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Children of Blood and Bone, tome 2 : D’ombre et de vengeance
Tomi Adeyemi
Nathan, roman traduit de l’anglais (États-Unis), fantasy africaine, young adult, 480 pages, septembre 2020, 18,95€

Zélie a réussi à ramener la magie dans le royaume d’Orïsha. Mais le rite ne s’est pas passé comme prévu et à des conséquences dramatiques pour les majis. Alors qu’elle souhaitait rendre la magie aux siens pour leur fournir une arme pour se défendre face aux violences des kosidàns, elle a réveillé chez nombre de ces derniers un pouvoir inconnu et incontrôlable. Elle a donné naissance aux tîtàns, reconnaissables à leurs mèches blanches dans leur chevelure sombre, qui ont la particularité de ne pas avoir besoin d’incantation pour libérer leur magie.
Le royaume d’Orïsha est alors en pleine guerre civile : qui de la reine Nehanda, la mère d’Amari, et de l’Iyika, groupe de rebelles majis rassemblé autour de Zélie, accédera au pouvoir ?



Eh bien, il ne faisait déjà pas bon vivre à Orïsha, mais là c’est encore pire. On est face à un pays où la population est prise entre deux feux : la reine et son armée d’un côté, et les rebelles de l’Iyika de l’autre. Pauvre de vous si vous n’appartenez à aucun camp… Je trouve d’ailleurs dommage que Tomi Adeyemi ne montre pas plus les répercussions qu’à ce conflit sur ceux qui ne prennent pas parti. L’action se passe surtout dans deux lieux clos : le sanctuaire des rebelles, lieu caché et coupé de tout ; et le palais.
La magie étant revenue, on la découvre dans toute sa splendeur et son potentiel destructeur. Elle est variée, chaque clan de majis étant rattaché à un dieu spécifique. Elle reste au cœur de l’histoire puisqu’elle est l’arme utilisée par les deux camps pour combattre. Alors que dans le tome précédent elle était un symbole d’héritage et de haine, elle est dorénavant un symbole de pouvoir. Et à ce jeu-là, les tîtàns gagnent. Mais justement, la toute puissance de la magie dans ce tome me chiffonne : j’ai l’impression que l’autrice a eu du mal à la définir, et du coup elle paraît sans limite, ce qui atténue les enjeux.

Au niveau des personnages, même si Zélie reste l’élue, j’ai remarqué qu’Amari était plus présente dans ce tome, passant du statut d’alliée à celui d’ennemie, contre son gré. En effet, le pouvoir fait tourner les têtes mais la haine encore plus.
Zélie est brisée dans ce tome. Les événements du rite lui ont laissé un goût amer. Elle passe d’un profond désespoir à une haine féroce : c’est cette dernière qui la fait tenir et qui détermine toutes ses décisions. Je dois avouer que j’ai parfois eu du mal à comprendre ses réactions et son entêtement.
Quant à Amari, on lui promettait un trône mais finalement on lui fait comprendre qu’elle n’est pas légitime. Tout d’abord la seule personne à vouloir régler le conflit de manière pacifique, un mauvais quiproquo des familles la fera devenir la plus guerrière d’entre tous, prête à tous les sacrifices pour renverser sa mère.
Au-delà des personnages principaux, Tomi Adeyemi développe une flopée de personnages secondaires, convaincants la plupart, notamment ceux du clan des Faucheurs de Zélie. Je me demande si l’autrice a voulu montrer à travers les clans, l’importance pour les Afro-Américains d’avoir des racines, une histoire propre, et leur besoin d’appartenance.
J’ai d’ailleurs fait l’amalgame au cours de ma lecture entre Amari, rejetée aussi bien par les majis que les kosidans, et les descendants d’immigrés qui luttent pour trouver leur place à cause du racisme et des discriminations. L’autrice continue d’intégrer des sujets d’actualité dans son histoire.

Mais mon gros problème reste les personnages masculins. Je regrette toujours que Tzain, le frère de Zélie, ne soit pas plus développé. On le retrouve dans de rares interventions alors que le personnage de Roën, apparu vers la fin du tome précédent, a un rôle plus important. Mais l’autrice en a fait le stéréotype du mauvais garçon mystérieux qui, une fois amoureux, devient gentil. Désolé mais j’ai passé l’âge d’être émoustillée par ce genre de romance. Cela m’agace même (c’est un mercenaire bordel ! Il vend ses services et tue des gens contre de l’argent ! Niveau conscience, on est loin du samaritain !). Bref, si vous, vous aimez, vous serez servi.

Concernant l’intrigue, même si la plume de Tomi Adeyemi est toujours aussi facile à lire (j’ai même remarqué une petite amélioration dans l’enchaînement des points de vue lors de scènes d’actions), que c’est répétitif ! Les personnages sont aussi obtus les uns que les autres, ce qui conduit à une stagnation des événements. On passe le premier tiers a espéré qu’Amari arrive à raisonner Zélie qui n’est que haine contre la couronne et qui se méfie de son amie, puis à Amari qui essaye de trouver sa place, et pendant ce temps, le camp d’en face patauge.

Tomi Adeyemi avait réussi à me convaincre dans le tome précédent, et même si elle s’est amélioré dans sa technique, elle m’a perdu dans ce tome-ci. Pour moi, le scénario n’est pas assez travaillé. Durant les deux tiers, elle nous propose les mêmes rebondissements pour nous amener à la grande bataille finale. Qui se termine en queue de poisson. Bon sang ! Comme si l’autrice ne savait pas comment finir son livre, ou alors qu’elle était obligée de nous emmener ailleurs pour faire un troisième tome. J’espère me tromper.


Titre : D’ombre et de vengeance (Children of Virtue and Vengeance, 2019)
Série : Children of Blood and Bone (Legacy of Orisha), tome 2/3
Autrice : Tomi Adeyemi
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Sophie Lamotte d’Argy
Couverture : Sarah Jones
Éditeur : Nathan
Collection : Grand Format
Site internet : page roman (site éditeur)
Pages : 480
Format (en cm) : 22,5 × 15,5 × 3,2
Dépôt légal : octobre 2020
ISBN : 9782092585658
Prix : 18,95 €


À lire aussi sur la Yozone :
- la chronique du tome 1 : « Children of Blood and Bone, tome 1 : De sang et de rage ».


Lucie Jandot
20 février 2021


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