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Disparus du pont de pierre (Les)
Jeanne Faivre d’Arcier
Castelmore, roman (France), thriller fantastique, 409 pages, septembre 2017, 10,90€

A Bordeaux, Nicolas et Cornélia, 14 ans et jumeaux, vivent avec leur grand-mère depuis la disparition de leur mère, un sujet douloureux à aborder. Suicide ? Fugue ? Quand on repêche trois cadavres en aval du pont de pierre qui enjambe la Garonne, Cornélia veut aller fouiner, s’accrochant à un maigre espoir. c’est ainsi que les jumeaux font la connaissance de Romain, un jeune SDF qui vit de crayonnés. La jeune fille, qui n’a jamais manqué de rien, tombe sous son charme d’oiseau tombé du nid. Mais à vouloir aider, les ados effraient les autres clochards. Quand l’un d’eux est retrouvé noyé, et Romain disparu, les jumeaux s’en mêlent, sans savoir dans quelle affaire sordide ils mettent les pieds. Heureusement, une ancienne connaissance veille sur eux.



Ce n’est pas explicitement précisé, mais « Les Disparus du Pont de Pierre » fait suite au « Vampire de Bacalan », dans lequel nos ados croisent la route du Prince Noir et de son molosse tout aussi vampire. La créature immortelle les couve de loin, car Cornélia lui rappelle, on le découvrira peu à peu, sa fille adoptive morte 6 siècles plus tôt. Aujourd’hui, il vit dans les anciennes carrières en lisière de Bordeaux, loin du tumulte de la ville. Mais Blacky a l’ouïe fine, et quand les chiens des SDF appellent à l’aide, il accourt, trop tard pour sauver les maîtres, mais à temps pour une jeune épagneule. Ce sont les jumeaux qui récupéreront l’autre chien, un labrador noir, blessé. Chacun de leur côté, ils vont chercher qui tuent les SDF bordelais en ce rude hiver. La police s’arrache les cheveux, et le Prince Noir voit d’un mauvais œil que sa protégée s’entiche de Romain.

Rapidement, le lecteur découvre que les crimes n’ont rien de surnaturel, mais l’œuvre d’un trio de marginaux qui dépouillent les SDF, au prétexte que certains cachent parfois des fortunes et que surtout personne ne s’en soucie. Un vrai sujet de société, et un excellent pendant aux scènes avec Nicolas et Cornélia où on observe la méfiance des clochards pour ceux qui viennent les aider.
Les choses virent au thriller crapuleux avec l’enlèvement de Romain et l’agression de Cornélia lorsqu’elle tente de l’aider. Les affreux, sales et méchants, cruels à défaut d’intelligents, veulent couvrir leurs traces, à n’importe quel prix. Y compris la vie de deux ados bobos. Les ados échappent à la mort à deux reprises, grâce au Prince qui use de ses pouvoirs pour les envoyer visiter son passé, et celui de la ville. Ils sont donc propulsés dans le temps, au XIVe siècle, d’abord pour observer l’arrivée triomphale de l’homme à Bordeaux, puis lors de la Grande Peste qui lui a ravi son jeune amour.

Il y a plein de bonnes choses dans ce roman : le choc de deux mondes entre Cornélia et Romain, l’une bourgeoise et l’autre à la rue malgré un parcours familial similaire. Du fait divers, avec les meurtres crapuleux de SDF. Du polar, avec l’implication des ados dans cette histoire sordide. Du fantastique, avec ce vampire qui peut envoyer les gens dans le temps...
Le souci, c’est que le mélange prend mal. Est-ce faute de ne pas avoir lu l’aventure précédente ? Je ne crois pas. Simplement, comme on le dit en atelier d’écriture, beaucoup de « promesses » et peu de « paiements ». L’intrigue s’éparpille, et le fantastique est de trop. Toute la dimension séductrice du vampire, les pouvoirs « télépathiques » des jumeaux, cela faisait beaucoup en sus de l’intrigue policière, et on peine à comprendre l’intérêt d’y rajouter les voyages temporels, qui ne font qu’éclairer sur l’identité du Prince noir, sorte de fil rouge de la « série ». Reste qu’on visite Bordeaux.

Une fois le roman terminé, on ne sait trop qu’en garder : l’aspect fait-divers, assez violent ? le pan social ? la dimension fantastique, bien présente mais très accessoire ? Bref, le roman n’a, avec moi, pas marché du tout. Alors que je le redis, il fourmille de bonnes intentions et de passages très bien traités (la précarité chez les mineurs, les passages historiques).

Un autre aspect déstabilisant tient dans l’écriture de Jeanne Faivre d’Arcier : plutôt que des dialogues, elle préfère souvent donner la réponse à une réplique dans le corps de la narration. Quitte à redonner la parole ensuite au premier interlocuteur. Si le procédé est habile pour minorer ou majorer l’importance de certains échanges, les mots employés, etc, c’est à la longue assez désagréable à lire : l’œil est habitué à chercher la réponse à une réplique, et on a vite fait de sauter une ligne. Donc de ne plus identifier qui répond quoi à qui, et ne plus rien comprendre.

En deux mots, je ne me suis pas ennuyé, mais je reste sur ma faim.


Titre : Les Disparus du pont de pierre
Autrice : Jeanne Faivre d’Arcier
Couverture : Adèle Silly
Éditeur : Castelmore
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 250
Format (en cm) :
Dépôt légal : septembre 2017
ISBN : 9782362313233
Prix : 10,90 €



Nicolas Soffray
4 octobre 2018






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