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Havre de paix (Un)
Stanislas Petrosky
French Pulp, collection L’Embaumeur, polar, 149 pages, avril 2018, 8,50€

On connaissait le Poulpe, il y a désormais l’Embaumeur. Sur le principe d’un personnage de série traité par des auteurs successifs, Luc Mandoline, thanatopracteur de profession, investigue depuis bien des romans sur les morts et les vivants, mais toujours sur des coups passablement mortels. « Harpicide » (Michel Vigneron), « Ainsi fut-il » (Hervé Sard), « Concerto en lingots d’os » (Claude Vasseur), « Deadline à Ouessant » (Stéphane Pajot), « Envers et Damnation » (Maxime Gillo), « Sens interdit » (Jacques Saussey), « Les corps tombés du ciel » (Pierre Brulhet) : telles sont quelques-unes de ses aventures, qui ont débuté chez l’éditeur l’Atelier Mosesu.



Luc Mandoline, alias l’Embaumeur, thanatopracteur de profession, effectue un remplacement paisible au Havre. C’est bien évidemment au cours d’un repas romantique avec son amie que le téléphone sonne : une levée de corps sans délai à l’établissement pénitentiaire. Mais pas simple : le téléphone sonne une seconde fois, le commissaire Claneboo lui demande d’ouvrir l’œil pendant l’autopsie. Une autopsie « blanche », c’est-à-dire qui ne retrouve rien d’anormal pour ce type qui s’est pendu dans sa cellule. Ce qui est impossible : le type en question était un flic infiltré.

Mandoline tique sur un détail et se met aussitôt en chasse. Avec un informaticien prodige (une facilité scénaristique classique, mais le type a un sacré don pour semer la zizanie chez ses adversaires) et un ex-légionnaire de ses amis, il va faire la traque à l’assassin et découvrir plus d’un trafic. Le but : faire tomber le Turc, un type emprisonné pour une trop courte peine mais qui mérite mille fois pire, qui sort le jour même et qui sans doute est à l’origine de la mort du flic infiltré. Et d’une gamine. Et peut-être d’autres personnes encore.

Pour Claneboo, Luc Mandoline est un allié de poids. Son bras armé, et quelque peu illégal. Car Mandoline, qui a tout le respect voulu pour les morts, n’en a sans doute pas tant pour les vivants, et encore moins pour les ordures. Luc Mandoline provoque, incendie, enlève, bastonne, dynamite, et pour finir n’hésite pas à dessouder lui-même les crapules. Enfin si, il hésite, il a des scrupules. Mais quand on se retrouve en position de légitime défense, les scrupules, n’est ce pas…

Plutôt rock’n roll (chaque chapitre porte le titre d’un morceau connu, et le croque-mort passe son temps à écouter des groupes tels que Queen ou AC / DC), « Un havre de paix  » ne s’embarrasse donc ni de finasseries, ni de psychologie excessive, ni de pauses. Quelques jeux de mots bien sentis, un humour pas toujours d’une subtilité confondante (n’oublions pas que nous avons affaire à d’ex-légionnaires) mais souvent bienvenu, des répliques qui claquent et des rebondissements incessants viennent rythmer une enquête qui ne s’essouffle jamais.

Des matons qui trafiquent, des jeux de hasard qui rendent fou, du cyanure, des embuscades, des poursuites sur de mauvais chemins, une drogue bizarre, de l’artillerie limite lourde, des caisses explosives et des voitures qui décollent dans les airs, des infiltrations façon commando, et d’autres surprises encore : on n’ira pas chercher dans « Un Havre de paix  » une totale vraisemblance, ni des péripéties parfaitement crédibles. Nos héros sont les plus forts et les plus futés, et, quand ils comprennent quelque chose avec retard, ils gardent néanmoins une longueur d’avance. C’est dire que, si l’on ne s’inquiète pas excessivement pour leur destin, là n’était pas l’intention de l’auteur. On l’aura compris : il faut que ça rebondisse, que ça aille vite, que ça castagne, que ça mitraille. Le lecteur sera servi.

« Un havre de paix  » est dont la parfaite illustration de ces petits polars que l’on qualifie habituellement de romans de quai de gare. Une appellation que l’on ne prendra pas au sens péjoratif, car si cette aventure n’est pas inoubliable, elle assure sa fonction d’épisode de série B, pied au plancher, avec humour et arrière-fond rock’n roll. Trépidant, amusant, vitaminé, « Un havre de paix » ajoute une nouvelle pierre à la saga de Luc Mandoline.


Titre : Un havre de paix
Auteur : Stanislas Petrosky
Couverture : French Pulp Editions
Éditeur : French Pulp
Collection : L’Embaumeur
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 149
Format (en cm) : 11 x 18
Dépôt légal : mars 2018
ISBN : 9791025103302
Prix : 8,50 €


Les éditions French Pulp sur la Yozone :

- « Les gens sérieux ne se marient pas à Vegas » de Serguei Dounovetz


Hilaire Alrune
11 juin 2018






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