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Ma Pire Semaine de Vacances
Nadia Coste
Castelmore, roman (France), anticipation ?, 313 pages, avril 2018, 9,90€

Léa part une semaine en vacances chez sa cousine Maxine, à Pouilly en Donzy, dans la Loire, la cambrousse totale. Les deux écolières s’entendent parfaitement et partagent les mêmes jeux. Léa voue aussi une adoration à la sœur aînée de Max, Frédérique, l’ado qu’elle voudrait devenir, tout le contraire de sa propre sœur, l’insupportable Vanille.
Bref, une semaine à la campagne, à aider au jardin, aller chercher le lait à la ferme, et jouer dans les prés, au bord des ruisseaux, cela promet de chouettes vacances.
Le seul souci, c’est que Léa est toujours la cible favorite des insectes qui piquent : moustiques, guêpes, taons (il paraît qu’à la 3e piqûre de taon, on meurt !) Et que cette année, les bestioles sont... anormalement grosses. Genre comme le poing.
Stéphane est lycéen, fils d’un boulanger qui ne comprend pas sa passion pour le journalisme. Il fait ses premières armes sur un blog (l’info sans langue de bois à Pouilly en Donzy !) et après quelques retours de bâton, il s’intéresse à cette histoire de vaches qui tombent, d’un coup, dans les fermes voisines. Ce n’est peut-être rien... ou un scoop.



S’inspirant des vacances de son enfance dans la campagne loin de Lyon, Nadia Coste nous offre à lire avec « Ma pire semaine de vacances » un thriller d’anticipation à hauteur d’enfant.
Bien évidemment, selon son âge, le lecteur sentira plus ou moins vite venir le scandale sanitaire, dès les premiers indices : des bidons de produits chimiques épandus, un refus de parler des principaux concernés éminemment suspect, ça sent les activités louches d’une multinationale prête à tout... et pas pour notre bien. Un sujet d’une actualité toujours brûlante avec les scandales liés aux OGM stériles, aux herbicide proches du napalm et toute cette chimie qui vient polluer une agriculture qui vivait très bien sans. Y opposer le regard d’une petite fille ravie de passer ses vacances à la campagne est donc d’une efficacité ravageuse.

La très bonne idée est de croiser les points de vue de Léa, une enfant qui joue à l’espionne avec sa cousine, et Stéphane, presque un adulte déjà un peu rompu à l’exercice de l’enquête mais aussi aux dangers d’une divulgation incontrôlée de ce qu’on croit être la vérité. On a donc une vraie aventure, avec des mystères, des hypothèses (pas si) farfelues du côté des fillettes, dans leur langue à elles, un peu téméraires, légèrement chipies, mais conscientes de leur propres limites, de leurs peurs (rationnelles ou non). Ça vous dépoussière « le club des Cinq » et ses pré-ados trop lisses !
De l’autre côté, avec Stéphane, les plus jeunes lecteurs suivront son enquête aux méthodes déjà assez professionnelles. Douché par les conséquences sociales de précédentes révélations, et surveillé par un père avec lequel il n’arrive pas à parler, Stéphane avance avec des pincettes, questionne, croise les informations. Et s’implique, comme un reporter digne de ce nom. Cette histoire n’est pas qu’un scoop, c’est une affaire qui touche son village, ses proches, des gens qu’il connaît.

Mais « Ma Pire semaine de vacances », c’est aussi une belle tranche de vie d’enfants et d’ados. Pour les plus petites, les jeux d’espionnes prennent une tournure très (trop) sérieuse, et leurs mésaventures mettront à mal leur innocence. Pour les ados, c’est l’époque des premiers amours, secrets pour ne pas briser le groupe. On ne sort pas avec la petite sœur de son meilleur pote sans craindre ses foudres... Dans la tension de cette semaine où les pires hypothèses côtoient le silence des autorités, les jeux amoureux, personnels, intimes, achèvent de désorienter les faibles esprits masculins.

Je ne vous dis que deux mots sur le finale digne d’un thriller fantastique, l’union de toute une communauté contre des hordes terrifiantes... et de la nécessité de faire des stocks suffisants de confiture maison.

On savait déjà le talent de Nadia Coste, avec « L’empire des Auras », « Ascenseur pour le futur » et « Les Elémentaires ». Ces vacances ne pouvaient être innocentes, ni très tranquilles. L’autrice démontre une parfaite maitrise de la psychologie de ses personnages, selon leur âge, ainsi que leur registre de langage. Son intrigue, très actuelle, trouvera un écho chez tous les lecteurs. Car enfin, et c’est ce qui fait un bon roman, tout cela sonne terriblement vrai, ou à défaut vraisemblable. Sous ses accents d’aventure jeunesse, de petit thriller d’anticipation, Nadia Coste sensibilise son lectorat à des problèmes très contemporains sur l’avenir du monde, tout autant que sur la difficulté des enfants et des ados, quand bien même la vérité sort de leur bouche, de s’affirmer face aux adultes.

Et j’ai entendu (de source très sûre) qu’en cas de succès éditorial du présent ouvrage, d’autres récits de vacances rocambolesques pourraient être publiés...


Titre : Ma pire semaine de vacances
Auteur : Nadia Coste
Couverture : Victoria Maderna
Éditeur : Castelmore
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 313
Format (en cm) :
Dépôt légal : avril 2018
ISBN : 9782362313158
Prix : 9,90 €



Nicolas Soffray
28 juin 2018






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