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Stoner Road
Julien Heylbroeck
ActuSF, Les 3 Souhaits, roman (France), fantastique, 336 pages, juin 2014, 17€

Josh Gallows est un junkie aussi accro à ses substances hallucinogènes qu’au stoner rock qui pulse lors de concerts sauvages, les generator parties. Mais son Ofelia, son amour de petite Mexicaine, a mystérieusement disparu au dernier concert. Josh file le groupe vedette, suspecté d’organiser des parties de jambes en l’air avec des groupies défoncées et pas forcément consentantes. Surpris par un des roadies, il se fait passer à tabac et abandonner en plein désert californien.
Il est sauvé par Luke Lee, un redneck rouquin, républicain et raciste, son parfait opposé. Une chose les relie : Luke cherche sa sœur Saffron, elle aussi adepte des generator parties. Et il a rêvé d’un nom, Piltzintecuhtli, un groupe mexicain quasi légendaire tant il cultive le secret, apparaissant sans prévenir dans les festivals improvisés.
Remontant le fil, de survivant devenu fou en journaliste complotiste, les deux hommes vont s’enfoncer dans une horreur qui dure depuis plusieurs décennies, teintée de magie noire, très noire...



Julien Heylbroeck cache une vilaine passion : le trash. Il a d’ailleurs cofondé les éditions du même nom et dirigé un Dimension sur le thème pour Rivière Blanche. Avec « Stoner Road », il nous balance dans un roman coup de poing, hommage aux séries B et à un genre musical dans lequel il venait récemment de s’immerger : le stoner rock, un truc qui vous fait vibrer jusqu’aux os. « Stoner Road » est saupoudré d’une playlist étourdissante (et fournie en fin d’ouvrage), chaque titre de chapitre étant emprunté à un morceau.
Heylbroeck nous coule dans les pas d’un anti-héros absolu. Josk est drogué jusqu’aux yeux. Mais voilà, l’Amour le pousse en avant. Un amour profond, sincère (et aussi physique) pour Ofelia. Derrière les paradis artificiels et les trips, bons ou mauvais, il refuse de l’abandonner au diable sait quel sort, mais a minima un viol collectif, la mort ou la prostitution forcée ensuite. Malgré ses défauts, ses addictions, son incapacité à la fermer ou sa propension à attirer les coups, Josh ne renonce pas, tel un chevalier blanc sous ecsta.
Le procédé est certes classique, mais l’associer à un partenaire qui est sa totale antithèse fonctionne à la perfection. Se supportant à peine, ils doivent cependant travailler ensemble. Luke met son poing dans sa poche, s’assoit temporairement sur ses idéaux vis-à-vis des camés, des étrangers... pour le bien de sa sœur. mais parfois le naturel remonte à la surface. Néanmoins, leur complémentarité leur permet d’avancer.
Leur parcours est jalonné de rencontres avec d’autres freaks : un fou en asile, seul témoin d’un concert de Piltzintecuhtli ; un journaliste qui à trop s’approcher d’une vérité inadmissible a basculé dans le complotisme, un shaman qu’on croirait jamais redescendu d’un bad trip s’il n’en était pas affreusement sérieux. Pour Josh, une chose semble claire : c’est dans le trip qu’il retrouvera la piste d’Ofelia. Mais c’est là aussi qu’il découvrira la véritable nature de ce groupe de stoner dont les concerts laissent les spectateurs hébétés, quand tous n’ont simplement pas disparu : le leader est un dieu aztèque, qui se nourrit de sacrifices.
Le point d’orgue du roman juxtapose évidemment un affrontement dans le monde réel et un autre, totalement halluciné, sur le territoire de la volonté, en plein trip plus ou moins contrôlé. Josh le junkie, opposant ses drogues chimiques à l’antique mushroom hallucinatoire aztèque, s’oppose au dieu maudit sur son terrain.

Hallucinant, halluciné, haletant, « Stoner road » nous plonge dans une course contre la montre aux codes totalement barrés, entre horreur lovecraftienne à la sauce mexicaine et errance désespérée dans le désert californien. On ressent autant la chaleur et la soif qu’on visualise (trop) bien les hallucinations dans lesquelles se débat Josh. Le scénario emprunte une trame classique, certes, mais tout y est parfaitement orchestré, drapé dans un indéniable talent et une application à bien faire les choses, notamment nous conter les pires horreurs.
J’ai commencé ma lecture à sa sortie, aux Imaginales 2014. Un des premiers epub de ma liseuse, et je ne sais plus pourquoi - peut-être mes balbutiements avec la machine - j’ai buté dessus, au 2e ou 3e chapitre. Mais sans l’oublier. Repris cet été, il ne m’aura pas duré 3 jours : impossible à lâcher.

Julien Heylbroeck a depuis publié « Le Dernier Voïdanoi », ainsi que « Malheur aux gagnants », aux Moutons électriques. Je ne vais pas tant tarder à les lire.


Titre : Stoner road
Auteur : Julien Heylbroeck
Couverture : AMMO
Éditeur : ActuSF
Collection : Les 3 Souhaits
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 336
Format (en cm) :
Dépôt légal : juin 2014
ISBN : 9782917689660
Prix : 17 € ou 5,99€ en numérique



Nicolas Soffray
25 septembre 2018






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