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Moana, tome 2 : Le bateau vagabond
Silène Edgar
Castelmore, roman (France, 2011), post-apocalyptique, 282 pages, mai 2018, 6,90€

Réfugiée à Girolata en Corse, le terme de son voyage épique relaté dans « La saveur des figues », Moana retrouve avec plaisir ses deux amis Pierre et Chris à la fin de l’hiver. Elle les suit dans leur tournée de village en village pour prêter des livres interdits et projeter des films, activité tout aussi illégale en ces temps nouveaux sous la coupe du pouvoir central de Pondichéry.
Dénoncés, les trois sont arrêtés et emprisonnés. Alors que Moana souffre et désespère de la situation, un soulèvement populaire permet leur libération et un souffle d’émancipation balaye la Corse. Ses habitants ne supportent plus d’être sous le joug de Pondichéry. Arrière-petite-fille du capitaine Paul, Moana est devenue le symbole de cette lutte et pour la mettre en sécurité, elle quitte l’île à bord de l’Argo, un bateau indépendant qui sillonne les mers. Chris, Pierre et Alessandro embarquent avec elle pour un grand voyage.



Suite directe de « La saveur des figues », il est conseillée d’avoir lu le premier tome de la trilogie pour apprécier pleinement « Le bateau vagabond ». Alors que la révolte se résumait auparavant à le personne de Moana qui ne voulait pas d’un mariage arrangé pour ses douze ans ni devoir enfanter à tour de bras, le mouvement s’avère bien plus important dans ce volume central. Les Corses acceptaient déjà mal la situation, alors quand les forces de l’ordre les privent des projections de Chris et que Moana qui a traversé tant d’épreuves finit aussi en prison, la pression atteint le point de rupture et ils se soulèvent pour montrer que ce ne sont pas des moutons que l’on peut mener à la baguette. C’est finalement le point de départ d’un soulèvement contre l’ordre établi, car il va servir d’exemple aux autres communautés n’osant aller contre les volontés de Pondichéry, les tenant par la nourriture.

Toute une société de l’ombre se dévoile au fil du récit et l’Argos qui sillonne impunément les mers sert d’intermédiaire entre ces groupes humains refusant le diktat indien. Fort justement, Silène Edgar rappelle ce qu’il en est dès la troisième page : « Mariage imposé, obligation d’avoir de quatre à sept enfants par couple, interdiction de lire autre chose que les ouvrages autorisés, de pratiquer les traditions anciennes et de parler la langue régionale et, surtout, envoi des personnes âgées, jugées inutiles, dans les maison du souvenir où elles finissent par être éliminées. »
Voilà ce qui est prôné en ce Nouveau Temps pour soit-disant permettre un nouveau départ à l’humanité après la catastrophe qui l’a décimée. Il est clair que c’est la même humanité qui a provoqué sa fin avec le dérèglement climatique. Au fil du récit, l’auteure montre que Pondichéry n’a pas forcément retenu la leçon et poursuit même dans son aveuglement en reproduisant les erreurs du passé. D’ailleurs qui sont-ils à la tête de cet ordre nouveau ? Personne ne semble le savoir, mais l’heure a sonné de contrecarrer leur plan qui ne peut mener qu’à une autre catastrophe.
Dans « Le bateau vagabond », Silène Edgar n’est pas sans évoquer l’écologie avec une culture raisonnée et l’utilisation des énergies renouvelables, exploitables sans danger, contrairement à certaines qui refont surface contre toute logique.
Bien des points sont abordés de la sorte, afin de faire réfléchir les lecteurs sur notre société actuelle. Bien sûr, l’ouvrage s’adresse avant tout à un jeune public (à partir de 12 ans), ce qui autorise des facilités scénaristiques qu’un adulte acceptera moins facilement. L’Argo voyage à travers des mers dangereuses comme si de rien n’était, ne semblant pas avoir besoin de ravitailler, en-dehors des vivres pour l’équipage. Aucune difficulté n’apparaît insurmontable... Pour autant, le discours se veut mâture et les drames ne sont pas exempts du récit qui fait aussi la part belle aux sentiments. Cet aspect ne manquera pas d’éveiller l’intérêt des ados qui s’identifieront sans peine à Moana, toujours tout feu tout flamme et qui entraîne tout le monde dans son sillage.

Avec « Le bateau vagabond », « Moana » prend une autre dimension. La révolte gronde, elle s’étend à travers les communautés qui n’acceptent plus la mainmise d’un régime totalitaire à qui il faut obéir aveuglément. Le symbole de cette lutte n’est autre qu’une adolescente qui, au contact d’adultes responsables, grandit et apprend que la vie est constituée de choix, d’épreuves, de joies... Silène Edgar livre une fresque attrayante et intelligente par son propos général en appelant à la responsabilité de chacun.
Vivement le dernier tome qui s’avère prometteur au vu des deux premiers.
Une série jeunesse que je conseille vivement !


Titre : Le bateau vagabond
Auteur : Silène Edgar
Série : Moana, tome 2
Couverture : Annie Carbo (illustration) et Adèle Silly (création)
Éditeur : Castelmore (Première édition : Éditions du Jasmin, 2011)
Site Internet : fiche du roman
Pages : 282
Format (en cm) : 17,8 x 11
Dépôt légal : mai 2018
ISBN : 9782362313127
Prix : 6,90€


Silène Edgar sur la Yozone :
- Moana, tome 1 : La saveur des figues

Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
26 mai 2018






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