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Shadow Magic, tome 2 : Dream Magic
Joshua Khan
Seuil, Jeunesse, roman traduit de l’anglais (Grande-Bretagne), 445 pages, mars 2018, 19,90€

La guerre a repris entre le Sultan du Feu et les Solaire. A Géhenne, le pouvoir de Lilith Ombreuse est encore faible. Elle poursuit son apprentissage de la magie avec son défunt père, mais ses derniers exploits ont ébranlé le royaume, réveillant de nombreux défunts auxquels, eh bien, il faut faire une place.
Plus inquiétant, Tyburn a disparu. Partis à sa recherche, Ronce et Wade découvrent une ferme isolée apparemment attaquée par les trolls. Si les clans s’unissent pour attaquer Géhenne... Mais quelque chose cloche aux yeux de Ronce, sans qu’il mette le doigt dessus.
Les choses se gâtent lorsque des araignées de cristal sortent des cadavres récents, tandis que les saltimbanques venus égayer le château pour la visite du prince Typhon cachent des choses : ce magicien de foire, bossu, boiteux et au visage brûlé parvient à s’infiltrer dans la bibliothèque et à voler la clé Squelette de Lily, avant de semer une belle pagaille, contraignant l’héritière Ombreuse à user de magie au grand jour.
Alors que les menaces de guerre pèsent, que son autorité est affaiblie y compris auprès de son peuple, Lily se lance sur les route, à la recherche de quelques réponses au sujet de ses ancêtres.



Si « Shadow Magic » vous avait envoûté, avec son ambiance burtonienne, le ton de ses deux jeunes héros et leurs aventures trépidantes, « Dream Magic » comblera nombre de vos attentes. Ce second tome met la barre un peu plus haut en termes d’effets spéciaux, et les acrobaties sur le dos (ou pas) d’Hadès seront plus vertigineuses. Tout y est « plus » : plus de zombies, plus de trolls, plus de magie.

N’en disons pas plus sur l’histoire, au risque de gâcher certaines surprises, pour se concentrer sur les points forts du fond. Joshua Khan poursuit sur le thème du droit des femmes, avec une héroïne qui devra redoubler d’efforts pour affirmer son pouvoir de jeune reine. Les autres personnages féminins, Dott, Mary, sont aussi primordiaux : Dott, jeune trolle égarée à Géhenne, sert de suivante à Lily, voire de garde du corps, mais ce qui fait la force de Dott est aussi ce qui empêche son intégration. Aux yeux de beaucoup, elle demeure un monstre, l’ennemi ancestral.

La filiation est au cœur de ce second tome. Si la famille de Ronce doit le rejoindre, et malgré sa longue absence, plus que jamais Tyburn se repose sur le jeune archer, et se prépare à lui transmettre sa très lourde charge de maitre espion et assassin. Ronce, malgré ses échecs et ses doutes, marche déjà dans ses pas, et sa loyauté envers Lily, teinté certes d’autres sentiments, est sa plus grande qualité pour ce poste.
Le vol de la Clé Squelette coupe Lily de son père spectral, à son grand dam, car au-delà des leçons de magie ils pouvaient passer du temps ensemble. Mais la raison de ce vol pourrait être liée à la jeunesse d’Iblis. Lily va donc devoir en apprendre plus sur son père, par d’autres biais.
Enfin, la question des zombies est très intéressante : si des familles sont ennuyées de devoir accueillir des défunts qu’on croyait définitivement morts, d’autres, brisées par la perte, sont « heureuses » de se retrouver. Ainsi d’une mère et ses deux enfants que Ronce prend en charge, la jeune veuve s’aveuglant de l’état de son époux retrouvé, l’écoutant pas les mises en garde de Ronce sur son aspect ou ses facultés diminuées, à commencer par sa mémoire. L’auteur aborde la difficulté du deuil avec beaucoup de sensibilité.
Signalons aussi le personnage de Wade, l’aîné des écuyers, et bâtard du baron Sable : cette révélation éclairera Ronce sur l’attitude de son ami et lui donnera à réfléchir sur les codes d’une société à laquelle il est encore étranger.

Les lecteurs les plus malins devineront vite les ressorts de l’intrigue de « Dream Magic », l’identité du voleur et ses moyens d’action. Plus vite que Ronce, mais lui est secoué d’un bout à l’autre de cette histoire. La trame est de facture classique mais agencée avec talent, et narrée tout autant, alternant moments inquiétants et trépidants, dangers individuels (Ronce est encore victime de brimades...) et collectifs (les araignées, les trolls...). Gabriel Solaire est encore dans les pattes des héros, incarnant avec le plus parfait ridicule l’opposé de l’idéal chevaleresque. Exit nos quelques espoirs d’un peu de maturité chez lui, et la façon dont il traite son fou, pire qu’un animal, sans s’en rendre compte, sera révoltante - mais historiquement hélas très réaliste. Mais le personnage révèle une bonne surprise, que là encore les plus attentifs sauront déceler. Pour les autres - moi compris - le choc sera aussi brutal que délectable. Comme tout le roman, en fait.

« Dream Magic » a toute les qualités d’un bon roman pour ados (mais pas que). Trépidant, passionnant, toujours légèrement surprenant, il enchaîne les scènes immédiatement visualisables, et on se fait sans aucun mal son film dans sa tête. En rêvant de le voir peut-être un jour sur grand écran. La narration nous faire faire des bons émotionnels sans le moindre répit. Bref, c’est un livre qu’on a pas envie de poser tant qu’on ne l’a pas terminé ! On en apprécie d’autant plus qu’il soit un peu plus épais que son prédécesseur.
La couverture de Ben Hibon, moins sombre que la précédente, mieux composée, est une invitation immédiate à un voyage onirique un peu flippant, l’arachnophobie à peine atténuée par le côté bijou des immondes bestioles octopodes.

Excellente nouvelle pour finir, la sortie française de « Dream Magic » correspond à la parution du tome 3, « Burning Magic », en VO. On pourra donc espérer lire la suite avant la fin de l’année...


Titre : Dream Magic (Dream Magic, 2017)
Série : Shadow Magic, tome 2
Auteur : Joshua Khan
Traduction de l’anglais (GB) : Amélie Sarn
Couverture : Ben Hibon
Éditeur : Seuil
Collection : Jeunesse
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 445
Format (en cm) :
Dépôt légal : mars 2018
ISBN : 9791023507294
Prix : 19,90 €



Nicolas Soffray
11 avril 2018






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