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Automate de Nuremberg (L’)
Thomas Day
Gallimard, Folio 2€, nouvelle, France, Fantastique, janvier 2008, 120 pages, 2€

Melchior Hauser est l’automate joueur d’échecs offert au tsar Alexandre par le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III lors du Congrès de Vienne. Après la défaite et la capitulation contre les armées napoléoniennes en 1824, le monarque Russe affranchit l’objet qui est devenu un être pensant se demandant s’il a une âme…
L’automate souhaite retrouver son père et créateur et doit donc aller à Nuremberg.

Mais la vie des automates, comme celle des hommes, recèle bien des surprises et la quête de Melchior Hauser va le mener jusqu’en Angleterre puis en Afrique où l’attend son destin.



Le genre “uchronique” auquel on pourrait presque rattacher cette novella (120 pages) de Thomas Day est intéressant sous deux aspects bien distincts (et parfois associés quand l’exercice est très réussi).
Soit il propose tout simplement une bonne aventure dont le suspense retiendra le lecteur à grand coups de “et si” forcément excitants. Soit il s’agit finalement d’un conte philosophique et moral utilisant les décors temporels et les “échos historiques” d’anciens personnages plus ou moins célèbres comme des épices servant à relever un bon plat.
Des exhausteurs d’imaginaire ancrés dans le réel, en quelque sorte.

Thomas Day, écrivain français dont on lit le plus souvent avec grand intérêt nouvelles et romans et qui a déjà abordé plusieurs fois le genre avec un talent certain (« La Voie du Sabre », « L’Instinct de l’Équarisseur », « Le Trône d’Ébène », etc), s’empare donc d’une époque où Napoléon aurait fini par réduire l’Europe –mais pas l’Angleterre !- et tout particulièrement l’Empire Russe, à l’état de dominion. Il situe dans ce cadre une intrigue quasi métaphysique (“Ai-je une âme, Père ?” s’écrie le personnage central) elle-même dérivée d’autres moments plus anecdotiques de l’histoire. Instants fugaces et questionneurs où l’on doute toujours de ce qu’il s’y est passé et qui ouvrent donc en grand les portes du rêve.
Ainsi en est-il du fameux vrai-faux automate de Nuremberg, qui dans la réalité fut inventé par le baron hongrois Wolfgang de Kempelen et ne servait qu’à cacher discrètement un espion-aristocrate des foudres de l’Empire français, et qui devient ici une création manufacturée et intelligente.
Il en est de même du mystérieux personnage de Kaspar Hauser (voir absolument le sublime film de Werner Herzog sur le sujet intitulé « L’Énigme de Kaspar Hauser ») et d’un autre être étrange, Balthazar Hauser, totalement immatériel, pur éther et ange-démon vengeur à la recherche de Dieu.
Problème : ils sont tous issus du cerveau et des expériences alchimico-scientifiques du docteur Viktor Hauser, leur père et inventeur-géniteur génial et volontaire d’une trinité étrange (Kaspar, Melchior et Balthazar), dont chaque élément est finalement déséquilibré par ses imperfections mais humainement grandi par ses faiblesses.

L’intrigue, terme trompeur car il n’y a aucun réel suspense dans l’affaire, se développe sur deux plans. Le premier est directement issu des carnets intimes de l’automate Melchior Hauser (collection privée de Léopold Sedar Senghor !), le second est une introspection live et en direct sur les pensées -l’essence même- de son frère immatériel, Balthazar Hauser. Le pauvre Kaspar Hauser tenant le rôle de celui qui accepte un destin forcément sacrificiel.

Le résultat est à la hauteur de l’ambition que l’on suppose initiale, révélant un petit bijou d’écriture, ciselé au millimètre, renouant avec une grande tradition du texte fantastique que l’on savoure finalement depuis le « Micromégas » de Voltaire jusqu’au « Fiction » de Borges, en passant par les attraits du roman gothique.
Vive, intelligente, caustique, la prose sert le récit sans l’envahir une seconde. Abordable à plusieurs niveaux, on peut choisir la face à escalader en fonction de ses centres d’intérêts et de ses connaissances ou de sa culture littéraire, tout en sachant par avance que le simple plaisir de la découverte est déjà le premier mérite d’un texte bien écrit et bien pensé, accessible à tous.

Avantage de la collection Folio 2€ qui ne publie généralement que du très bon ou du très intéressant (Cicéron, Kipling, Lawrence, Verne dernièrement), la pagination réduite de l’objet vous permettra le transport et la dégustation sur le pouce lors de vos trajets quotidiens (mieux vaut lire un bon texte qu’un journal gratuit !).
On pourra aussi attaquer l’objet au calme, chez soi, y revenir et finalement se dire que, quand c’est bon, le plaisir engendré par la lecture est la plus belle des choses.

Initialement publié dans le numéro 42 de la revue Bifrost, cet « Automate de Nuremberg » de Thomas Day méritait incontestablement de toucher un public beaucoup plus vaste via une diffusion élargie.
C’est chose faite avec cetteédition Folio, espérons que les lecteurs sauront rencontrer ce beau texte.

Titre : L’Automate de Nuremberg (nouvelle édition revue par l’auteur)
Auteur : Thomas Day
Couverture : Pink/Getty Images (photo)
Première édition : revue Bifrost, numéro 42, spécial 10 ans (17 euros, 384 pages, ISBN : 2913039383, Le Bélial, mai 2006)
Éditeur : Gallimard
Collection : Folio 2€
Numéro : 4667
Catégorie : F1
Sites Internet :
Pages : 120
Format (en cm) : 17,7 x 1 x 11 (poche)
Dépôt légal : décembre 2007
Code Hachette : A 34890
EAN : 9 782070 348909
ISBN : 978-2-07-034890-9
Prix : 2€


Stéphane Pons
10 janvier 2008


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Un Folio à 2€ et à se procurer au plus vite (Gallimard, 2008).



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Première publication in Bifrost n°42 « spécial 10 ans » (Le Bélial).



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