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Galaxies n°53 (Nouvelle série)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Revue, n°53, SF - nouvelles - articles - critiques, mai 2018, 192 pages, 11€

En charge de ce numéro de « Galaxies / Mercury », Jean-Pierre Fontana signe un étonnant article sur “Les aventures extraordinaires de Bibi Fricotin”. Ce personnage qui est apparu la première fois en octobre 1924 ne dira rien aux plus jeunes. Il a évolué au fil des dessinateurs et les scénaristes ne l’ont pas cantonné à son rôle initial de garçon de ferme. Ce redresseur de torts a connu jusque dans les années 1970 de multiples aventures, lorgnant souvent vers le fantastique ou la SF. Une séquence nostalgie pour de nombreux lecteurs qui découvriront sûrement une facette méconnue de Bibi Fricotin.



Neuf nouvelles et un court conte figurent au sommaire, ce qui est appréciable.
La première “La langue commune, l’indicatif présent, le connu” de Nina Allan présente une société en déliquescence, à travers une femme qui plonge dans l’histoire d’un oncle. Voilà vraiment une auteure anglaise fascinante, avec des récits intéressants et surprenants. Une très belle entame !
“Dans la peau” ne manque pas d’arguments non plus. Les talents sont tatoués sous la peau et deviennent partie intégrante de ceux qui peuvent se les payer. Malheur à celles et ceux qui ne pourront pas les rembourser... Lilie Bagage manie très bien l’humour noir, l’histoire paraît écrite d’avance pour le personnage central, mais l’intérêt reste intact jusqu’au bout.
Suivent “Rendez-vous en Iram”, suivi de “La chasseresse” de la britannique Sofia Samatar qui s’avère bien elliptique pour l’occasion. Souvenirs et rêves s’entrecroisent sur fond de cité perdue dans la première. À l’image de l’histoire, les mots traversent le cerveau sans l’imprimer. Décevant pour moi.
“Le peuple de l’eau” d’Anne-Sophie Kindraich m’a nettement plus séduit. Galaan est gravement malade, son père sait qu’il ne guérira pas. Galaan est-il condamné pour autant ? Peut-être pas... comme le laisse présager le récit de son père. Plaisant.

Avec “Une nuit de 21 heures”, Renato Pestriniero a inspiré Mario Bava pour son film « La planète des vampires » (1965). Traduite de l’italien par Bruno Pochesci, cette nouvelle, dont la première version date de 1960, dévoile le sort d’une mission compromise par l’explosion d’un de ses deux vaisseaux sur une planète apparemment sans danger. Psychologie, inquiétude et événements incompréhensibles font bon ménage et il n’est guère étonnant que ce texte ait inspiré le cinéaste italien. Il est d’ailleurs intéressant que le parallèle soit fait entre les deux, montrant ainsi la libre adaptation de l’ensemble.

Avec “La clé des champs”, l’étudiante Stéphanie Soubrier signe son premier texte, lauréat d’un concours organisé par le Cnous et les Crous. Dans une rue, soudain des choses disparaissent de façon inexplicable. Sur un ton humoristique, l’auteure développe tout du long cette idée de départ. Elle n’explique rien, expose juste les conséquences. Cela relève de l’étrange, est amusant à lire, sans plus.

Après avoir été annoncé dans un précédent numéro, voilà enfin “La machine à voyager dans le temps” (1973) de Robert F. Young. Plusieurs points de vue donnent un éclairage différent des événements. Vraie invention, fumisterie... ? Le lecteur oscille entre plusieurs sentiments, il essaie de démêler les apparences de la réalité. Efficace, intriguant, il n’est pas étonnant, mais justifié que ce brillant écrivain de SF revienne sur le devant de la scène en France. (voir « Gandahar 8 »).

Dans “Matriochka Tenebrarum”, Bruno Pochesci met en scène une rencontre improbable entre une jeune Nippone de passage à Paris et un Français qui va rapidement la draguer. La belle n’est guère farouche et accepte l’invitation à visiter les catacombes. Les deux s’isolent d’un monde en plein changement et qui ne les accepte peut-être pas. Un déroulement plein de surprises, où tout devient possible et c’est ce qui rend l’imaginaire de Bruno Pochesci si attachant.

“Le Service des Affaires Classées” revient sur Christine Renard (1929-1979). “Un amour d’automne” (1978) nous plonge dans la France rurale, dans la campagne avec Adrien Vignale, un veuf coincé entre plusieurs femmes : sa grand-mère, sa tante, sa fille et son amante Laurence-Claude. La fille d’Adrien ne peut accepter que cette dernière remplace sa mère. Un lieu occupe aussi le devant de la scène, la maison d’été que la grand-mère loue et fait méticuleusement nettoyer, une demeure hantée par de nombreux esprits et que seule Laurence-Claude n’a pas quittée à toute vitesse.
L’ensemble est fascinant, aussi bien par la forme que le fond. Malgré ses quarante ans, ce texte n’a pas pris une ride et montre le talent de Christine Renard, beaucoup trop vite disparue.

Dans “L’écran du souvenir”, Jean-Pierre Fontana évoque les premiers films à s’être projetés sur les planètes voisines et Jean-Pierre Andrevon les films relevant de l’imaginaire sortis les six derniers mois au cinéma. Quant à Franck (Zaïtchick) Jammes, il décrypte la série « V for Vendetta », fruit de la collaboration entre Alan Moore et David Lloyd. Attention à ceux qui ne l’ont pas encore lue et souhaiteraient rattraper cette lacune comme moi, à ne pas tout consulter !

Un numéro de « Galaxies / Mercury » très plaisant à lire, avec de belles nouvelles au sommaire.


Titre : Galaxies Nouvelle Série
Numéro : 53 (97 dans l’ancienne numérotation)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Rédacteur en chef délégué : Jean-Pierre Fontana
Couverture : Lohran
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, entretiens...
Site Internet : Galaxies
Dépôt légal : mai 2018
ISSN : 1270-2382
Dimensions (en cm) : 13,8 x 20,9
Pages : 192
Prix : 11€



Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
28 juin 2018






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