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Gandahar n°10 - Magies et chamanismes
Une publication de l’association Gandahar
Revue, n°10, SF - fantasy - fantastique, nouvelles-article, décembre 2017, 132 pages, 8€

J’attendais beaucoup de ce numéro de « Gandahar » traitant du chamanisme et de la magie. À l’issue de sa lecture, j’en retire un sentiment mitigé. Il me semble que les auteurs – dont certains ont d’ailleurs signé de forts bons textes – n’ont pas véritablement exploité toute la richesse du thème proposé en restant – à quelques exceptions - assez confinés à la seule magie.



Autre regret, l’absence d’un dossier ou d’une étude sur le sujet. En revanche, nous avons droit à des illustrations intérieures, dont certaines sont fort belles.

Juan José Burzi, auteur argentin, avec “Le travail du feu”, a écrit un texte déroutant, énumérant les souffrances qu’éprouve un peintre, préalablement ressenties par son modèle brûlé à plus de 50% dans un incendie. Et cela au fur et à mesure de l’avancement de son œuvre. C’est l’aspect envoûtement qui est ici abordé, d’une manière qui ne m’a guère transporté.

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Sofia Samatar, et même si “Ogres de l’Afrique orientale” n’est pas le meilleur texte que j’ai lu d’elle, force est d’admettre que cette auteure a de la ressource et de l’imagination. L’énumération des incarnations surnaturelles dans cette partie de l’Afrique à laquelle elle se livre est un régal, d’autant que les thèmes du chamanisme et de la magie sont vraiment en arrière-plan.

Julie Conseil avec “Mémoire d’un Toubab” a su faire preuve d’originalité dans cette histoire d’aïeul ayant combattu parmi les tirailleurs sénégalais dans les tranchées de la Somme. Sa vie recèle un secret émouvant que son descendant connaîtra en cherchant à marcher dans ses pas. Joli conte.

“Le saut de l’ange” d’Audrey Lùani verse purement dans la magie en décrivant la lutte contre des esprits malins qui s’incarnent sur Terre pour y répandre le chaos. Le héros de l’histoire cherchera à étouffer cette peste dans l’œuf. L’ensemble se lit bien et est cohérent.

Thierry Bosch livre lui un texte tout à fait convainquant, “Sans l’ombre d’un doute” mettant en scène un sale mec, parvenu, égoïste et méprisant, qui commet l’erreur d’humilier un véritable chaman indien. Celui-ci entend bien lui donner une petite leçon. J’ai beaucoup apprécié la peinture des personnages de cette histoire rondement menée et captivante du début à la fin. Bravo.

Combat de sorcières avec “Hexe” de Noémie Wiorek. Disons-le clairement : je n’ai pas accroché à cette histoire dans laquelle j’ai eu du mal à entrer, Est-ce dû aux tournures de phrases, peut-être trop ampoulées et qui diluent de ce fait l’action ?

Cancereugène (en voilà un drôle de pseudo !) nous livre un texte intéressant, “Le sorcier du Morvan” à la conjonction de plusieurs sujets, ceux du chamanisme et de la magie bien sûr, mais aussi ceux de l’intolérance, du rejet de l’autre, du soupçon qui pèse sur l’étranger et de la résultante de l’ensemble : la bêtise. Ce récit est un peu desservi par une prose verbeuse qui en rend par moment l’accroche malaisée.

“Exstirpator Mali Animi” de Marc Séfaris joue avec l’envoûtement et l’exorcisme. À ces deux aspects que l’on peut prêter à l’exercice de la magie – mais les mages sont-ils des chamans ? Ce point n’est pas abordé... - Marc Séfaris ajoute une dose de vengeance, à la façon du plat qui se mange froid, ce qui au final débouche sur un texte plutôt bien ficelé.

Anthony Boulanger avec “Une autre Trinité” me semble avoir raté son but. L’histoire, malgré quelques trouvailles assez réjouissantes m’a paru confuse. J’ai l’impression qu’elle participe par moments du Simak de « Demain les chiens » avec cette fraternité (?) qui unit mammifères – dont l’homme – et robots. Mais où sont le chamanisme et la magie dans tout cela ?

Marie Angel avec “Ô jeunesse ennemie !” ne m’a pas davantage emballé avec cette histoire alambiquée d’incarnations de la Russie et du froid en plein second conflit mondial. Toute la difficulté d’un texte fantastique est de rendre plausible des choses invraisemblables, et là, malheureusement, c’est l’invraisemblable qui l’emporte.

« Gandahar » reprend du souffle avec “Les Chevaucheurs de vent”, une belle histoire qui se situe quelque part dans une steppe glaciale et mélange avec bonheur rejet de l’injustice et sortilège. Nouvelle signée Émilie Chevallier Moreux, dont c’est apparemment un des premiers textes publiés.

Enfin ce numéro s’achève avec un beau récit de Marine Sivan, “L’appel” qui raconte la traque de « bêtes », issues de l’homme, par un trio qui pense user de magie pour réussir sa chasse. L’ambiance glaciale concourt à mettre en place une atmosphère qui n’est pas sans rappeler celle de « Cauchemar à louer » de Brussolo.

Soigneusement conçu et imprimé, ce numéro de « Gandahar » propose une approche assez classique du thème magie - chamanisme. Il est dommage qu’aucun auteur ne se soit penché sur l’opposition entre les traditions chamaniques et le monde rationnel et les raisons qui font que l’un s’est développé au détriment de l’autre. Cette part de magie ancestrale nous fait-elle défaut aujourd’hui ? Les religions suffisent-elles à remplacer ces vénérables croyances ? Étonnant que ces sujets n’aient pas été abordés.


Titre : Gandahar
Numéro : 10
Directeur de publication : Jean-Pierre Fontana
Rédactrice en chef : Christine Brignon
Couverture : Michel Bassot
Type : revue
Genre : Science-fiction, fantasy, fantastique
Site Internet : l’association Gandahar ; Sa page facebook
Dépôt légal : décembre 2017
Périodicité : trimestrielle
ISSN : 2418-2052
Dimensions (en cm) : 16 x 24
Pages : 132
Prix : 8 €



Didier Reboussin
19 janvier 2018






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