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Palimpseste
Charles Stross
J’ai Lu, science-fiction, novella traduite de l’anglais, réalités alternatives, décembre 2015, 126 pages, 4,90€

Pierce a été recruté par la Stase, cette agence temporelle qui garantit la survie de l’espèce humaine à travers les millions d’années, tant en intervenant chirurgicalement pour l’empêcher de filer droit à la catastrophe qu’en la « réensemenaçant » à d’autres périodes dans un très lointain avenir, une fois le Soleil « rechargé ».
Mais la Stase est une maîtresse cruelle, et la vie hors de toute chronologie est parfois compliquée. Un repère : la Bibliothèque, qui contient toute l’Histoire, la « vraie » est les versions modifiées, réécrites, les fameux Palimpsestes.



Pour rappel culturel, un palimpseste, c’est un parchemin qu’on aura gratté de son contenu original pour pouvoir réécrire dessus. Du recyclage médiéval, avant l’heure, d’un support coûteux à produire. Eh bien il en est de même du Temps, dans cette novella de Charles Stross couronnée du prix Hugo : il ne peut y avoir qu’une seule Histoire, qu’une seule réalité, et pour éviter certaines situations fâcheuses, il convient de parfois réécrire certains passages du passé pour redresser le chemin de l’avenir.

Pierce fait, fera, donc partie des agents employés par la Stase pour opérer. Son champ d’action : les alentours de son temps d’origine, le XXe siècle de l’ère chrétienne, mais pas seulement. Il verra d’autres civilisations, réimplantées sur une Terre revivifiée, y aura même une descendance.

Novella de 125 pages, « Palimpseste » alterne les explications très scientifiques de l’évolution de la Terre, du Soleil et du reste de la galaxie, voire de l’univers, sur des millions d’années, voire plus, avec la carrière de l’agent Pierce, beaucoup plus rythmée. Cette partie scientifique est très intéressante, car sans vulgarisation excessive, Charles Stross nous donne à imaginer, à une échelle tellement différente de la nôtre (et c’est la principale difficulté) la vie de notre planète. Et du coup, la petitesse de nos existence et l’immensité de la tâche de sa Stase.

Stase trop belle pour être vraie, comme va le découvrir Pierce au fil de sa formation. Poussé à se détacher de toute émotion, à adopter cette vision à trèèèèès long terme, Pierce va renâcler, endurer douloureusement les épreuves imposées dans cette intégration (tuer son ancêtre, puis tuer la version antérieure de lui-même), avant de devoir jouer avec les portes temporelles et en subir les effets sur ses proches, quittant sa famille des années, en donnant l’illusion de s’être absenté une seconde... L’auteur torture avec un plaisir évident les principes de temporalité, de paradoxes, grâce à son principe de palimpsestes.
Mais la novella ne se limite pas à une simple exposition de ces principes, elle recèle une véritable intrigue, qui émergera lentement mais sûrement, le temps de nous familiariser avec tous les concepts un peu ardus : la Stase est vérolée, son principe dévoyé, et une rébellion s’est organisée, dans son ombre, mais menacée de Palimpseste si elle venait à être éventée. Mais le jeu du chat et de la souris se joue à la fois dans l’espace et le temps, et Pierce, on s’en doute, en est au cœur, vu l’acharnement de certains à le faire rentrer dans le rang de gré ou de force.

Lecture exigeante mais ô combien satisfaisante pour l’esprit, mêlant à justes doses leçons d’astrophysiques, mésaventures spatio-temporelles et réflexions philosophiques, « Palimpseste » brosse un tableau peu reluisant de l’Homme, créature souvent excessive et sans pitié dans son acharnement à survivre. Pas forcément le texte le plus abordable de Charles Stross, malgré sa brièveté, mais un véritable concentré de ses qualités d’écriture.


Titre : Palimpseste (Palimpsest, 2009)
Auteur : Charles Stross
Traduction de l’anglais (USA) : Florence Dolisi
Couverture : Flamidon
Éditeur : J’ai Lu
Collection : Science-fiction
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 11325
Pages : 126
Format (en cm) : 18 x 11 x 0,8
Dépôt légal : décembre 2015
ISBN : 9782290121726
Prix : 4,90 €

- Prix Hugo de la novella, 2010



Nicolas Soffray
15 janvier 2018






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