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Vie est un millefeuille à la vanille (La)
Lars Alva johansson
Fleuve, traduit du suédois, conte feelgood-fantasy, 411 pages, novembre 2017, 19,90€

Un illusionniste raté qui mène sur de petites scènes une existence misérable. Confronté à de la véritable magie, comment pourrait-il bien s’en sortir, lui qui n’est déjà pas capable de tirer son épingle du jeu dans le monde réel ?



Il fête ses quarante-cinq ans, il est magicien professionnel. De seconde zone, à la manière de ces stars de la chanson dont la gloire est passée, et qui se retrouvent à faire la tournée des scènes minuscules, des salles des fêtes, des centres commerciaux ou des maisons de retraite, Avec cependant une différence : la gloire, lui, il ne l’a jamais connue, et il ne la connaîtra jamais. Un constat d’autant plus amer que Sebastian, l’ami avec qui il a commencé à se produire, brûle partout les planches et rencontre le succès.

« Il pouvait bel et bien se produire des choses étranges et presque incompréhensibles sans intervention surnaturelle. Les risques étaient plus grands qu’une tasse de café se détache de son anse à cause de fêlures dans la porcelaine plutôt que par l’action d’un elfe. »

Les ennuis, les déconvenues, les coïncidences malheureuses, Anton connaît. Un jour où il a déjà eu son lot d’ennuis, il percute sur la route un canapé Chesterfield, erre à travers la forêt, refuse d’aider un enfant qui cueille des fleurs, trouve refuge chez un couple de vieillards particulièrement amicaux. Mais Gunnar et Greta lui expliquent qu’il a franchi une ligne invisible et est entré dans une portion de forêt régie par la magie. Et que le fait d’avoir refusé de rendre service à une enfant qui était en réalité une elfe le condamne à un triste avenir, à moins qu’il ne réussisse plusieurs épreuves pour conjurer le sort.

« Ça vous protégera un peu contre les esprits malins et les malédictions. Ce n’est pas une protection totale, mais c’est mieux que rien. Attention, ce n’est pas un remède. Vous resterez marqué du sceau de la mort, et vous continuerez à avoir des malheurs, alors soyez prudent.  »

Voilà donc Anton embarqué dans une aventure des plus bizarres, à cheval entre un monde réel qui ne lui a jamais vraiment souri et un monde dans lequel l’attendent des évènements inattendus. Des roulottes qui se déplacent toutes seules la nuit. Un chat qui, lorsqu’il pose la tête dans votre paume, fait naître en vous des voix étranges. Un lac éternellement gelé, même au plus fort de l’été. Amadouer une sorcière, déplacer un sentier, résoudre un problème de maison hantée, essayer de capturer un revenant dans une vieille casserole, voilà quelques-unes des tâches dont le pauvre Anton devra venir à bout. Sans compter que, monde magique ou pas, ce sont sans cesse de nouvelles déconvenues qui l’attendent.

« La ligne faite de sel, d’argenterie et de caractères runiques censée vous protéger, vous qui êtes de l’extérieur, existe surtout pour vos beaux yeux. En vérité, elle est assez dérisoire, mais heureusement les êtres surnaturels de la forêt ne le savent pas. »

Tout comme Anton vacille entre deux mondes, le récit oscille entre des chapitres très prosaïques retraçant la vie d’Anton et expliquant comment il en est arrivé là, et des chapitres relatant un présent peut-être plus féérique, mais qui n’est pas pour autant dépourvu de ces déboires dont le héros a toujours été familier. De fait, ce roman assez gentillet, qui souffre par moments de dialogues tirant un peu à la ligne (même si beaucoup d’entre eux sont assez réussis dans le genre surréaliste) entre à coup sûr dans le registre à la mode de la littérature « feelgood », et trouve surtout sa justification dans son personnage principal : le narrateur semble habité par un sens de l’auto-dérision naturel, qui paraît presque involontaire, et qui fait souvent mouche. Un humour bienvenu qui permettra, comme dans les vrais contes de fées, de terminer sur une « happy end » qui devait bien finir par arriver. Un roman qui ne s’inscrira peut-être pas durablement dans la mémoire mais qui permettra de passer un moment agréable et fera plus d’une fois sourire ses lecteurs.


Titre : Un Millefeuille à la vanille (Den Stora Verklighetsflykten, 2016)
Auteur : Lars Vasa Johansson
Traduction du suédois : Hélène Hervieu
Couverture : Marion Tigréat
Éditeur : Fleuve éditions
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 411
Format (en cm) : 14 x 21
Dépôt légal : novembre 2017
ISBN : 9782265116740
Prix : 19,90 €



Hilaire Alrune
5 mars 2018






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