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Galaxies n°49 (Nouvelle Série)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Revue, n°49, SF - nouvelles - articles - critiques, octobre 2017, 192 pages, 11€

Tout d’abord, la couverture de ce « Galaxies » laisse pensif. Il faut consulter le sommaire pour comprendre qu’elle est en accord avec le dossier Rêve et Science-Fiction de ce numéro. L’illustration de Roxanne Bee n’est pas sans rappeler « Le Petit Prince » et dégage un côté bon enfant laissant la part belle à la rêverie. Comme quoi, il ne faut jamais s’arrêter aux premières impresssions...



En charge du dossier “Rêves et Science-Fiction” : Jean-Pierre Laigle qui signe “Les territoires de la conscience et de l’inconscient onirique explorés par la science-fiction”, un long article sur le sujet, intéressant tout du long et riche en références. Par contre, il est regrettable qu’aucune illustration de couverture ne l’accompagne. Presque trente pages de textes ! Est-ce un problème de place ? Dans ce cas, il aurait été facile de rogner sur les dernières pages de la revue qui ne sont que remplissage : programmations à venir, appel à textes théâtraux, règlements pour les Prix Alain le Bussy et Pépin, rapport d’avancement pour la convention française et européenne Nemo 2018 et des nouvelles du film « La veille » prévu pour l’occasion.
Cela n’entache pas l’intérêt de l’article de Jean-Pierre Laigle complété d’une bibliographie thématique, mais le rend moins plaisant à parcourir.
Deux nouvelles l’enrichissent : “La quête” du Finlandais Risto Isomäki et “Triumvirat” de la Canadienne Michèle Laframboise.
Dans la première, un amnésique consulte le docteur James Hearle, le metteur au point de la machine onirique, afin de retrouver ses souvenirs perdus ainsi que son identité. Il va plonger dans son inconscient à la recherche de son passé. Risto Isomäki n’est pas sans signifier que parfois il vaut mieux ne rien savoir. Un oubli peut se révéler aussi volontaire que fortuit. L’histoire prend une direction pas forcément attendue, beaucoup moins légère et qui met mal à l’aise. Bonne impression finale.
Michèle Laframboise livre un texte étonnant avec un personnage central qui tire la couverture à lui seul. Ayant unifié ses trois niveaux de conscience : le moi, le surmoi et le ça, il ne rêve plus et n’édulcore d’ailleurs pas ses propos en s’adressant aux journalistes. Le contexte a aussi de quoi surprendre, la société est en déliquescence, fruit de la situation géopolitique mondiale actuelle. Pour l’apprécier et en saisir la richesse, il est préférable de lire “Triumvirat” à tête reposée. Plein de détails rendent cette nouvelle très attrayante.
Le dossier s’avère de très bonne tenue.

“Des photos de chats, SVP” de Naomi Kritzer est lauréate du Prix Hugo 2016. Elle parle d’une IA qui garde son existence secrète, car elle connaît les risques. Toutefois, elle ne peut se résoudre à rester inactive et essaie d’aider des gens dans le besoin, surtout quand ces derniers partagent sur la toile des photos de chats, son péché mignon.
Le sujet est traité, non sans humour, de manière légère. L’IA se révèle humaine avec sa passion des chats, mais j’espérais plus pour un prix de ce calibre.

“In google we trust” de Jean-Marc Sire a remporté ex aequo le Prix Alain le Bussy 2017. Le cadre science-fictif s’avère pour le moins très light. Bizarrement lui aussi traite des chats, animaux les plus susceptibles d’éveiller des sentiments chez autrui et surtout de donner envie de visionner des vidéos. Il est difficile de ne pas faire le parallèle avec Youtube et autres publicités interactives, ce qui nuit d’emblée à l’histoire qui n’a pour elle que la bonne résolution d’apporter un petit revenu à ceux qui n’ont rien.
Pour moi,“Triton sur le rivage de sable” de Jean Bury la nouvelle ex aequo est d’un tout autre niveau. Drôle de choix !

Chez Loïc Henry, le Vatican veille toujours jalousement sur son fond de commerce, même s’il faut envoyer un émissaire sur une planète éloignée pour prévenir un événement qui risque de faire vaciller la foi des fidèles. “Vert céladon” se lit avec plaisir, d’autant que le récit élargit le spectre des personnages en cours de route.

Un voyageur du métro se définit comme un homme d’habitudes et quand des choses sortent de la routine, il ne peut s’empêcher de les remarquer et de s’interroger. “Dix-huit heures quarante-deux”, une nouvelle assez étonnante signée Ketty Steward qui reste terre à terre, alors que l’on pouvait imaginer des développements plus science-fictionnels. Laisse tout de même une bonne impression.

Pénitencier virtuel pour Alain Dartevelle dans “En un monde invisible”, une nouvelle ciselée qu’il faut prendre le temps de déguster.

L’écrivain suédois Patrick Centerwall ne s’attarde pas sur l’épidémie qui a décimé la population terrienne, mais sur un groupe de femmes survivantes : “Les gagnantes”. Sont-elles les seules ? Quand un homme arrive, un cas de conscience se pose à elles. Texte habile, car il revient à lancer un chien dans un jeu de quilles. Le questionnement est intéressant : ont-elles un devoir envers l’humanité ?

Patrice Lussian nous offre une séquence pleine de nostalgie. Un homme est passionné par Stella Starman, l’“Héroïne” d’une ancienne série télé qui rythme sa vie, guide ses choix... Agréable incursion dans une société future en recherche de repères disparus, aussi saugrenus soient-ils.

Dans la section rédactionnelle, la rubrique “Musique et SF” s’attarde sur Parmegiani et notamment sur « La création du monde » (1984). Ces articles sont à chaque fois une révélation pour moi, même quand je connais plus ou moins l’artiste. Une très bonne idée que cette série récurrente, comme celle signée “Didier Reboussin” sur les anciens auteurs de la collection Anticipation au Fleuve Noir et consacrée ce bimestre à Peter Randa. Effectivement, la lecture de ses œuvres diffère avec l’âge.
Pierre Stolze nous parle des derniers livres qui ont éveillé sa curiosité. Ludovic Nachury nous entretient des appareils autonomes, ce qui va de la voiture au porte-containers, en passant entre autres par l’aspirateur. Estampillé du chiffre 1, “Innovations” est donc appelé à être reconduit.
Après les “Notes de lectures”, les lecteurs remarqueront que le nouveau chargé de la rubrique “[S]trips” n’est autre que Fabrice Leduc, bien connu des habitués de la Yozone.
On finit sur une note triste avec l’hommage rendu à Georges Pierru (1935-2017) bien connu dans le milieu de la SF.

Un bon numéro de « Galaxies », mais ce qui reste après lecture n’est pas forcément les textes primés, car ce ne sont pas les plus marquants.


Titre : Galaxies Nouvelle Série
Numéro : 49 (91 dans l’ancienne numérotation)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Couverture : Roxanne Bee
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, entretiens...
Site Internet : Galaxies
Dépôt légal : août 2017 (?)
ISSN : 1270-2382
Dimensions (en cm) : 13,8 x 20,9
Pages : 192
Prix : 11€



Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
3 décembre 2017






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