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Barré
François Clapeau
J’ai Lu, thriller, n° 13104, polar, 220 pages, février 2021, 7,20 €


Lors d’une planque en automobile à l’affût d’un cambrioleur, Donat Vigier, lieutenant de police, est sur le point d’entamer une idylle avec Aurélie Laurençin, sa jeune collègue. Mais le policier se sent envahi par une étrange faiblesse, puis se retrouve incapable de bouger. Rapidement hospitalisé, il se voit étiqueté d’un diagnostic peu encourageant : la maladie de Guillain-Barré, atteinte neurologique secondaire à la grippe dont il a souffert peu de temps auparavant, laquelle se traduit par une paralysie progressive contre laquelle il n’existe pas de remède. Ses muscles respiratoires ne lui permettront bientôt plus de respirer. Il n’y a pas d’autre solution que le coma artificiel et la ventilation assistée, en attendant que l’organisme reprenne naturellement le dessus. Ou pas.

« Donat pensait n’avoir peur de rien, il réalise maintenant que même l’ennui le terrifie. Et il traverse un véritable cauchemar. »

Si la maladie de Guillain-Barré s’installe en règle sur plusieurs semaines, et si la forme clinique d’aggravation extraordinairement rapide présentée par le lieutenant apparaît comme un « cas » atypique et peu vraisemblable, sans doute est-ce là la seule liberté que, pour des raisons dramatiques évidentes, François Clapeau prend avec le domaine de la santé. Journaliste spécialisé dans le domaine médical, l’auteur a manifestement compris que le défi de son ouvrage n’était pas seulement d’ordre technique : il fallait certes mettre en scène avec fidélité les artefacts techniques d’un service de réanimation, mais plus encore les différents intervenants de l’équipe médicale et paramédicale en faisant ressortir les caractéristiques des uns et des autres, ainsi que celles des ambiances d’internat, le tout sans verser dans le cliché ni dans la caricature. Il est clair qu’en ce domaine l’auteur a bénéficié d’informations de première main, car qui a l’expérience du milieu hospitalier et du monde carabin conviendra du fait que, dans ce roman, tout sonne étonnamment juste.

Cela apparaît comme une évidence dès les premiers dialogues, au réveil de Donat Viguier, avec ces médecins bienveillants mais maladroits qui, en croyant bien faire et en cherchant à rassurer les patients ne sont jamais loin de les épouvanter. D’emblée, avec une pointe d’humour mais sans forcer le trait, l’auteur rend compte des différences de personnalité, des complicités entre soignants mais aussi des frictions et des différences d’approche. Différences qui donneront son sel au roman, car l’intrigue policière ne concernera pas seulement le monde extérieur.

« Une chose est sûre, il est maintenant emporté dans une véritable course contre le tueur, une course contre la montre. Une course pour sa survie. Alors le policier a réorganisé une nouvelle fois dans son esprit abîmé tous les paramètres à sa disposition. »

Le jeune lieutenant, en effet, récupère peu à peu. À son réveil, il est toujours paralysé, impuissant, mais capable de bouger deux doigts, d’écrire quelques mots. Du moins pour qui veut bien le lire. C’est ainsi qu’à partir de simples observations, il est capable de mettre sa collègue sur la piste du cambrioleur qu’ils devaient initialement arrêter, et qui entre temps est devenu coupable d’un meurtre. Mais bientôt, tout se complique. Un autre meurtre vient d’avoir lieu, à quelques pas de lui, dans le service même. Et comme il est le seul à pouvoir mettre ses collègues sur la piste, il pourrait bien, très vite, devenir lui-même la prochaine victime.

Un meurtre à deux pas de lui ? Mais tout ceci est-il bien réel ? Peut-on véritablement conserver toutes ses capacités d’observation, toutes ses capacités déductives lorsque l’on sort d’un coma artificiel et que l’on continue à recevoir des cocktails sédatifs en perfusion ? Peut-on continuer à croire en ses sens lorsque le réveil s’est accompagné d’hallucinations et de vertiges sensoriels et que l’on continue à voir – korrigans et personnages en tenue orange – des individus qui manifestement n’existent pas. Peut-on réellement investiguer quand les facultés d’observation sont parasitées par de tels fantômes ? Pourtant, si les premières déductions de Vigier auraient pu également être faites par ses collèges, il est le seul, grâce à ce qu’il a vu et entendu – à moins qu’il n’ait simplement cru le voir et l’entendre – à même d’aller beaucoup plus loin. C’est donc dans un étrange entre-deux, et en proie à de très compréhensibles épouvantes, que le lieutenant Donat Vigier, couché sur son lit, ayant perdu toute prise sur le monde et sur lui-même, poursuit son enquête en attendant la venue de celui ou celle qui, peut-être, d’ici quelques instants, viendra le tuer.

Tension et vraisemblance : ce « Barré  » de François Clapeau représente un condensé de ce que l’on apprécie dans le récit policier. Il prouve, si besoin était, que l’on peut faire court et bon. En vingt-huit chapitres brefs et tout juste deux-cent-vingt-pages, il conserve le juste ton, évite les digressions inutiles, fait passer l’émotion nécessaire. Avec cette intrigue atypique, l’auteur fait une belle entrée dans le polar – on espère le voir écrire d’autres romans de la même eau.

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Titre : Barré
Auteur : François Clapeau
Couverture : J’ai Lu / Roman Studio / Getty images / Charles Taylor / Shutterstock
Éditeur : J’ai Lu (édition originale : Moissons noires, 2018)
Collection : Thriller
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 13104
Pages : 220
Format (en cm) : 11 x 18
Dépôt légal : février 2021
ISBN : 978290238233
Prix : 7,20 €



Hilaire Alrune
19 février 2021


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