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Shutter (T1) Errance
Joe Keatinge, Leila Del Duca et Owen Gieni
Glénat Comics

Kate Kristopher appartient à une longue lignée d’explorateurs. Pour ses 7 ans, son père l’a amenée sur la Lune et lui a dit que désormais les mondes étaient à elle.
Vingt années plus tard, cette vie aventureuse a perdu de son charme, son papa est mort et elle se morfond aux côtés de son chat aux multiples talents.
Alors qu’elle se recueille sur la tombe de son géniteur, elle est attaquée par un automate et des sortes de fantômes roses qui cherchent soi-disant à la protéger de sa famille, elle qui est pourtant fille unique. Puis une bande de lions armés de gros calibres les agresse dans un but bien différent.
L’existence de Kate se pimente soudain.



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Dès la première double-page, le lecteur ne peut qu’être surpris en voyant quelqu’un courir dans son scaphandre sur le sol lunaire et s’exprimer : « on peut rentrer maintenant ?! » Il s’agit de Kate à 7 ans, elle trouve que le cadeau de son père n’est en rien extraordinaire et n’attend que de rentrer pour enfin vivre de grandes choses. Un début surprenant, mais qui prend tout son sens au fil de l’album qui nous fait perdre nos repères au fur et à mesure des rebondissements.
L’histoire ne se déroule pas sur notre Terre, mais sur une Terre parallèle bien différente, beaucoup plus délirante quand on voit sa société et sa mixité.
Le scénariste Joe Keatinge sait parfaitement ménager ses effets, comme cette scène où elle tire les rideaux de son appartement plongé dans le noir pour révéler une vue de la ville. Graduellement, le lecteur se demande où il se trouve, dans quel monde vit Kate et jusqu’où l’imagination du scénariste le plongera. Très loin, soyez en sûr !

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Le dessin et la colorisation sont au diapason de cette création des plus originales. Suivant la période de la narration (passé plus ou moins lointain, présent), le style et le remplissage changent, montrant la coupure. Les premières fois, cela surprend, mais au final, on ne peut qu’adhérer à cette manière de procéder, tant le récit part dans tous les sens. En effet, avec Kate, les mondes parallèles s’ouvrent à nous. Pas seulement le sien, mais aussi tous les autres quand sa famille lui apparaît plus grande qu’elle ne devrait.
Son visage présente des traits acérés, alors que son chat arbore une bouille toute ronde et ne manque pas de répartie. Un vrai personnage de cartoon ! Et que dire des méchants et des plus ou moins gentils ? Tout est permis : le majordome squelette, les ninjas roses, un tricératops comme monture... la liste est longue et clairement ce comics en met plein la vue.
Au dessin, Leila Del Duca montre sa virtuosité à donner vie à cet univers déjanté, elle réussit à donner corps à des créatures improbables, des décors futuristes et surannés. Même au niveau du découpage, elle multiplie les effets et contribue à créer une ambiance perturbante, souvent relevée par des couleurs psychédéliques. Quel graphisme !

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Ce premier tome de “Shutter” nous transporte dans un monde parallèle où tout semble possible. Son héroïne Kate s’apparente à une Lara Croft qui dispose d’un terrain de jeu bien plus vaste. L’action est omniprésente, les rebondissements se succèdent quasi sans temps morts. Il faut aimer être surpris, être malléable pour suivre des développements des plus surprenants, voire saugrenus, pour adhérer à ce comics déjanté. Une fois rentré dans l’imagination débridée des auteurs, attention à l’avalanche d’effets scénaristiques et visuels.

Par son côté extrême et sans compromis, “Errance” divisera, c’est certain, mais c’est un vrai plaisir à lire, car ça part dans tous les sens et aucun aspect n’est en reste.

Un comics très stimulant !


(T1) Errance
- Série : Shutter
- Scénario : Joe Keatinge
- Dessin : Leila Del Duca
- Couleurs : Owen Gieni
- Traduction : Philippe Touboul
- Éditeur : Glénat Comics
- Dépôt légal : 18 octobre 2017
- Format : 18,5 x 28,3 cm
- Pagination : 144 pages couleurs
- Numéro ISBN : 9782344022993
- Prix public : 15,95 €


Illustrations © Leila Del Duca, Owen Gieni et Glénat Comics (2017)


François Schnebelen
30 juillet 2018






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