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Retour sur Titan
Stephen Baxter
Le Bélial’, Une Heure-Lumière, n°16, court roman traduit de l’anglais (Grande-Bretagne), Hard Science, 160 pages, août 2018, 9,90€

En 3685, l’expansion humaine à travers le système solaire est une réalité grâce à Michael Poole qui a développé un système de trous de ver abolissant les distances. Son ambition ne s’arrête pas là, il construit un vaisseau capable de plier l’espace-temps, mais cela coûte très cher et pour financer ce projet colossal, il faut que le réseau de trous de ver soit rentable. Or celui à proximité de Saturne représente un gouffre financier, car la destination n’est pas assez attractive.
Si les ressources de son satellite Titan pouvaient être exploitées, il en serait tout autre, mais les lois sur la sentience interdisent d’y aller. Michael Poole et son entourage cherchent à contourner ce problème en s’attachant illégalement les services d’un membre de cette agence. Ils se rendent alors sur la surface de Titan pour démontrer que la vie n’y existe pas.



Stephen Baxter place son récit dans un lointain futur où le système solaire est accessible à l’humanité. Malgré les progrès considérables, le pouvoir et l’argent sont toujours les moteurs de cette société. Michael Poole et son père Harry le prouvent largement en tentant de contourner la loi. En Jovik Emry, gardien de la sentience, il trouve un allié pas commode, mais que l’appât du gain persuade toujours. Ce dernier n’est à une magouille près. Dans cette équipe complétée par Bill Dzik, la scientifique Miriam est avant tout animée par sa soif de connaissances.
Même si des sauvegardes numériques sont régulièrement exécutées, il est étonnant de voir les risques pris en se rendant à la surface du satellite. À part Jovik qui n’a pas le choix et Harry qui reste sur le vaisseau en orbite, ils semblent ne pas se rendre compte du danger de la mission et vivent cette expérience avec détachement et une certaine jubilation face au défi relevé.
L’apparence de chacun est trompeuse à cause des traitements contre l’âge. C’est pour le moins déroutant pour Jovik et les lecteurs de constater que Harry fait beaucoup plus jeune que son fils. Pour Stephen Baxter, si certaines contingences humaines ont bien changé, d’autres n’ont guère évolué. Cette distance vis-à-vis de leur existence s’avère assez déstabilisante. L’homme de demain nous est proche et lointain à la fois.

Se rendre à la surface de Titan tient vraiment de la grande aventure, mais racontée dans un cadre de Hard Science. Stephen Baxter invite les lecteurs à une suite de développements qu’il prend soin d’étayer. Lois physiques en vigueur sur Titan, imagination de toute une chaîne biologique... les protagonistes se perdent en conjectures pour expliquer ce qui leur arrive. Les théories scientifiques ébauchées n’étouffent pas du tout l’action, elles lui donnent un cadre crédible qui permet, il faut l’avouer, d’en mettre plein la vue. « Retour sur Titan » n’est pas avare en surprises de toutes sortes.
La cohabitation entre les personnages n’est pas sans éveiller des tensions, d’autant qu’ils passent par des phases difficiles. Même si leur psychologie n’est pas forcément le fort de l’auteur, il s’en sert bien pour étoffer certains passages. La nature de chacun remonte à la surface et le pousse à faire ce qui l’arrange. L’intérêt, toujours !

« Retour sur Titan » représente un habile mélange entre aventure et Hard Science. Le sense of wonder anime ce court roman passionnant, d’autant qu’il est étoffé de théories scientifiques stimulantes pour accompagner l’avancée des explorateurs. Ce futur imaginé par Stephen Baxter s’avère déstabilisant par bien des aspects, il ne manque pas d’ampleur, mais montre que les motivations humaines n’ont pas beaucoup changé.
Même s’il demande tout de même un effort de lecture, « Retour sur Titan » mérite vraiment de s’y plonger, car ce satellite réserve de grandes et belles surprises.

Entre « Les attracteurs de Rose Street » de Lucius Shepard et « Retour sur Titan » de Stephen Baxter, tous deux sortis en août 2018 et forts différents, les lecteurs sont particulièrement gâtés. De quoi convaincre les plus récalcitrants aux qualités de ce format entre la nouvelle et le roman !


Titre : Retour sur Titan (Return to Titan, 2010)
Auteur : Stephen Baxter
Couverture et conception graphique : Aurélien Police
Traduction de l’anglais (Grande-Bretagne) : Éric Betsch
Éditeur : Le Bélial’
Collection : Une Heure-Lumière
Numérotation dans la collection : 16
Directeur de collection : Olivier Girard
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 160
Format (en cm) : 12 x 18
Dépôt légal : août 2018
ISBN : 9782843449383
Prix : 9,90 €


Autres titres de la collection
- 1. « Dragon » de Thomas Day
- 2. « Le nexus du Docteur Erdmann » de Nancy Kress
- 3. « Cookie Monster » de Vernor Vinge
- 4. « Le choix » de Paul J. McAuley
- 5. « Un pont sur la brume » de Kij Johnson
- 6. « L’homme qui mit fin à l’histoire » de Ken Liu
- 7. « Cérès et Vesta » de Greg Egan
- 8. « Poumon vert » de Ian R. MacLeod
- 9. « Le regard » de Ken Liu
- 10. « 24 vues du mont Fuji, par Hokusai » de Roger Zelazny
- 11. « Le sultan des nuages » de Geoffrey A. Landis
- 12. « Issa Elohim » de Laurent Kloetzer
- 13. « La ballade de Black Tom » de Victor LaValle
- 14. « Le fini des mers » de Gardner Dozois
- 15. « Les attracteurs de Rose Street » de Lucius Shepard

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François Schnebelen
3 septembre 2018






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