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Solaris n°206
L’anthologie permanente des littératures de l’imaginaire
Revue, n°206, science-fiction / fantastique / fantasy, nouvelles – articles – critiques, printemps 2018, 160 pages, 12,95$ CAD

Tomislav Tikulin, Marc Pageau, Bernard Duchesne et Suzanne Morel : ce ne sont pas les auteurs au sommaire, mais les illustrateurs de ce numéro. Tomislav Tikulin signe la couverture, un vaisseau spatial en perdition. À la vue de ses nombreuses contributions pour des romans et des revues, je ne peux m’empêcher de penser à chaque fois à un autre artiste : Christopher Foss.
Toutes les nouvelles sont illustrées soit par Marc Pageau, soit par Bernard Duchesne, bien connu des lecteurs de la regrettée revue « Alibis », et l’article de Mario Tessier l’est par Suzanne Morel.
Leur beau travail mérite d’être souligné.



Après lecture du contenu, je me suis fait la réflexion que l’intérêt montait crescendo avec les pages. Pour moi, chaque nouvelle surpasse la précédente jusqu’à la brillante “Celui qui parle aux morts” de Christian Léourier.

Raven Blood oscille entre le passé, sa relation avec Damon, et le présent avec un fan envahissant. L’écriture de Martine Bourque m’a pour le moins déstabilisée, elle va bien avec la personnage centrale, mais n’est pas facile à suivre pour un non Québécois. Résultat : j’ai eu du mal à suivre et donc à tout saisir. Pourtant, il me reste de “Fétiches funèbres” de belles images.

Dave Côté raconte un improbable voyage en métro, quand ce dernier ne s’arrête plus, faute d’arrêts. Les passagers s’inquiètent jusqu’à ce que l’un d’eux tire l’arrêt d’urgence. “Ma station de métro” intrigue, car le lecteur se demande où l’auteur désire l’amener. On sent qu’il y a du vécu et l’auteur évoque des craintes que chaque personne doit éprouver en montant dans une rame de métro. Destination inconnue et mystérieuse, voilà qui ne risque pas de rassurer. Il ne m’en reste pas moins un sentiment d’ensemble mitigé.

Dans “L’odeur de tes racines”, Josée Lepire prend les lecteurs à témoin, elle s’adresse à eux en utilisant du « tu ». Une équipe opérant des fouilles sur une planète est soudain évacuée manu militari, abandonnant tout derrière elle. Avec ce cadre science-fictif, elle évoque l’importance des racines, cette petite part que chacun emporte en partant de chez lui et qui lui rappelle toujours d’où il vient. Son procédé narratif fonctionne très bien et ce texte s’avère très prenant avec son petit côté nostalgique.

La guerre nucléaire a frappé et Hana née avec une seule jambe survit difficilement. Dans la zone contaminée, elle cartographie les cavernes mortelles, non à cause des radiations mais d’une variété de champignons toxiques y proliférant. Quand une grande société l’embauche pour faire ce travail, elle sent qu’il y a anguille sous roche, mais ne peut refuser.
Karine Raymond dresse très bien le cadre de la nouvelle et “Pendant l’hiver” accroche très vite le lecteur. Malgré son handicap, Hana s’avère forte, elle lutte à sa manière contre la folie des anciens, peinant à assurer sa subsistance. Un beau personnage, un contexte bien rendu, une intrigue fouillée... une belle nouvelle.

La palme revient à “Celui qui parle aux morts” de Christian Léourier. Abandonné sur un îlot pendant l’hiver, Helgin survit contre toute attente. Les siens sont alors bien obligés de le ramener au village, d’autant qu’il semble investi d’une mission. Fort de pouvoir converser avec les morts, il se dresse face aux Parleurs, ces vieux fous qui tirent leur pouvoir des traditions. Un nouveau monde est en marche...
Alors que l’on imagine le texte se déroulant dans des temps anciens, il n’en est rien. Resté seul, Helgin a fait une découverte et a choisi la voie du changement, mais est-ce que tous peuvent l’accepter ? Avec ses habitudes, la tradition n’apporte-elle pas un effet apaisant, dans lequel chacun se retrouve ? Une fois de plus, Christian Léourier séduit par son imaginaire, le lire s’apparente à une expérience enrichissante. Un très grand auteur à redécouvrir !

Et puis, Mario Tessier traite de “L’archéologie spatiale, ou la recherche des technofossiles”. À chaque fois, il surprend avec ses sujets inattendus mais ô combien prenants, car il sait communiquer son enthousiasme. L’espace proche regorge d’objets que l’homme a cru bon d’y envoyer. Il est étonnant de voir que certains satellites ont fonctionné bien peu de temps, alors que sur leur orbite, ils vont tourner des milliers d’années autour de la Terre, encombrant le ciel dont il faut tenir un inventaire précis. De même, la NASA a fait bien peu de cas de nombre d’objets comme les bandes enregistrées à l’époque des missions et irrémédiablement perdues.
Comme d’habitude, une mine d’informations !

Les chroniques d’ouvrages sont très fouillées, ce qui entraîne forcément des recensions longues et en limite le nombre.

Un numéro 206 de « Solaris » dont la qualité monte crescendo au fil des nouvelles. Un beau travail d’ensemble.


Titre : Solaris
Numéro : 206
Direction littéraire : Jean Pettigrew, Pascale Raud, Daniel Sernine et Élisabeth Vonarburg
Couverture : Tomislav Tikulin
Type : revue
Genres : nouvelles, articles, critiques
Site Internet : Solaris ; numéro 206
Période : printemps 2018
Périodicité : trimestrielle
ISSN : 0709-8863
Dimensions (en cm) : 13,2 x 20,9
Pages : 160
Prix : 12,95 $ CAD



Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
16 mai 2018


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