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Mimic
Film américain de Guillermo del Toro (1997)
Sortie nationale le 24 septembre 1997


Genre : Science-fiction horrifique
Durée : 1h42

Avec Mira Sorvino (Dr. Susan Tyler), Jeremy Northam (Dr. Peter Mann), Alexander Goodwin (Chuy), Giancarlo Giannini (Manny), Charles Dutton (Leonard), Josh Brolin (Josh), Alix Koromzay (Remy), F. Murray Abraham (Dr. Gates), James Costa (Ricky), Javon Barnwell (Davis), Norman Reedus (Jeremy), Pak-Kwong Ho (le prêcheur)

Si vous désirez visiter le métro de New-York ou, plus exactement, la partie cachée du réseau, à savoir les lignes abandonnées, les locaux techniques, les égouts et conduits adjacents, alors n’hésitez pas, courez voir « Mimic », Guillermo del Toro lui-même se fera un plaisir de vous servir de guide.

Enfin, pas exactement tout de même. Par acteurs interposés, devrais-je dire. En l’occurence Jeremy Northam et Mira Sorvino qui arpentent les lieux en long, en large et surtout en profondeur. Mais ne brûlons pas les étapes.

L’affaire ne démarre pas sous les meilleurs auspices. Une épidémie se développe dans New York et cause de nombreuses victimes, particulièrement des enfants, sans que quiconque n’en découvre le remède. Il semblerait que les cafards soient les porteurs du mal. Fort heureusement, une jeune entomologiste (il semble que ce soit le terme adéquat), le docteur Susan Tyler (Mira Sorvino), par le biais d’une série de manipulations génétiques, fabrique le « Judas », un insecte qui viendra à bout des cafards et qui disparaîtra (qu’elle dit) au bout de six mois environ.

Fin du prologue.

Nous sommes à présent dans le même New York mais trois ans plus tard. Sur le toit d’un immeuble, un homme qui présente toutes les caractéristiques de la plus totale terreur tente de fuir un invisible agresseur. La chose enfonce peu à peu la porte d’accès au toit que le malheureux a pris soin de fermer dans l’espoir de lui échapper. Puis il saute sur un échafaudage un peu plus bas alors que la créature va le rejoindre. Peine perdue. Quelques instants plus tard, il s’écrase sur le sol, une dizaine de mètres plus bas. Et peu après la susdite chose (ou une autre) tire son cadavre dans les égouts par une ouverture du caniveau.

Pas de témoin.

En fait, si ! Un enfant, Chuy (Alexander Goodwin), qui habite dans l’immeuble d’en face et qui fait cette curieuse remarque : « Drôles de chaussures ». On apprendra bientôt que le père de cet enfant, Manny (Giancarlo Giannini) est cireur de son état et pratique l’essentiel de son métier dans le métro new-yorkais : nous y voilà enfin.

Dès lors, Guillermo del Toro va nous livrer un montage extrêmement serré de séquences courtes destinées à suivre les allées et venues des personnages essentiels de son histoire : le docteur Tyler, bien sûr, son assistante Rémy (Alix Koromzay), son compagnon le docteur Peter Mann (Jeremy Northam) et Josh son assistant (Josh Brolin), Manny et le petit Chuy qui s’en va retrouver la créature aux « drôles de chaussures » et disparaît ; montage tout à fait approprié pour faire monter l’angoisse au fur et à mesure que le danger se précise et qu’il se circonscrit dans les entrailles de la ville.

Sans doute moins personnel que « Cronos » - mais peut-être parce que le cinéma américain n’autorise pas les mêmes libertés que le Mexique dont Guillermo del Toro est originaire -, « Mimic » n’en demeure pas moins un divertissement de choix pour les amateurs de sensations fortes. Tous les ingrédients sont là pour satisfaire les plus exigeants : le passage de la lumière à l’obscurité, la descente aux enfers, les insectes, la révélation de la monstruosité, les situations sans issue, les chutes intempestives, les insectes, les présences inquiétantes, les enfants inconscients, l’épidémie qui recommence, les insectes, le drame enfin dans toute son horreur qui se déroule quelque part sous les pieds d’une population inconsciente, ponctué au final par un incendie qu’un happy end viendra quelque peu atténuer avec le retour de celui que l’on croyait perdu.

Les interprètes ? Citons déjà Mira Sorvino que l’on regrette de ne pas voir plus souvent et qui tient à merveille son rôle de faible femme dépassée par les évènements mais néanmoins batailleuse en diable. On remarquera aussi la présence plus discrète de son assistante, Alix Koromzay, qui n’en restera pas à ce coup d’essai dans le cinéma d’horreur (1). Giancarlo Giannini ne nous avait guère habitué jusque là à fréquenter ce genre de film ; il est parfait comme à son habitude et exploite sans forcer ses talents de composition pour nous jouer un malheureux père qui m’a fait d’ailleurs songer, allez savoir pourquoi, au Geppetto de Collodi (2). Alexander Goodwin, quant à lui, a véritablement une « présence », surtout dans la première partie du film, dans son rôle d’enfant attardé et toutefois extrêmement observateur. Dommage qu’il ait disparu de la scène après un ultime rôle dans le « Illuminata » de John Turturo. Le passage à l’âge adulte a condamné bien des vocations depuis l’inoubliable Shirley Temple. Les autres, Jeremy Northam et Charles S. Dutton en particulier tirent également leur épingle du jeu, avec un point supplémentaire au dernier cité qui nous la joue « flic acariâtre » avant de se révéler beaucoup plus sympathique.

Restent enfin nos créatures (créées par Rick Lazzarini lit-on quelque part dissimulé dans le générique de fin), douées d’un mimétisme qui leur permet de se confondre avec les êtres humains si l’on n’y regarde pas de trop près (eh oui ! les drôles de chaussures). Le travail effectué par les artistes de la profession est tout à fait remarquable et dissimule parfaitement un manque de moyens évident qui risquait de faire sombrer l’entreprise dans un ridicule dans lequel elle ne se noie jamais.

Au total, une satisfaction de plus de la part d’un réalisateur qui monte, qui monte... comme les méchantes bêtes de ce film d’action autant que d’atmosphère issu d’une nouvelle d’un auteur que les lecteurs de science-fiction connaissent bien : Donald Wollheim.

(1) Elle aura un petit rôle dans « Mr Murder », un film TV d’après le roman de Dean Koontz, puis dans le « The Haunting » (le remake de « La maison du Diable ») de Jan De Bont, sans oublier le numéro six de la série des « Enfants du maïs » générés par le prolifique et incontournable Stephen King. Et on la retrouvera surtout tenant le rôle principal de la séquelle de « Mimic » réalisée par Jean de Segonzac directement semble-t-il pour la video.

(2) Les aficionados de la science-fiction et de la terreur pourront le retrouver dans la mini série TV « Dune » (John Harrison - 2000) et dans le « Hannibal » de Ridley Scott (2001).

FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Guillermo del Toro

Scénario : Matthew Robbins, Guillermo del Toro d’après une nouvelle de Donald A. Wollheim

Producteurs : Ole Bornedal, B.J. Rack, Bob Weinstein
Coproducteurs : Cary Granat, Richard Potter, Andrew Rona, Scott Shiffman, Michael Zoumas
Producteur associé : Clark Henderson
Producteur exécutif : Michael Phillips
Coproducteur exécutif : Stuart Cornfeld, Harvey Weinstein

Musique originale : Marco Beltrami
Image : Dan Laustsen (D.F.F.)
Montage : Patrick Lussier
Distribution des rôles : Kerry Barden, Billy Hopkins, Suzanne Smith
Création des décors : John McFarlane, Carol Spier
Direction artistique : Tamara Deverell
Décorateur de plateau : Elinor Rose Galbraith, Peter _ Legault
Création des costumes : Marie-Sylvie Deveau
Maquillage : Donald Mowat
Son : Steve Boeddeker, Randy Thom

Production : Dimension Films, Miramax Films
Effets spéciaux : C.O.R.E. Digital Pictures, Gajdecki Visual Effects (GVFX), Hybride Technologies, The Character Shop


Jean-Pierre Fontana
5 septembre 2004






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