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Attracteurs de Rose Street (Les)
Lucius Shepard
Le Bélial’, Une Heure-Lumière, n°15, court roman traduit de l’anglais (États-Unis), steampunk, 136 pages, août 2018, 9,90€

Dans le Londres de la fin du XIXe siècle, Samuel Prothero, aliéniste de profession, a intégré le sélect Club des Inventeurs, afin d’étendre sa clientèle parmi les gens aisés. Pour se fondre dans le moule et gagner la confiance de ses pairs plus âgés, il suit le mouvement et ignore aussi Jeffrey Richmond, inventeur qui a connu le succès mais que tous battent froid, car il habite le quartier mal famé de Saint Nichol.
Quand Richmond sollicite discrètement les services de Samuel, ce dernier hésite, il pense à sa réputation, mais intrigué il suit Richmond jusqu’à sa demeure.



Une novella de Lucius Shepard décédé en 2014, voilà qui relève de la bonne nouvelle, tant cet écrivain a fait montre d’exigence dans sa carrière, séduisant par son imaginaire et sa qualité d’écriture. Autant dire qu’à l’annonce de sa publication, « Les attracteurs de Rose Street » était attendu.

Le cadre et les inventions ramènent au steampunk, mais il l’enrichit avec des présences fantomatiques révélées par une invention défaillante de Richmond. Ce dernier loge dans la maison de sa défunte sœur dont, à l’écouter, il ignorait tout : sa profession, sa présence à Londres. Il a besoin de Samuel Prothero pour en savoir plus sur son cas. À partir du moment où l’aliéniste suit l’inventeur, c’est comme s’il changeait de monde. Sa description du quartier de Saint Nichol s’avère pour le moins saisissante, il n’y voit que le mal, la décrépitude, la bassesse humaine, la noirceur en opposition avec la société feutrée qu’il fréquente. Le voyage en cab ressemble à une plongée dans les bas-fonds. Lucius Shepard excelle dans les descriptions, il donne vie au cadre de l’histoire, sans qu’à aucun moment ce ne soit lourd.

La demeure de Richmond apporte son lot de surprises qui font passer l’aliéniste par toutes les émotions. Il découvre que le bonheur est sans frontière, remet en cause son plan de carrière, tout en s’empêtrant dans l’affaire qui l’a conduit en ces lieux.
Les jours défilent, deviennent des semaines qui se transforment en mois. La vaste maison sise Rose Street devient quasi celle de Samuel qui y prend ses aises à plus d’un titre et ce d’autant que Richmond est plongé dans ses inventions. Mais dans quel but ?
Lucius Shepard plonge sans faillir le lecteur dans l’ambiance lourde des lieux. Le personnage principal Samuel Prothero nage dans les affres de l’incertitude, il est tiraillé entre ces présences à étudier, ce qui pourrait prendre une vie sans en voir le bout, et sa propre existence qui a pris un tour inattendu dans ce quartier et cette maison de déperdition. Il perd ses certitudes, son assurance vacille, sa carapace de la bonne société se fissure... Le glissement est lent et insidieux.

En moins de 130 pages, Lucius Shepard livre un récit dense, subtil, fascinant par son ambiance lourde et mystérieuse. Le cadre steampunk des « Attracteurs de Rose Street » lui sert à explorer la psyché humaine, à décortiquer les motivations qui animent les individus. Le lecteur ne peut qu’être pris dans la toile tissée par l’écrivain qui fait cohabiter amour et répulsion avec Samuel se débattant sur la frontière, cherchant son équilibre entre la vie et la mort. La tension ne cesse de grimper, l’intérêt demeure soutenu. Autant dire qu’une fois que vous aurez ouvert ce livre, vous ne soulèverez plus la tête avant son terme !

Une fois de plus, Lucius Shepard séduit par son écriture et son imaginaire d’une belle richesse. Conjuguer les deux n’est pas aisé et il le faisait à merveille.
Surtout, ne passer pas à côté de cet écrivain.


Titre : Les attracteurs de Rose Street (Rose Street Attractors, 2011)
Auteur : Lucius Shepard
Couverture et conception graphique : Aurélien Police
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Jean-Daniel Brèque
Éditeur : Le Bélial’
Collection : Une Heure-Lumière
Numérotation dans la collection : 15
Directeur de collection : Olivier Girard
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 136
Format (en cm) : 12 x 18
Dépôt légal : août 2018
ISBN : 9782843449376
Prix : 9,90 €


Autres titres de la collection
- 1. « Dragon » de Thomas Day
- 2. « Le nexus du Docteur Erdmann » de Nancy Kress
- 3. « Cookie Monster » de Vernor Vinge
- 4. « Le choix » de Paul J. McAuley
- 5. « Un pont sur la brume » de Kij Johnson
- 6. « L’homme qui mit fin à l’histoire » de Ken Liu
- 7. « Cérès et Vesta » de Greg Egan
- 8. « Poumon vert » de Ian R. MacLeod
- 9. « Le regard » de Ken Liu
- 10. « 24 vues du mont Fuji, par Hokusai » de Roger Zelazny
- 11. « Le sultan des nuages » de Geoffrey A. Landis
- 12. « Issa Elohim » de Laurent Kloetzer
- 13. « La ballade de Black Tom » de Victor LaValle
- 14. « Le fini des mers » de Gardner Dozois

Lucius Shepard sur la Yozone :
- « Le Dragon Griaule »
- « Le Calice du dragon » »
- « Louisiana Breakdown »


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François Schnebelen
1er septembre 2018


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