les combines et compromissions pour relever l’Allemagne de ses ruines.
Pauvre Europe !

CE QUE L’ON EN A PENSÉ


Loin, très loin des délires visuels scénaristiques et techniques de « Antichrist » (2009) et de « Element of Crime » (1984), ses derniers et premiers films, Lars von Trier bouclait avec « Europa » (1991) sa trilogie en « E » (comme Européenne). Loin, très loin et pourtant proche, très proche de ce qu’il avait réalisé et réalisera, « Europa » est un film dont ressort d’abord une esthétique du noir et blanc qui nous renvoie à l’expressionnisme allemand (« Le Cabinet du Docteur Caligari »), à des grands classiques de Fritz Lang (« M le Maudit », « Docteur Mabuse ») et surtout à l’influence majeure du réalisateur, le cinéaste Carl Theodor Dreyer. On pourrait également y voir des échos de l’œuvre d’Ingmar Bergman dans ces cadrages très étudiés sur des mains qui s’agitent, des expressions de visages, etc.
Si l’on peut comprendre le scénario comme une sorte d’intrigue policière mâtinée d’espionnage, vision très fantasmatique des rapports entre l’occupant américain et l’occupé allemand à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, on pressent très vite que rien n’est simple avec Lars von Trier (quoique).
Utilisant le principe des transparences en faisant jouer ses acteurs sur des fonds ou sont diffusés des scènes tournées précédemment, le réalisateur avouera avoir parfois ajouté 11 couches d’images les unes sur les autres afin de composer une séquence principalement en noir et blanc (avec parfois un objet ou un fluide en couleur).
Techniquement, le procédé est remarquablement maîtrisé, procurant une véritable jouissance visuelle et a des allures de tour de force technique et artistique (Grand Prix de la Commission Technique et Prix du Jury, Festival de Cannes 1991).
Scénaristiquement, le procédé est utilisé à bon escient et soutient effectivement l’histoire racontée. Il trouve aussi sa justification dans les multiples niveaux d’interprétations qu’il amène forcément.
Ne nous y trompons pas, si « Europa » est l’archétype du film qui fait parler les bavards et les spécialistes de l’interprétation cinématographique (le plus souvent dans des idiomes quasi incompréhensibles et codés), il ne faut pas le projet par principe mais s’y risquer sans a priori.
On peut se passer d’avoir fait “psycho-philo-divination” pour aimer et savourer tout simplement la beauté visuelle de l’ensemble, la logique du scénario et des propos.
Et si on ne comprend pas tout, il y a aussi un certain plaisir à se laisser perdre dans certaines séquences au pouvoir hypnotique évident (ce qui est d’ailleurs une piste du film, il suffit de ne pas rater le début).
Jean Marc Barr (Leopold Kessler) qui n’est jamais aussi bon que quand il n’essaie pas d’interpréter mais reste lui-même, tient le rôle du candide quasi voltairien qui va naviguer en eaux troubles. Avec ces airs de gamin naïf et simplet, il nous amène très loin, nous persuadant que l’on ne comprend pas mieux l’intrigue que lui (ce qui est faut et est sans doute la seule faiblesse du film).
La voix omniprésente du narrateur invisible (Max von Sydow) et une distribution relevée (Barbara Sukowa, Udo Kier, Eddie Constantine, Benny Poulsen, etc) contribuent aux charmes de l’ensemble. L’apparition du réalisateur dans le rôle d’un juif innocentant le directeur de la compagnie ferroviaire Zentropa pour le compte des alliés est également significative quant au sens que Lars von Trier souhaitait donner à « Europa ».
Si l’esthétisme est poussée à l’extrème et devient un principe de réalisation tout autant qu’un exercice de style (un défi ?) pour le réalisateur, contrairement aux apparences, « Europa » est aussi doté d’un humour grinçant très souvent hilarant (au second degré, évidemment).
Important et à voir.

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L’ÉDITION DVD


L’avantage d’« Europa », c’est qu’avec sa beauté formelle souvent construite à grands coups d’images saturées ou floues, on ne s’attend pas à des miracles (sauf dans le mauvais sens) avec le transfert numérique. Bonne pioche, la version proposée s’attache à retranscrire sur DVD les images du film sans chercher à y corriger quoi que ce soit. Et c’est parfait ainsi puisque les « défauts » y étaient volontaires.
Côté son, on pourra souvent se poser la question de l’utilité d’une piste 5.1 alors que la VO originale était en 2.0, mais elle s’avère efficace et contribue aux charmes des ambiances par des effets arrières et latéraux intéressants.
Deux bonus sous forme de documentaires permettent de mieux comprendre comment tout cela a été fait (et surtout dans quelles conditions).

CONCLUSION


Vrai beau moment de cinéma, « Europa » est peut-être le film le plus accessible de Lars von Trier (avec « Breaking the Waves »). Il laisse une sensation d’étrangeté maîtrisée qui interroge le spectateur dans le bon sens du terme.
Édition DVD très correcte et très petit prix (9,99€), ne pas hésiter.

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EUROPA - ÉDITION SIMPLE DVD

Titre original : Europa
Film danois (Allemagne, France, Suède, Danemark) de Lars von Trier (1990/91)
Durée : 1h47’23’’
Sortie en salle France : 13 novembre 1991
Prix du Jury Festival de Cannes 1991 & Grand prix de la Commission Technique du Festival de Cannes en 1991
Réalisation : Lars von Trier
Scénario : Lars von Trier, Niels Vørsel
Avec : Jean-Marc Barr, Barbara Sukowa, Udo Kier, Ernst-Hugo Järegård, Erik Mørk, Jørgen Reenberg, Henning Jensen, Eddie Constantine, Max von Sydow, Benny Poulsen, etc.

DVD 9 (7,93 Go), Zone 2, Pal, Couleur & N&B
Menu d’entrée DVD : Anglais, Danois, Suédois, Norvégien, Finnois, Allemand, Français, Néerlandais et Roumain
Sous-tires : Anglais, Danois, Suédois, Norvégien, Finnois, Allemand, Français, Néerlandais et Roumain
Son : DD 5.1, DD (stéréo) 2.0, Commentaires en 2.0 (VO-ST)
Format : 2.35
Image : 16/9 compatible 4/3
Chapitres : 12 (trois pages de menu avec animations)

BONUS
- Commentaires : Lars von Trier, Peter Aalbæk Jensen, Jean-Marc Barr et Udo Kier (intéressants, mais beaucoup d’éclats de rires et de longs blancs !)
- Le Making Of d’Europa (VO-ST, 4/3, 38’59) : le documentaire revient sur le parcours cinématographique de Lars von Trier, de longues et intéressantes explications techniques sur le principe des « fonds » et « transparences » utilisés.
- Anecodtes sur Europa ((VO-ST, 4/3, 20’36) : interviews de l’équipe technique, de production et artistique sur les conditions de tournage en Pologne (principalement)
- Bande annonce du film (VO-ST, 2’34) : la BA ciné
- Générique du DVD (26’’) : le générique du DVD

Références DVD : EDV 701 - ASIN B001UEJFM4
Presse : DarkStar (Paris)
Éditeur : Opening (France)
Parution : 5 mai 2009
Collection : Les Films de ma Vie
Prix : 9,99€


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- © Opening 2009 - Les Films de Ma Vie - 5 cinéastes, 10 films : Element of crime de Lars Von Trier - Epidemic de Lars Von Trier - Europa de Lars Von Trier - Les Chemins de la gloire de Howard Hawks - Bungalow pour femmes de Raoul Walsh - O.H.M.S de Raoul Walsh - Amants et fils de Jack Cardiff - Vaudeville de Jean Marboeuf - Grand guignol de Jean Marboeuf - Exhibition de Jean-François Davy



Stéphane Pons
14 juillet 2009






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