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Invasion Los Angeles
Film Américain de John Carpenter (1988)
19 avril 1989


Genre : Science Fiction
Durée : 1h34

Avec Roddy Piper (John Nada), Keith David (Frank), Meg Foster (Holly Thompson), George « Buck » Flower (Le contremaître), Peter Jason (Gilbert), Raymond St Jacques (Le prédicateur), Sy Richardson (un révolutionnaire black), Dana Bratton (junkie), etc.

John Nada débarque à L.A. afin d’y trouver un boulot quelconque. Employé comme manœuvre sur un chantier, il crêche dans un village de sans abris où il se fait quelques potes.
Très rapidement, son œil acéré de vagabond lui permet de comprendre qu’un étrange trafic se fait discrètement dans les environs.
Après une tumultueuse descente de police, il met la main sur un lot de lunettes de soleil oubliées par la maréchaussée. C’est clair, rien de plus qu’un petit marché noir de seconde zone, se dit-il.
Erreur, funeste erreur, dès l’instant où il enfourche les binocles, sa vision du monde est modifiée et passe en noir et blanc. D’étranges zombies se baladent librement dans les rues et derrière chaque publicité, derrière chaque journal ou magazine, apparaissent des messages subliminaux incitant à la consommation et à l’obéissance !
John Nada est-il devenu fou ou vient-il de lever le lièvre du siècle ? That is the big question !

Réalisé juste après le terrifiant « Prince des Ténèbres », « Invasion Los Angeles » (« They Live ») débarque sur les écrans français avec un titre ratatouille, archétypal du manque d’inspiration des traducteurs-distributeurs hexagonaux. Un titre qui met en avant une vision premier degré (de la baston et du dégommage à donf’ d’extraterrestres), alors que John Carpenter venait de réaliser un brulôt anti Reagan et une dénonciation féroce du capitalisme à la mode eighties. Système toujours triomphant de nos jours (2006), soit dit en passant...
Bref, passons sur cette aberration de la VF hexagonale, un rien énervante.

Du film, on retiendra une foule de choses. Tout particulièrement, une scène de bagarre mémorable de plus de six minutes entre John Nada et son meilleur copain, une séquence finale qui semble issue des meilleurs jeux de First Personnal Shooting (je déboule dans un couloir et je dégomme tout ce qui bouge jusqu’à ce que j’en sois sorti !), quelques dialogues d’anthologie (la descente musclée à la banque et tout un paquet de répliques annexes) ainsi qu’une brillante dénonciation du système économique en vogue doublée d’un éloge de la résistance à tout prix.
Film de vrai réalisateur, passionné et connaisseur de l’histoire du cinéma, « Invasion Los Angeles » bénéficie aussi d’effets spéciaux très carrés pour l’époque. La photographie tient du miracle (alternance de séquences quasi simultanées, en couleurs et en noir et blanc avec changement des décors au passage) et les maquillages extraterrestres sont plus que réussis.

D’aucuns ont pu ne pas partager l’approche séminale et apparemment primaire de John Carpenter. L’acteur principal Roddy Piper (John Nada), catcheur à ses heures, est aussi une parodie de tous les personnages bodybuildés qui inondaient la moindre projection des eighties. La liste complète étant trop longue pour s’y attarder, nous renverrons le spectateur nostalgique vers quelques chef d’œuvres impayables de C. Norris, S. Stallone, A. Schwarzenegger, J-C. Van Damme et cie.
Cependant, Carpenter prend un malin plaisir à introduire son éternel grain de sable dans un film de SF supposé d’action pure. John Nada n’est pas un Rambo de pacotille (sauf dans l’excellent premier volet de la franchise où Rambo est un perdant magnifique) ou un quelconque combattant nationaliste pur sucre. Non, il s’agit d’un looser dans la plus belle des traditions du genre. Nada (rien en espagnol) est un homme du peuple, un homme de peu, matériellement à la ramasse et sans le sou. Sans illusion aussi sur son avenir, il ne possède vraiment qu’une chose, la liberté et une farouche volonté d’en découdre s’il doit la préserver. La différence est là.
Le bastonneur ne vient pas aider un quelconque pouvoir à se maintenir, il se transforme en révolutionnaire !
Or donc, quand il comprend que la Terre est colonisée et mise sous la coupe d’esclavagistes aliens grâce à la collaboration des possédants (les riches) et des médias (les journalistes), son adhésion à la cause rebelle est immédiate. Pas question de savoir et de ne rien faire, résister est la seule option.

Ni la philosophie du film, ni son état d’esprit politiquement incorrect n’allaient dans le sens du temps et de la société. Dieu merci, le public adhéra au propos et « Invasion Los Angeles » rapporta quasiment quatre fois ce qu’il avait coûté. Youpi et merci à tous !
De ce jubilatoire jeu de massacre qui survit très bien au passage du temps, on retient tout à la fois l’intelligence du propos, l’aspect visionnaire de la critique politique et sociale, la brillante transfiguration d’une thématique SF basique au service d’un discours réfléchi et la virtuosité de la mise en scène, pourtant classique dans sa forme.

Un grand John Carpenter qui prouve une fois de plus qu’avec du talent et un cerveau, on peut se passer de pas mal de millions de dollars et réaliser un grand film de SF, débordant largement le cadre du genre.

Malgré une édition DVD sérieuse et presque de luxe (coffret et bouquin en sus), ce film souffre toujours d’un recadrage à la hache de son format ciné d’origine, tripatouillage passablement énervant sur petit écran.
À voir et à revoir néanmoins et ce, quel que soit le support de projection. À disséquer attentivement sous toutes ses coutures aussi.

FICHE TECHNIQUE

Titre original : They Live
Réalisation : John Carpenter
Scénario : Frank Armitage (pseudo de John Carpenter)
D’après une nouvelle de Radell Faraday Nelson (Ray Nelson)

Producteur : Larry J. Franco

Musique : John Carpenter, Alan Howarth
Photographie : Gary B. Kibbe
Maquillage : Francisco X. Pérez (pseudo de Frank Carrisosa), Elle Elliot (coiffures)
Décors : Marvin March
Montage : Gib Jaffe, Frank E. Jimenez

Production : Alive Films (U.S.A)

SITE INTERNET

Site officiel de John Carpenter (en Anglais)


Stéphane Pons
18 avril 1996






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