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Bâtard de Kosigan (Le), tome 4 : Le Testament d’Involution
Fabien Cerutti
Mnémos, Icares, roman (France), fantasy historique, 448 pages, juin 2018, 20€

(Note préliminaire : contrairement à L’Ombre du Pouvoir et Le Fou prend le Roi, qui peuvent se lire indépendamment, Le Testament d’Involution est la suite directe du Marteau des Sorcières. Leur découpage en deux tomes est purement physique : un pavé de 750 pages aurait été des plus inconfortable.)

Nous avions donc laissé le Bâtard en fâcheuse posture, coincé entre les sorcières du Cénacle Lunaire et un inquisiteur Las Casas passablement fâché. Tandis qu’il essaie de négocier avec les sorcières, d’en apprendre plus sur sa mère, sur cette étrange cité souterraine où elles ont établi leur repaire, et de comprendre à quel point elles l’ont déjà manipulé à son insu, l’inquisiteur questionne Qu’un-coup et Edric, capturés lors de l’incursion dans les geôles de l’évêché.
De retour à Cologne, Kosigan doit affronter la colère de Las Casas et justifier ses multiples allégeances sans en trahir aucune. Faisant mine de vendre les sorcières, malgré ses sentiments ambigus pour Laura Stein, il conduit Las Casas et ses troupes dans la forêt.
Il ne doute pas que s’il prétend interrompre le rituel du testament d’involution, Las Casas compte très certainement l’accomplir à son propre bénéfice.
Sauf que bien entendu, malgré la rouerie du Bâtard, tout ne va pas se dérouler ses son plan...

A des siècles de cela, Kergaël est apparemment mort dans l’assaut donné par l’armée anglaise, en fait des troupes des Antagonistes, les descendants de l’ordre de la Croix d’Adombrement de Las Casas, contre le manoir de l’Arche. Profitant que les Antagonistes les croient à terre, l’Arche compte retourner leurs propres armes contre eux et profiter du mariage d’Elisabeth avec un pair du royaume pour décapiter l’organisation. Mais là non plus, le plan nécessitera plus que du talent.



Une poignée de jours, au XIVe comme au XIXe siècle. Telle est l’unité de temps de ce quatrième tome du « Bâtard de Kosigan ». Mais quelle densité ! on comprend aisément pourquoi Fabien Cerutti n’a pas pu tout caser dans un seul pavé, et on lui pardonne sans attendre les 10 petits mois qui séparèrent la publication des deux livres.

Cette fin de cycle est menée tambour battant, d’autant que, dans la partie XIVe, nous ne sommes qu’à quelques dizaines d’heures de la réalisation du Testament d’Involution, rituel du noir-sang qui procurera, à n’en pas douter, de grands pouvoirs à qui l’accomplira. La compétition entre Willie Stein et Las Casas est violente, et Kosigan fera office d’arbitre, car son plan lui laisse plusieurs fois latitude de changer d’allégeance - et donnant des accents de sincérité à ses discours d’agent double.

Kosigan en a conscience, il joue un jeu très dangereux. Qui aura nécessité des sacrifices qu’il paiera toute sa vie. Et tout n’est pas entre ses mains.
C’est une bataille dantesque, magie noire contre magie pseudo-blanche, qui se livrera. Plus que jamais, Fabien Cerutti fait parler sa plume fantastique. L’épique le dispute à une tension omniprésente, l’intrication des plans de chacun et la bonne anticipation des mouvements adverses nous maintenant sur des charbons ardents d’un bout à l’autre.

On en apprend de plus en plus sur l’Arche, en suivant Elisabeth et cet espoir d’en finir avec les forces sombres des Antagonistes. Charles et les amis de Kergaël enquêtent pour leur part sur la disparition étrange de leur ami, mais aussi d’une grande part de sa fortune, confiée à un artisan inconnu et une société, Old World, qui ne l’est pas moins. Ils remontent la piste jusqu’en France, suspectent la veuve de Béclère (et ses zones d’ombre de la jeunesse de Kergaël sur laquelle le voile demeure). Côté Arche, on appréciera, avant d’en comprendre la raison, la place majeure qu’y occupent les femmes.

L’auteur nous tient en haleine jusque dans l’épilogue et ses dernières révélations, où il réussit le tour de force littéraire d’en dire beaucoup sans tomber dans la démonstration, de conclure son cycle, et potentiellement son histoire par une figure de haute voltige, en inscrivant son histoire alternative et ses ultimes rebondissements dans l’Histoire. Et nous en faisant complices, comme promis sur la 4e de couverture. Jusqu’à l’appendice final, qu’on lira en frissonnant de bonheur et de plaisir. C’est la cerise sur le magnifique gâteau qu’est ce premier cycle.

Autre tour à la mesure de son héros, Fabien Cerutti nous dévoile déjà ce qui agitera la fin de la vie de son Bâtard, nous alléchant pour la suite - un recueil de nouvelles, avant le début du 2e cycle. On pourrait croire qu’à déjà savoir ce qui se passera, notre intérêt pourrait décroître, or pour ma part il n’en est strictement rien. Car plus que la destination, c’est le chemin qui nous plaît. Et avec un guide comme Fabien Cerutti, on ira volontiers sur un ou deux milliers de pages supplémentaires.

Époustouflant de maîtrise, de culture, d’imagination, « le Testament d’Involution » nous tient en haleine de la première à la dernière page, et achève de confirmer le talent de conteur de Fabien Cerutti, un auteur désormais incontournable dans l’Imaginaire français. Dense, complexe, son histoire ne nous perd jamais que pour mieux nous surprendre, et son héros avec elle. Sa trame de fond - la véracité de l’Histoire telle que nous la connaissons, et la facilité avec laquelle les vainqueurs peuvent la réécrire - résonne plus que jamais aujourd’hui, où manipuler la vérité n’a jamais été aussi facile. Fabien Cerutti nous rappelle la nécessité de douter, non des preuves historiques, mais de l’interprétation que certains en font. La place qu’il nous donne dans son histoire, et peut-être l’Histoire, n’en est que plus importante et merveilleusement généreuse.


Titre : Le Bâtard de Kosigan : Le Testament d’Involution
Auteur : Fabien Cerutti
Couverture : Émile Denis
Éditeur : Mnémos
Collection : Icares
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 448
Format (en cm) : 15 x 21 x 4
Dépôt légal : juin 2018
ISBN : 9782354083466
Prix : 20 €


Premier cycle du Bâtard de Kosigan :
L’Ombre du Pouvoir
Le Fou prend le Roi
Le Marteau des Sorcières
Le Testament d’Involution


Nicolas Soffray
8 juin 2018






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