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Neuromancien et Autres Dérives du Réseau
William Gibson
J’ai Lu, Grand format, traduction (Anglais, Amérique du Nord), SF (Cyberpunk), 1017 pages, 29€

Histoires de hackers directement connectés au réseau par une foultitude d’implants, délires sur la « Matrice » et ambiances « technologisées » à l’extrême, le genre Cyberpunk est né dans les années quatre-vingt-dix de l’imagination fertile et technoïde de quelques auteurs plutôt inspirés : William Gibson est l’un deux.

Son œuvre est à découvrir ou à redécouvrir, mais avec les précautions d’usage qu’impose une célébrité née dans le contexte un rien artificiel -ou superficiel ?- des années concernées.



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« Neuromancien », « Comte Zéro », « Mona Lisa s’éclate » et « Gravé sur Chrome », trois romans et un recueil de nouvelles tous fondateurs d’un genre. Autant de textes augmentés d’une préface de Sylvie Denis et d’une biographie d’Alain Sprauel qui composent ce « Neuromancien et Autres Dérives du Réseau », gros pavé connecté William Gibson-Cyberpunk qui paraît le 17 octobre 2007 grâce aux éditions J’ai Lu.

Quelle que soit la qualité réelle de ses écrits, William Gibson ne pourra jamais se débarrasser de ce tumultueux héritage qu’est le « Cyberpunk ». Fusion de l’être humain avec l’ère du réseau mondial et global, le genre tente d’extrapoler ce que pourrait être un humain moyen totalement connecté à l’informatique de demain.

Sur le principe, l’idée était bonne et novatrice. Sur le fond, rien n’indiquait que tout cela accoucherait d’écrits particuliers, si tant est que l’on n’invente vraiment rien depuis la naissance de l’humanité dès que l’on parle de l’homme !

Salué, encensé et ultra récompensé lors de sa sortie, « Neuromancien » obtint les trois grands prix de la SF (Hugo, Nebula et Philip K. Dick). Le texte survit au temps et reste intéressant aujourd’hui.
Évidemment, tout commençait bien et surtout par une phrase culte : « Le ciel au-dessus du port était couleur télé calée sur un émetteur hors service ».
Fallait oser, fallait trouver la bonne image et rien que pour ça, on aura du mal à contester à William Gibson sa qualité d’écrivain véritable.

Pour le reste, le roman est un bon polar SF qui aurait peut-être gagné à être un peu moins volontairement compliqué. L’écriture, un peu datée aujourd’hui, maniérée, souhaite coller à l’univers décrit (approche difficilement contestable). Le résultat final ne laisse pas une impression de fluidité absolue ou de génie total mais démontre une belle maîtrise globale de la narration.
Certes, tout cela est moins novateur qu’il n’y paraît, mais l’ensemble se tient et ne mérite pas de critiques particulières.
On se doit d’avoir lu au moins une fois « Neuromancien » non parce qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre avéré, mais parce qu’il s’agit d’une œuvre ayant marqué son époque et qui reste encore aujourd’hui en tout point respectable.
« Comte Zéro » et « Mona Lisa s’éclate » poursuivent le cheminement de l’histoire en introduisant, en grande quantité, des notions métaphysico fumeuses très New Age dont on se serait bien passés (avec une centaine de pages par romans, d’ailleurs).
Soyons francs, on décroche assez souvent de l’intrigue, mais on peut aussi adhérer aux délires proposés tant on y perçoit la foi de l’auteur en un autre monde presque arrivé.
Ne sommes-nous pas tous aujourd’hui les enfants du réseau, les implants neurologiques -faut pas désespérer- en moins ?

Pour les plus jeunes, la trilogie « Neuromancien », c’est un peu les origines de la trilogie « Matrix » sur papier... Avec un peu moins de baston -quoique l’on défouraille assez souvent aussi- et pas mal de mots compliqués en plus.
Bref, c’est ce qui explique que papa n’est pas en extase totale devant les aventures du gentil Néo, tout ça parce qu’il a le sentiment d’avoir déjà lu ça quelque part et que la surprise n’est pas là... Vache de littérature ! Le cinéma n’est qu’à la remorque des écrivains (hé, hé !).

Plus intéressant et finalement moins retenu par l’histoire, on finira par préférer le recueil de nouvelles intitulé « Gravé sur Chrome ». Six textes sont du Gibson à 100% et trois sont co-écrits avec John Shirley, Bruce Sterling et Michael Swanwick -par ordre d’apparition.
Dommage et regrets éternel, la présente édition perd la préface de Bruce Sterling au passage. Why, elle était intéressante et constitutive du recueil et même si on se consolera en la trouvant dans l’édition de poche J’ai Lu d’origine, elle aurait mérité la migration sur cette intégrale.
Pour le fun, on aurait aussi pu y inclure les quelques autres nouvelles de la même période, publiées ici où là, on pense tout particulièrement au « Continuum Gernsback » que l’on peut lire dans l’anthologie « Mozart en Verres Miroirs » conçue par Bruce Sterling et reprise par Gallimard-Folio SF n°49.
Bref, avec la très réussie « Johnny Mnemonic » qui donnera la série B ratée que l’on sait, l’étonnant « Fragments de Rose en Hologramme » et « Hôtel New Rose » (adapté au cinoche par Abel Ferrara, hum !), on touche quand même quelques textes de hautes tenues.
L’ensemble, très homogène, structuré, construit indiscutablement un univers intéressant. Le style utilisé, les intrigues imaginées rappellent bien sûr le Ballard de « Crash », Silverberg et bien d’autres, mais ont ce petit plus de génie (d’enthousiasme ?) qui n’est malheureusement plus présent dans « Comte Zéro » et « Mona Lisa s’éclate ».
Le tout mérite un arrêt buffet lecture impératif.

La présente édition J’ai Lu est augmentée d’une intéressante préface de Sylvie Denis, un texte déjà publié dans « Cyberdreams n°1 » de décembre 1994, et c’est une excellente idée tant les pistes d’études proposées sont parfaitement logiques et senties.
Le recueil se termine sur une biographie des textes de Gibson publiés en France et livrée par Alain Sprauel dont on connaît le sérieux et la rigueur légendaire.

Le tout est le témoignage d’une époque aux espoirs surdimensionnés en l’informatique et les fondations d’un genre (le Cyberpunk, répétons-le) qui trouvera vite ses limites dans un réseau dont les auteurs ne sauront jamais vraiment sortir la tête haute et les idées très claires.

L’achat est néanmoins recommandé pour deux raisons : un bon roman, un excellent recueil de nouvelles et une quasi intégrale monolithique de ce qu’il faut lire de Gibson sur le sujet.

Pour 29€, c’est plutôt pas mal. Si vous ne les avez pas en édition de poche, c’est du quasi impératif d’un bon rapport qualité prix.

Titre : Neuromancien et Autres Dérives du Réseau
Ouvrage composé des romans : « Neuromancien », « Comte Zéro », « Mona Lisa s’éclate » et du recueil de nouvelles « Gravé sur chrome » (9 textes).
Couverture : Tomislav Tikulin
Préface : Sylvie Denis
Bibliographie : Alain Sprauel
Traductions : Jean Bonnefoy
Publications et titre originels : Neuromancer, 1984 (La Découverte, 1985 puis J’ai Lu), Count Zero 1985 (La Découverte, 1986 puis J’ai Lu), Mona Lisa Overdrive 1988 (J’ai Lu 1990), Burning Chrome 1986 (La Découverte 1987 puis J’ai Lu).
Éditeur : J’ai Lu
Collection : Science-Fiction Grand Format (textes intégraux)
Format (en cm) : 23 x 3,5 x 15
Pages : 1017
Dépôt légal : septembre 2007
EAN : 9-782290-006191
ISBN : 978-2-290-00619-1
Prix : 29€

Prix Nebula 1984 : - Prix Hugo 1985 : - Prix Philip K. Dick 1985 : catégories roman pour « Neuromancien »
Prix Aurora 1989 : « Mona Lisa s’éclate »


Stéphane Pons
14 octobre 2007






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Les couvertures « J’ai Lu » des recueils composants l’intégrale proposée.



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