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Le cyberespace de l'imaginaire




Noël 2017 à plus de dix euros
Philip K. Dick, Ray Bradbury, Ewen Chardronnet, Tom Hillenbrand, Eric McCormack
Des livres pour tous les goûts

Il y en a pour qui les fins d’années sont dures. Mais cela n’est pas grave : en matière de littérature, il y a moyen de faire plaisir ou de se faire plaisir pour des sommes dérisoires, comme nous le prouvons cette année encore avec notre Noël 2017 à moins de dix euros. Pour ceux qui sont un peu plus argentés, nous donnons ci-après quelques idées, pas forcément ruineuses, mais, nous l’espérons, de belle tenue, et qui devraient intéresser plus d’un.



Un cadeau pour les amateurs de Philip K. Dick

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L’Exégèse de Philip K. Dick, volume 1

Le dossier médical auto-alimenté du seul patient hautement psychiatrique jamais interné dans le monde extérieur – un monde en la réalité duquel il n’aura jamais vraiment cru. Entre démence et génie, entre schizophrénie et inspiration, entre érudition et illumination, Philip K. Dick, au long des sept cents pages de ces carnets, happe, aspire, enferme le lecteur dans l’inextricable labyrinthe de son propre cerveau. Difficile d’accès, sans doute même illisible pour ceux qui n’ont jamais lu l’auteur, cet énorme volume constitue un régal perpétuel et une véritable jubilation pour les amateurs des thématiques dickiennes. Relativement coûteux (près de quarante euros) mais un vrai livre relié, et un contenu qui les vaut largement. Et un cadeau de grande classe pour les mordus de Philip K. Dick. Cerise sur le gâteau, pour ceux qui n’auraient pas été internés après la lecture du premier volume, le tome 2 est disponible depuis peu.

Un cadeau pour les amateurs d’Histoire et de conquête spatiale

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Mojave épiphanie d’Ewen Chardronnet

Entre essai et biographie, les trajectoires météoriques et l’explosion dans les tourmentes de l’histoire d’un petit groupe de savants à l’origine des premières réussites aérospatiales. Centré sur des scientifiques hauts en couleur comme Jack Parsons, Frank Malina et T’sien Hsue-Shen, « Mojave épiphanie » permet de croiser plus d’un personnage depuis lors entré dans la légende, comme Ray Bradbury, Robert Heinlein, Julian Huxley, Wernher von Braun, Ron Hubbard (ici à ses tristes débuts de voleur et d’escroc) ou encore Aleister Crowley. Rien d’étonnant si l’on considère que les « rockeeters » s’intéressaient aussi aux autres sciences, à la littérature, aux arts, à la spiritualité, à la mystique, à la politique. Une époque torturée et confuse, un peu hippie et amour libre, une effervescence intellectuelle continue chez des savants fous dont certains croyaient que la magie ésotérique pouvait fonctionner tout autant que la science, et une époque qui se terminera par bien des désillusions, avec l’avènement de cette grande chasse aux sorcières qui privera l’Amérique d’une part de ses cerveaux et jettera quelques-uns de ses chercheurs les plus brillants dans les poubelles de l’Histoire. Bluffant, par moments incroyable, extraordinairement documenté, soutenu par de riches extraits de lettres, captivant du début à la fin, « Mojave épiphanie » se lit (presque) comme un roman.

Mojave épiphanie aux éditions Inculte

Un cadeau pour les amateurs de Ray Bradbury

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On l’a peu vu sur les tables des libraires, et pourtant cet essai, publié en septembre 2016 par les éditions Antigone 14, méritait que l’on s’y intéresse et mérite tout autant de ne pas être oublié. Comment comprendre l’alchimie qui rend si convaincants les textes de Ray Bradbury ? Comment se sont élaborés ses mondes fantastiques, ses planètes poétiques, ses automnes empreints de magie ? Une série de textes et des souvenirs dans lesquels on retrouve la richesse, la lumière, la poésie, l’enthousiasme et l’humanité du maître, et qui métamorphosent ces anecdotes et ces épisodes en véritables tableaux, en véritables fables. Complété par une liste des publications originales, un index des œuvres citées et des riches notes du traducteur (une vingtaine de pages), « Le Zen dans l’art de l’écriture  », qui manquait à la bibliographie française de Ray Bradbury, constitue une belle initiative de la part des éditions Antigone 14 et devrait intéresser tous les amateurs de cet écrivain à nul autre semblable.

Le lien vers la chronique complète : - « Le Zen dans l’art de l’écriture » par Ray Bradbury

Un cadeau pour les amateurs de noir et de cyber

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Dans un futur très proche, dans une Europe en train de se déliter (dans ce roman écrit en 2014, le Brexit a été très justement anticipé), un récit politique, scientifique et noir où Tom Hillenbrand intègre comme une véritable toile de fond les développements en cours de l’informatique, poursuivant comme naturellement ce mouvement de l’évolution techno-industrielle – les téléphones et ordinateurs devenus part entière de nos existences – auquel nous sommes à chaque instant soumis. Sans jamais créer de hiatus, avec une pleine et entière vraisemblance, « Drone Land  » élargit encore les possibilités offertes par le monde virtuel. Echo singulier de la vague cyberpunk, « Drone Land  » nous confronte d’ores et déjà à ce qui nous attend dans les années à venir. Un techno-thriller remarquable qui mérite une place aux côtés du « Neuromancien » de William Gibson. Une belle publication de la part des éditions Piranha.
Le lien vers la chronique complète : - « Drone Land » par Tom Hillenbrand

Un cadeau pour les amateurs de littérature blanche

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Le Nuage d’obsidienne d’Éric Mc Cormack

Voilà un livre qui emprunte avec richesse à de nombreuses thématiques des littératures de l’imaginaire et que l’on peut offrir sans risque à tout amateur autoproclamé de littérature blanche. Éric McCormack, dont on ne remerciera jamais assez les éditions Christian Bourgois de proposer les œuvres aux lecteurs francophones (« L’Inspection des caveaux », « Motel Paradise », « Mysterium », « Premier régiment de trompettes contre le monstrueux régiment des femmes » ou encore « L’Epouse hollandaise »), offre avec « Le Nuage d’obsidienne  », et à travers l’existence d’un narrateur ballotté à travers le vaste monde, un véritable régal de fables, de bonheurs, de dépits, de trouvailles, de sous-histoires imbriquées, et une fin qui laisse pantois. Un roman qui en donne bien plus que ce que l’on obtient habituellement pour vingt-quatre euros. Malgré des efforts chez « Points », la reprise au format de poche n’a pas permis à cet ouvrage de passer dans nos « Noël 2017 à moins de dix euros »puisqu’il faudra se fendre de dix euros et soixante cents pour l’obtenir. Mais pour un roman qui oscille sans cesse, et brillamment, entre réalisme et imaginaire, et agrémenté pour cette édition d’une préface de Fabrice Colin, ça reste donné.


Hilaire Alrune
5 décembre 2017






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