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Howard P. Lovecraft : celui qui écrivait dans les ténèbres
Alex Nikolavitch, Gervasio, Carlos Aòn et Lara Lee
21g

Deux semaines après la sortie de “Phil, une vie de Philip K. Dick”, les éditions 21g publient une nouvelle bande dessinée biographique sur un écrivain majeur des genres de l’imaginaire, à savoir Howard Philips Lovecraft (20 août 1890 - 15 mars 1937).
Des créatures à ne jamais rencontrer : Cthulhu, Dagon, Shub-Niggurath, Nyarlathotep... Des lieux à éviter : Arkham, Innsmouth, Dunwich... Un livre maudit à ne jamais ouvrir : “Le Necronomicon” de l’arabe fou Abdul al-Hazred et toute une série d’écrits tels “L’affaire Charles Dexter Ward”, “La couleur tombée du ciel”, “Les montagnes hallucinées”... ou encore “Celui qui chuchotait dans les ténèbres”, titre repris et déformé de manière originale pour le présent ouvrage, ont forgé sa réputation en marquant bien des générations de lecteurs et d’écrivains.



À bien y réfléchir, sa vie n’avait rien de trépidante, il est d’ailleurs souvent surnommé le reclus de Providence, sa ville natale qu’il n’a quittée que quelques années pour vivre à New-York où il s’est marié avant de revenir sans le sou chez une tante.
Il a écrit une œuvre horrifique qui a inspiré bon nombre de confrères : Robert Bloch, Frank Belknap Long, Edgar Hoffmann Price... pourtant il n’a jamais eu la renommée qu’il méritait de son vivant, vivant chichement de son peu de revenu et écrivant souvent pour les autres, car ses textes ne trouvaient pas toujours preneurs. Comme le montre très bien la bande dessinée, il se contentait de cette existence, n’essayant même pas de taper ses récits à la machine pour améliorer ses chances. Il se consacrait à son art et... à son importante correspondance. Ses lettres pouvaient dépasser la longueur de ses nouvelles et il entretenait des contacts avec une multitude de correspondants, le scénariste Alex Nikolavitch insistant à juste raison sur celle avec Robert Erwin Howard dont le suicide l’a profondément marqué.
Le scénario fait souvent le parallèle entre ses textes, avec passages à l’appui, et les moments de sa vie où ils ont été écrits. C’est bien fait et donne du liant à l’ensemble.

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Toutefois, si l’œuvre de Lovecraft est remarquable, l’homme l’est moins, car il est connu pour être très raciste. Cette BD aborde surtout en début son antisémitisme, passant ce fait relativement sous silence le restant de l’album, comme si la personnalité de l’écrivain devait s’effacer derrière son œuvre et ne devait rester à l’esprit des lecteurs que son imaginaire. C’est un peu facile et ne saurait excuser les idées détestables d’H. P.. À cet égard, ses contradictions n’en sont que plus frappantes : un de ses grands amis était juif et ils sont beaucoup à se demander s’il le savait. Idem pour sa femme Sonia Greene d’origine juive et ukrainienne qui n’apparaît que furtivement dans l’album.

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L’illustration et la colorisation de “Howard P. Lovecraft : celui qui écrivait dans les ténèbres” ont été confiées à trois jeunes artistes argentins Gervasio, Carlos Aòn et Lara Lee réunis au sein du Studio Haus. Ils parviennent à transposer à l’image les créations de Lovecraft, ce qui n’est pas une mince affaire. Ce dernier affiche un visage taillé à la serpe et, en fin de vie, ses traits sont toujours plus émaciés, la peau perçant sous les os dans une figure de cauchemar. La transformation est impressionnante et le trio dessine aussi tous les auteurs de fantastique / horreur qui ont croisé l’écrivain, ce qui donne une impressionnante galerie de portraits. Le graphisme est vraiment attractif, traduisant notamment bien les expressions de Lovecraft qui était dans son monde, en marge du nôtre, à la lisière d’un succès qui le fuyait de son vivant. La mort prématurée de Houdini l’a peut-être privé de cette reconnaissance du public.

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Transcrire la vie de Lovecraft dans une bande dessinée relevait de la gageure. Qu’y mettre ? L’œuvre doit-elle prendre le pas sur l’homme ? Ou les deux vont-ils de pair ? Alex Nikolavitch a forcément dû faire des choix, édulcorant les zones d’ombres de l’écrivain, privilégiant sa création et sa large correspondance, permettant par là d’offrir un panorama de ce qui se faisait à l’époque. Rehaussé par le graphisme d’un trio d’auteurs, l’ensemble se lit très bien et est très plaisant à parcourir.

En l’espace d’un mois, les éditions 21g auront publié les portraits de deux auteurs majeurs de l’imaginaire, ce qui doit être salué. Y en aura-t-il d’autres ? L’avenir nous le dira...


Howard P. Lovecraft : celui qui écrivait dans les ténèbres
- Scénario : Alex Nikolavitch
- Dessins et couleurs : Gervasio, Carlos Aòn et Lara Lee (Studio Haus - Argentine)
- Éditeur : 21g
- Dépôt légal : 1er février 2018
- Pagination : 112 pages couleurs
- Format : 18 x 27 cm
- ISBN : 9791093111216
- Prix public : 19 €


A lire sur la Yozone :
Phil, une vie de Philip K. Dick


Illustrations © Gervasio, Carlos Aòn et Lara Lee (Studio Haus - Argentine) et 21g (2018)


François Schnebelen
5 février 2018






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