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Lames du Cardinal (Les) T.2 : L’Alchimiste des Ombres
Pierre Pevel
Bragelonne, roman (France), fantasy historique, 329 pages, mai 2009, 20€

À peine un dragon vaincu, les Lames doivent contrer une nouvelle menace contre la vie du roi. En effet, une espionne, l’Italienne, a informé le Cardinal d’un péril qui plane sur le trône de France. Mais la belle espionne refuse d’en dire plus si le Cardinal ne lui offre pas sa protection, d’autant que le parlement a mis sa tête à prix tandis que les pires mercenaires qui soient, des dracs noirs, la pourchassent de près. L’affaire se doit donc d’être traitée le plus discrètement possible, ce qui revient à la confier aux Lames, une fois de plus manipulées comme des marionnettes, dont Richelieu n’est pas seul à tirer les ficelles, l’espionne s’y entendant pour les contraindre, mine de rien, à servir ses intérêts.

La menace écartée, et la demoiselle envolée, les Lames découvriront vite qu’elles ont affaire à un vieil ennemi, et non des moindres : l’Alchimiste des Ombres. L’un des nombreux noms de guerre d’un grand Dragon Noir, qui avait causé leur chute cinq ans plus tôt, et qui a su adjoindre à son complot certains grands personnages du royaume, dont la duchesse de Chevreuse, favorite d’Anne d’Autriche et qui voue une haine féroce au Cardinal.



Après le long prologue que se révèle être « Les Lames du Cardinal », Pierre Pevel ne s’embarrasse pas de faire les présentations. Une introduction fabuleuse empêche le lecteur de reposer l’ouvrage avant d’en avoir lu la moitié, les deux premières parties (ou épisodes, l’auteur découpant son œuvre comme une série TV, ainsi qu’expliqué précédemment) dévorées.
Ce découpage particulier fait que le roman se lit en deux soirées (voire moins pour ceux qui pourront faire la grasse matinée le lendemain...), comme si l’on regardait deux épisodes chaque soir depuis son canapé. L’auteur pousse le principe jusqu’à indiquer en bas de chaque page-titre un code (S01-E01 à E04) identique à celui utilisé pour référencer les saisons et les épisodes d’une série TV.

Cette première moitié, découpée en deux parties, se concentre sur l’Italienne, espionne internationale, et l’offre faite à Richelieu : sa protection contre les preuves d’un complot contre le trône de France. Si le danger immédiat semble d’une clarté inverse aux sombres écailles des dracs noirs qui collent aux basques de la belle, il demeure un hic : l’espionne est recherchée en France, sa tête valant de l’or.
Richelieu est donc contraint de mener l’affaire de manière officieuse, confiant l’Italienne et la recherche des dracs à ses Lames désormais reformées. Sans le savoir, ils servent ainsi les plans de l’espionne, qui se jouera d’eux avant d’être jouée à son tour par plus fort qu’elle. À trop tenter le diable…

Néanmoins, elle tiendra en partie parole, livrant les preuves promises. Et la découverte éclate comme un coup de tonnerre : l’Alchimiste des Ombres, un Dragon Noir, et un des meilleurs agents de la Griffe noire, est le maitre d’œuvre de ce complot. Les Lames le connaissent bien : il a tué l’un des leurs à La Rochelle, et a causé leur disgrâce publique. Pour La Fargue, l’occasion est trop belle de se venger en servant le pays. Néanmoins, d’autres personnes, proches du roi, sont aussi impliquées, et prêtes à tomber sous le coup de la justice royale.
Aussi le Cardinal est-il inflexible : l’enquête des Lames sur ce complot ne doit en aucun cas nuire au coup de filet que veut effectuer Louis XIII au lendemain du grand bal donné par la duchesse de Chevreuse, qu’il déteste et à qui il réserve cette cruelle chute aussitôt après la gloire. Mais si le bal était justement la date de l’attentat ?

J’en ai déjà trop dit. Cela ne nuira cependant pas à votre lecture, car il n’y a rien, dans les grandes lignes de l’intrigue, à quoi on ne soit pas en droit de s’attendre après l’excellent « Les Lames du Cardinal ». Et même plus.
Pierre Pevel donne le même souffle à la suite des aventures de La Fargue et de ses hommes. Les complots se font plus graves, mais ne gagnent pas en complexité, ce qui aurait été au détriment de la logique et du réalisme. Entre jeux de pouvoir et faux-semblants, on a déjà fort à faire pour démêler le vrai du faux, le faux pas de la feinte, le semblant de vérité du mensonge par omission.
Le tout animé de dialogues tantôt châtiés, tantôt truculents (l’inflexibilité d’Almadès face aux tentatives diplomatiques de Marciac vaut les meilleures scènes comiques de Molière), et saupoudré, certains trouveront peut-être excessivement, d’un portrait de Paris au XVIIe toujours aussi vivant, au point qu’on en sentirait sinon les odeurs, au moins la chaleur caniculaire qui s’y abat.

Comme on s’y attendait, les personnages gagnent encore en profondeur, et de nombreuses révélations sur leur passé éclaireront, ou confirmeront certaines hypothèses. Certaines allégeances secrètes seront rappelées, certaines voudront être brisées, d’autres renforcées. Car l’ennemi est de taille, ainsi que le prologue nous en aura donné un aperçu des plus appétissants. Et les forces viendront peut-être à manquer pour la suite qui s’annonce cataclysmique, car les Lames ne sont que des hommes (pour la plupart…), La Fargue n’est plus tout jeune, et d’autres ont des blessures secrètes… La conclusion verra un nouveau chamboulement des rôles, comme dans le tome précédent. Certains rejoignent les Lames, d’autres les quittent.

Si « L’Alchimiste des Ombres » est dans la lignée des « Lames du Cardinal », sa grande force vient de l’humanité de ses héros, de leurs faiblesses, de leurs déconvenues face aux aléas de l’existence, tout autant que des aventures que vivent les personnages. L’érudition historique de l’auteur est adroitement associée à son sens de l’intrigue à la complexité mesurée, et une certaine retenue au niveau des “effets spéciaux”, un certain prosaïsme dans des passages pourtant extraordinaires achève de rendre ce rival des « Trois Mousquetaires » indispensable à tout amateur de fantasy comme de cape et d’épée.

Certes, Pierre Pevel est encore un peu seul en France sur ce créneau, mais les amateurs de romans où l’honneur se défend rapière en main pourront lire, si ce n’est déjà fait, « À la pointe de l’épée » d’Ellen Kushner, que contrairement à mon camarade Yonaute j’ai beaucoup aimé.

Côté typographique, on notera l’inexplicable conversion orthographique de « wyverne » en « vyverne », et une douzaine de coquilles dues à une relecture un peu rapide, la plupart imputables au correcteur automatique, même si on prendra l’auteur en défaut sur « bayer aux corneilles », qui n’a rien à voir avec « bâiller »... Cela n’entache cependant pas le plaisir de dévorer ces 330 pages... Les amateurs du détail (voire l’éditeur) peuvent consulter la liste exhaustive ci-dessous :

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L’Alchimiste des Ombres - corrections

MAJ d’août 2009 : un GVY (Gentil Visiteur de la Yozone) a relevé une autre erreur : l’auteur confond Marie et Catherine de Médicis à plusieurs reprises (après relecture rapide, 3 fois : pages 52, 68 et 194). Marie est sa seconde femme, Catherine sa première belle-mère (la mère de Margot).

Un mot sur la couverture, fruit d’une triple collaboration. Si elle semble faire suite à la couverture préparatoire du premier volume (ci-contre), le résultat est assez déconcertant vu de près, le style et le grain de la dague n’étant pas du tout similaires à ceux de la gargouille et Paris en fond. On s’interrogera sur ce manque de finition, et la décision de ne pas confier le dessin à Julien Delval comme pour le premier volume. À défaut de nous refaire un portrait de l’équipe, cela aurait donné plus d’homogénéité à la série...

En attendant le tome 3, et la fin apocalyptique de cette première saison.


Titre : L’Alchimiste des Ombres (roman, France)
Série : Les Lames du Cardinal
Autre volume : Les Lames du Cardinal (T.1)
Auteur : Pierre Pevel
Couverture : Didier Graffet, Anne-Claire Payet, David Oghia
Editeur : Bragelonne
Site Internet : fiche de l’auteur
Pages : 329
Format (en cm) : 23,8 x 15,3 x 2,8
Dépôt légal : mai 2009
ISBN : 978-2-35294-253-5
Prix : 20 €



Nicolas Soffray
4 juillet 2009


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