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Rule of One (the), tome 1
Ashley & Leslie Saunders
La Martinière, Fiction J, roman (USA), anticipation, aout 2019, 340 pages, 16€

Après quelques catastrophes écologiques, le Texas rationne l’eau et la fécondité : loi de l’enfant unique. Mais voilà, Darren Goodwin, le directeur du Planning familial, chargé de faire respecter cette loi, cache depuis 18 ans aux autorités que sa femme a accouché de jumelles, Ava et Mira, qui alternent chaque jour entre leur sous-sol secret et la vie publique.
Les choses se corsent lorsque le gouverneur impose qu’Ava accompagne son petit-fils et héritier, Halton, un jeune homme sournois et imbu de lui-même, à une célébration nationale, et annonce leurs fiançailles. Le garçon piège la famille Goodwin et confirme ses soupçons à propos de sa camarade de classe.
Leur père arrêté, les jumelles s’enfuient à travers le désert, direction Denver, munies d’un antique plan papier mentionnant un réseau rebelle d’aide aux fuyards...



Une histoire de jumelles écrite par des jumelles, un roman où les chapitres alternent les points de vue, une dystopie totalitaire... il y a un terreau fertile dans « The Rule of One », et si tout cela reste hélas très très classique, on notera des choses plutôt bien traitées par les sœurs Saunders.

S’appuyant sur un futur crédible, conséquence de la pollution, du gaspillage des ressource, le Texas de leur roman a fait le choix drastique du contrôle des naissances. La Chine du XXe siècle nous a déjà montré ce qui en découle : enfants choyés, surprotégés, mais aussi poussés à se dépasser. Dans l’université des filles, un code couleur différencie les étudiants selon leur classement, discriminant les plus faibles, incitant à gravir les échelons pour la gloire de sa famille comme pour éviter une honte publique.
Le contrôle de la population passe aussi par l’implant d’une puce dans la main, une idée plus si futuriste puisque déjà en vogue dans certaines grosses entreprises américaines. Cela rend la vie de Mira, la seconde née, d’autant plus risquée, puisqu’il n’a forcément pas de puce ; mais le statut de leur père et leur vie das les beaux quartiers les met à l’abri de la plupart des contrôles.
Les autrices n’oublient pas d’inclure les passages obligés d’une histoire de jumeaux secrets : la gémellité doit demeurer parfaite, d’où maquillage quotidien d’une petite cicatrice et débriefs complets chaque soir. Sauf que bien sûr, avec l’âge, l’émancipation, tout cela, il y a certaines choses qui nous échappent, consciemment ou non, des choses qu’on oublie de dire ou qu’on tait même à sa sœur fusionnelle, et ce que les autres remarquent : c’est ce qui les trahit.

On ressent davantage dans leurs actes que dans leur ton les divergences qui naissent entre les deux sœurs. L’impact sur sa psychologie de l’inexistance légale de Mira n’éclate que tardivement, lorsqu’elles découvrent ; via le réseau de rebelles, le sort des seconds-nés. Parce que jusqu’alors, cette question avait totalement échappé aux deux intelligentes jeunes filles. Jusque-là, Mira n’avait peur que d’être découverte et de mettre sa famille en péril, et enviait (un peu) la « liberté » de l’existence de sa sœur.

Leur fuite est l’occasion pour elle de découvrir le monde hors de leur quartier sécurisé. Elles y découvrent la faim, la soif, la misère, une loi qui contraint et qui écrase au lieu de protéger. Leurs rencontres avec les rebelles et des réfugiés sont émouvantes, malgré leur méfiance initiale. Pour ces petites filles modèles, certes élevées avec sévérité dans la crainte de leur découverte, la métamorphose est radicale, dès leur étape « esthétique » : coupe de cheveux, coloration... pour la première fois de leur vie, elles ne sont plus identiques physiquement, et elles pourront donc devenir différentes intérieurement, même si cela mettra plus longtemps à se révéler, jusqu’aux premiers clashs, qui font éclater l’abcès de toutes ces années d’égalité en apparence. De petites disputes à des chemins divergents, leur gémellité semble une histoire ancienne.

Dans sa troisième partie, le roman prend une nouvelle dimension, avec le réseau des rebelles, le rôle de leur père, le déclencheur qu’elles incarnent. Si les autrices, dans les premiers jalons, laissent assez d’éléments pour conclure leur roman de manière satisfaisante (quoiqu’extrêmement brutale), il saute vite aux yeux que « The Rule of One » est le premier tome d’une série (confirmé par un tour sur le site anglophone des autrices : suivront « the Rule of Many » (déjà paru en VO et « the Rule of All »). Tout comme pour le très bon « Effacée » de Teri Terry, La Martinière ne le mentionne où que ce soit sur l’ouvrage, ce qui gâche toujours un peu le plaisir de lecture, nous laissant en suspens alors que nous frémissions déjà du dénouement proche.

Ashley et Leslie Saunders sont également réalisatrices, et le roman, très influencé par la vague des dystopies Young Adult à succès comme « Divergente » et « Hunger Games », a aussi cette « patte » très visuelle, ce découpage déjà calibré pour une déclinaison à l’écran, avec des scènes, des plans entiers très esthétiques, entre grands espaces et lieux clos (le sous-sol de leur maison, le train, la ferme, l’appartement de Denver...).

Une lecture pas déplaisante même s’il n’y a pas de quoi s’émerveiller. L’écriture manque de relief et les personnalités d’Ava ou Mira n’y transparaissent guère. Le dernier tiers perd en cohérence, avec des chemins qui se séparent, des distances qui s’accroissent mais des retrouvailles miraculeuses, l’introduction de nouveaux personnages (les chefs rebelles) présentés de façon caricaturale et une conclusion « d’étape » très brutale. L’ultime rebondissement captivant, avec une mort violente, laisse néanmoins planer quelques doutes intéressants.


Titre : The Rule of One (The Rule of One, 2018)
Série : the rule..., tome 1/3
Autrices : Ashley et Leslie Saunders
Traduction de l’anglais (USA) : Isabelle Troin
Couverture : non créditée
Éditeur : La Martinière Jeunesse
Collection : Fiction J
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 340
Format (en cm) :
Dépôt légal : août 2019
ISBN : 9782732491073
Prix : 16 €



Nicolas Soffray
8 janvier 2020


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oh un geai moqueur... ah non c’est un colibri ^_^



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