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Gandahar n°11 - Cauchemars
Une publication de l’association Gandahar
Revue, n°11, SF - fantasy - fantastique, nouvelles, février 2018, 132 pages, 8€

Abordant les rives du cauchemar, ce numéro 11 de la revue « Gandahar » permet de découvrir, ou de redécouvrir, quelques gloires anciennes de la littérature fantastique française.



« Gandahar » se démarque de ses confrères en alternant des numéros qui accueillent tour à tour des auteurs de SFFF contemporains et des écrivains plus anciens, souvent injustement oubliés. Ce fut le cas avec les livraisons consacrées à Nathalie Henneberg et Robert F Young. Ici, sous une magnifique couverture qui reproduit un tableau du peintre Johann Heinrich Füssli, « Gandahar » nous propose des textes d’auteurs aussi différents que Christine Renard, Jean-Louis Bouquet, Maurice Renard ou encore Nathalie Henneberg et Gaston Leroux, pour ne citer que les plus connus. Cette revue permet donc à de nouveaux talents de s’épanouir, tout en valorisant notre patrimoine littéraire fantastique. C’est assez unique pour être souligné. En parcourant ce numéro, je me disais : mais qui lit encore Gaston Leroux, Maurice Renard et tutti quanti ? Bien peu de gens je le crains ; aussi l’effort ici fourni n’en est-il que plus méritoire.

Christine Renard ouvre le bal avec “Miroir, miroir...”, un texte cristallin, c’est à dire délicat, subtil mais néanmoins féroce. Une histoire de jalousie et de vengeance post-mortem qui, au-delà de sa dimension fantastique brocarde avec justesse une certaine société bourgeoise, un rien parvenue, où la femme n’est qu’un faire-valoir, un objet précieux que l’on exhibe à défaut de l’aimer. Cette situation n’est pas ouvertement dénoncée, mais cette peinture d’une certaine condition féminine n’en est pas moins une critique inscrite en filigrane au fil de ces pages envoûtantes. Christine Renard est présentée comme ayant été LA grande dame de la SF française. Assurément, elle fut une grande dame et son œuvre mérite d’être tirée de l’oubli dans lequel elle a sombré.

Claude Farrère, académicien, ne dédaigna pas le fantastique, et “Le train 1815” est un petit bijou de texte insolite qui permet bien des extrapolations. Ici, deux voyageurs étranges embarquent dans un train qui ne parviendra jamais à destination. Qui sont-ils ? Qu’est devenu le convoi ? Toutes les hypothèses sont possibles et stimulent l’imagination du lecteur.

Relevant davantage du policier que du fantastique, le court conte de Marcel Schwob, “L’homme voilé” est efficace et prenant. Là aussi l’action a pour cadre un train, univers rêvé pour toutes les aventures et les surprises qui peuvent émailler un voyage.

Henri Montocchio nous offre avec “La chambre au portrait” une classique et très réussie histoire d’amour qui se noue dans les méandres du temps. Là encore, la description d’une certaine société aristocratique, frivole, vient relever par sa justesse l’intérêt de cette courte nouvelle.

Avec “Des ailes dans la nuit” de Nathalie Henneberg, les rédacteurs de « Gandahar » nous proposent un chef-d’œuvre absolu, un des plus beaux textes du fantastique français de tous les temps. Je laisse la parole au regretté Alain Dorémieux qui, en exergue de cette longue nouvelle, lors de sa première parution dans « Fiction » en 1962, écrivait : « On ne présente pas un tel récit. Comme à tout ce qui brûle, on y touche avec des pincettes... Disons que Nathalie Henneberg a voulu, délaissant la science-fiction, écrire une histoire purement fantastique. Que cette histoire, elle l’a volontairement choisie traditionnelle de thème (des fantômes, un château perdu...) Qu’elle a désiré y recréer les brumes d’une certaine littérature polonaise dont son enfance a été imprégnée. Et que sur ces bases, dans la voie de la poésie, de l’horreur, de l’expressionnisme halluciné, elle est allée... très loin. »

Dans un autre registre, Maurice Renard évoque, avec “La cantatrice”, une mystérieuse diva qui enchante l’opéra de Monte-Carlo par ses trilles. Seulement, cette merveilleuse chanteuse ne se montre pas, ou de loin. Elle semble handicapée, soutenue par des béquilles et chapeautée par un étrange manager, brutal et avide. Mais pourquoi ce couple étrange refuse-t-il toute représentation en dehors des villes du littoral méditerranéen ? Superbement écrit, le lecteur est happé par ce texte dont la fin, que l’on croirait prévisible, est tout à fait surprenante.

“La salamandre vampire” de Léon Bloy est une curiosité et rappelle l’état d’esprit des Français au terme de la désastreuse guerre de 1870. On lira donc ce texte avec un certain recul, puisqu’il ne dépeint pas (c’est le moins que l’on puisse dire) nos vainqueurs d’alors avec objectivité.

“L’homme qui a vu le diable” de Gaston Leroux est une nouvelle qui démontre – si cela était nécessaire - combien cet écrivain savait raconter une histoire et tenir le lecteur en haleine. Jadis le Club du Livre d’Anticipation réédita deux de ses romans fantastiques, « La poupée sanglante » et « La machine à assassiner », des textes majeurs à redécouvrir d’urgence. Ici, quatre amis se réfugient dans une demeure habitée par un vieil homme au lourd secret. Les ingrédients de cette histoire sont ultra-classiques, mais pétris par Gaston Leroux, ils donnent un texte envoûtant, palpitant et enlevé.

Enfin, clôturant ce numéro, “Les pénitentes de la Merci” de Jean Louis Bouquet est un texte au fantastique feutré qui nous laisse entrevoir l’envers du miroir, la réalité cachée derrière l’apparence hiératique renvoyée par un illustre professeur. Cette nouvelle au rythme lent, qui use d’un vocabulaire précieux, peu courant, est un très bel exercice de style. La noblesse et l’élévation d’esprit que l’auteur attribue à son personnage principal dissimulent un comportement secret aux agissements sordides, qui découlent d’une erreur passée et funeste. L’expiation de cette faute passe par le sacrifice. Une nouvelle d’une grande sophistication, à déguster à petites gorgées, comme un alcool fin.

Ce numéro de « Gandahar », entièrement consacré au fantastique est tout simplement... fantastique ! Cette revue affirme au fil de ses livraisons un ton original. Elle propose dans ses pages de belles illustrations qui viennent agrémenter un ensemble impeccablement imprimé. Mon seul regret concerne l’absence d’une partie magazine, mais on ne peut pas tout avoir !


Titre : Gandahar
Numéro : 11 - Cauchemars
Directeur de publication : Jean-Pierre Fontana
Rédactrice en chef : Christine Brignon
Couverture : Johann Heinrich Füssli
Type : revue
Genre : Science-fiction, fantasy, fantastique
Site Internet : l’association Gandahar ; Sa page facebook
Dépôt légal : février 2018
Périodicité : trimestrielle
ISSN : 2418-2052
Dimensions (en cm) : 16 x 24
Pages : 132
Prix : 8 €



Didier Reboussin
16 mars 2018






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