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Curse (The), tome 2 : The Crime
Marie Rutkoski
Lumen, roman (USA), fantasy politico-sentimentale, 534 pages, septembre 2017, 15€

Krestel a donc échangé l’autonomie du Herran (et la vie d’Arin) contre son destin. Désormais fiancée au prince Verex, elle vit au palais impérial, à Val, seule et isolée. L’Empereur, qui dénigre régulièrement son fils, semble voir en elle, la fille de Trajan, son successeur. Mais c’est un renard rompu à la manipulation, et il teste sa fidélité et sa loyauté à la Valorie, ainsi que sa force de caractère. Le moindre faux pas coûte cher, et échapper à sa volonté n’a rien d’aisé. Il fixe le mariage à l’été, et bientôt des délégations de tout l’Empire affluent.
Pour Arin, c’est un piège. Le nouveau gouverneur ne doit pas manquer de respect à l’empereur, mais ses sentiments pour la future princesse sont... mitigés. Compliqués.



Dans ce semestre prénuptial, les intrigues fleurissent. Tensen, le maître-espion d’Arin, approche Krestel dans l’espoir qu’elle puisse servir le Herran. Contrairement à Arin, il a compris le rôle que la jeune femme a joué dans la guerre. Hélas, si Krestel est prête à l’aider, elle sait combien sa position est précaire et l’empereur sans pitié. Elle convient d’un subterfuge avec lui.
Puis Arin débarque et tout bascule. Les rumeurs sur la captivité de Krestel refont surface, la jeune femme elle-même est dans tous ses états, risquant une étreinte aussi brève qu’intense.
Mais rien n’est facile. Parce qu’Arin est un homme, un mâle, un peu épais, qui a besoin de phrases simples. Claires. Dans un palais où tout ne peut être que sous-entendus et suggestions à double sens, il n’est pas à sa place. On tente de l’assassiner, avec la dague que l’empereur a confisquée à Krestel. La goutte d’eau fait déborder le vase lorsqu’il confond les regrets de Krestel qu’il ait été blessé par sa faute avec un rejet physique à cause de la balafre qui lui dévore désormais le visage. Il en vient à la détester. Elle cristallise sa haine des Valoriens.
Gros bêta. Krestel prend tous les risques pour au contraire sauver le Herran, encore, de la rapacité de l’empereur, soufflant un stratagème pour réduire la ponction impériale sur les récoltes. Tout comme elle a soufflé à son père une stratégie sournoise contre Dacra, provoquant des milliers de réfugiés. Au lieu d’autant de morts.
Avec son héroïne, Marie Rutkoski développe deux philosophies antiques. la première est la nécessité de sacrifier quelques-uns, y compris soi-même, pour la survie du plus grand nombre. Son geste à la fin du premier volume, au-delà de sauver la vie d’Arin, permet de mettre fin à la guerre. Son idée d’empoisonner les chevaux de Dacra évite de s’en prendre à la population. La seconde est de préférer un résultat modeste, voire nul, mais l’assurance de jouer le coup suivant, à une manœuvre aussi risquée qu’irrémédiable. On y retrouve des dilemmes mathématiques et moraux comme celui du prisonnier.
Mais bien évidemment, elle n’est pas la seule à jouer, et les autres ne s’embarrassent pas de tels scrupules. L’empereur le premier. Trajan, général monolithique paralysée par sa conception valorienne de l’honneur, ne vit que pour la guerre, et y a sacrifié sa famille. S’il (se) trouve une raison à cela (léguer un Empire à sa fille), elle cache mal les failles de la société valorienne, et son avidité destructrice.

Après le décor un peu campagnard de « The Curse », « The Crime » nous enclot dans les ors du palais impérial. Un palais décoré des prises de guerre, puisqu’on l’a vu les Valoriens sont plus frustres que leurs ennemis, appréciant les belles choses mais incapables socialement de produire les élites artistiques capables de les fabriquer. Même la couturière de la robe de mariée de Krestel est herranie ! Des salons et jardins où les jeux de cour vont bon train aux couloirs sombres, pour Krestel le danger est omniprésent. Informée par son futur époux, pas si mou que son père le croit, qu’une de ses servantes l’espionne, elle est sur ses gardes. Mais son tempérament rebelle et surtout son refus de se laisser manipuler par l’Empereur la poussent à enquêter sur les dernières paroles d’un espion herrani exécuté sous ses yeux. Avec Tensen, et Arin, elle remonte le fil d’une histoire étrange : les paris vont bon train quant au mariage, mais deux personnes, très proches de l’empereur, ont misé très précisément sur les couleurs de sa robe de mariée, s’assurant un gain très élevé en toute discrétion. Très vite, il devient évident que la fuite d’une telle information ne peut être qu’une récompense accordée par l’Empereur. Mais pour quels services ?

Si l’action est relativement restreinte dans ce second tome, les choix des personnages sont toujours décisifs et lourds de conséquences (que je tairais ici). Dans l’intervalle, on suit avec intensité, parfois longuement, les multiples hypothèses des deux héros. C’est qu’à vivre éloignés l’un de l’autre, à ne pas avoir de réponse claire à leurs sentiments, à ne voir qu’un aspect des actes de l’autre, ça travaille, ça échafaude, ça doute, ça se braque. Si on est « forcément » du côté de Krestel, et qu’elle est un peu plus maligne, on aura souvent envie de coller des baffes à Arin, qui choisit forcément l’interprétation la plus diamétralement opposée à la réalité ! Enfin, miracle, après moult péripéties, la lumière se fera dans son esprit, mais il sera trop tard... D’autres rouages auront tourné, d’autres plans se seront retournés contre leurs auteurs. L’autrice a ciselé les manigances de ses joueurs, et le contrecoup de ses choix revient de pleine face à Krestel.

La conclusion dramatique ne nous laisse qu’une solution : lire rapidement « The Kiss » !


Titre : The Crime (the winner’s crime, 2015)
Série : The curse, tome 2/3
Auteur : Marie Rutkoski
Traduction de l’américain (USA) : Mathilde Monthier (page de titre) ou Kim Nemecsek (4e de couv) ?
Couverture : (identique à l’édition américaine non créditée)
Éditeur : Lumen
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 534
Format (en cm) :
Dépôt légal : 2017
ISBN : 9782371021310
Prix : 15 €



Nicolas Soffray
24 novembre 2018


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