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Apollinaire, portrait d’un poète entre deux rives
Philippe Bonnet
Les éditions Bleu et Jaune, biographie, 92 pages, avril 2018, 18€

Les amateurs de poésie connaissent Guillaume Apollinaire, souvent pour son recueil « Alcools ». Les férus d’érotisme ont tous lu ses romans licencieux, « Les onze mille verges » et « Les Exploits d’un jeune Don Juan ». Les historiens et critiques d’art se sont penchés sur ses articles. Les lexicographes savent qu’Apollinaire a inventé les termes « calligramme » et « surréalisme », qui ont connu un beau destin. Pourtant, la richesse et la diversité de l’œuvre Apollinaire, tout comme son existence à la fois brève et fertile, restent assez peu connues. Le centenaire de la mort d’Apollinaire (1880-1918) est donc pour Philippe Bonnet l’occasion de revenir sur la vie de ce poète peu commun.



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Wilhelm de Kostrowitzky, mort à trente-huit ans, Guillaume Apollinaire, nous explique Philippe Bonnet, est un promeneur impénitent, migrant perpétuel, oscillant d’une rive à l’autre, d’un quartier à l’autre. Apollinaire, qui survit d’articles ou de petits boulots dans la banque, est le plus souvent désargenté. Il partage un moment logement avec Picasso et Max Jacob – logement minable, une seule chambre qu’ils occupent tour à tour, mais des colocataires dont le prestige fait à présent rêver – et fréquente bien des célébrités dont le nom est encore connu après bien des décennies, des peintres, des écrivains, des photographes : André Derain, Maurice de Vlaminck, Constantin Brancusi, Amedeo Modigliani, Georges Braque, Pierre Mac Orlan, Raul Dufy, Daniel Henry Kahnweiler. Mais aussi des artistes qui depuis lors sont tombés dans l’oubli, comme l’excentrique et extravagant Gonzague Frick, fondateur de la « phyllorhodomancie, ou l’art de vaticiner par la perlustration des feuilles de roses »

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Rapidement remarqué pour son talent, Apollinaire manque de peu le Goncourt avec « L’Hérésiarque et Cie », publie « Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée », pour le logo duquel il dessine lui-même la licorne « J’émerveille » (il travaille en étroite collaboration avec l’artiste Raul Dufy pour les illustrations du volume), flirte avec l’idole noire (l’opium), fréquente plus d’un salon, plus d’un moderne, plus d’un novateur, ou, ici encore, de personnages moins connus de nos jours, comme l’écrivain et entomologiste Maurice Maindron.

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Une effervescence et des stimuli intellectuels permanents, donc, mais, malgré son talent, malgré ses idées, Apollinaire a rarement la vie facile : alors qu’il est embourbé dans une relation complexe avec sa maîtresse, Marie Laurencin, survient en 1911 l’affaire du vol de la Joconde dont il devient rapidement suspect, pour se retrouver emprisonné une semaine à la prison de la Santé. Mais l’année suivante, nous explique Philippe Bonnet, sera l’une des plus productives et des plus heureuses. Pour se changer les idées, Apollinaire, qui a toujours papillonné sans liberté entre diverses revues, décide de créer avec André Billy, René Dalize, André Salmon et André Tudesq sa propre revue, « Les Soirées de Paris ». Au programme, des poèmes d’Alcools », mais aussi des textes de toutes sortes, farfelus ou surréalistes, signés de divers auteurs. Autre baume sur le cœur, il rencontre un riche couple de mécènes, Serge Ferat et Hélène d’Oettingen, qui lui offrent le gîte, il voyage en compagnie de Duchamp et Picabia, invente avec ses amis peintres une poésie cubiste « cette alchimie effervescente qui mêlait en liberté l’image aux mots. » L’un de ces poèmes a donné également naissance à un tableau de Delaunay, « Les Fenêtres simultanées », que nous reproduisons ci-dessous.

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Puis Apollinaire s’installe dans ce qui sera – nul ne le sait alors – son dernier domicile, au 202 boulevard Saint Germain, qu’il emplit d’œuvres d’art de ses amis. Il y fréquente Giorgio de Chirico qui fera son portrait (ci-dessous) publie enfin « Alcools », devient un personnage écouté, Mais ces années fastes – 1912 et 1913 – se termineront avec l’éloignement de Marie Laurencin, qui préfigure dans la vie d’Apollinaire un autre drame : le début de la seconde guerre mondiale. Engagé, il ne cessera jamais d’écrire, y sera blessé, doublement trépané, et n’en reviendra vivant que pour mourir de congestion pulmonaire en 1918,

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Avec une narration au présent, une écriture claire, quelques formules joliment trouvées (« poésie en bande organisée », ces individus doués qui « voguent de parenthèse en parenthèse »), Philippe Bonnet parvient, en l’espace d’une petite centaine de pages, à évoquer les lieux et l’époque et à souligner l’effervescence intellectuelle à son maximum durant les années d’avant-guerre. « Apollinaire, portrait d’un poète entre deux rives  », c’est donc aussi l’occasion de déambuler à travers un Paris partiellement disparu, à travers les demeures successives de l’auteur et de ses amis, à travers bistrots, restaurants et autres lieux mythiques, comme le fameux « Bateau-Lavoir » de Montmartre, et dans une modernité d’alors qui n’a rien à envier à la nôtre. Elégant petite volume au format 12 x 22 avec illustrations de Guillaume Bihan et couverture cartonnée à rabats, cet « Apollinaire, portrait d’un poète entre deux rives  » devrait donc apporter des éléments d’intérêt non seulement aux amateurs d’Apollinaire et de poésie, mais aussi à ceux qui sont attirés par l’art et par l’histoire.


Titre : Apollinaire, portrait d’un poète entre deux rives
Auteur : Philippe Bonnet
Couverture : Volume Visuel / Cyril Cohen / Guillaume Bihan
Éditeur : « Les Editions Bleu et Jaune
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 92
Format (en cm) : 12 x 22
Dépôt légal : mars 2018
ISBN : 9791094936078
Prix : 18 €

Un autre poète sur la Yozone :
- « Je connais des îles lointaines » de Louis Brauquier

La littérature et Paris sur la Yozone :
- « Le Club des longues moustaches » de Michel Bulteau
- « Vagabondages littéraires dans Paris » de Jean-Paul Caracalla



Hilaire Alrune
9 juin 2018






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