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Bifrost n°88
Rédacteur en Chef : Olivier Girard
Revue, n°88, nouvelles - articles - entretiens - critiques, octobre 2017, 192 pages, 11€

Le dossier de ce numéro 88 est consacré à Greg Egan. Deux réflexions viennent alors à l’esprit : « Enfin ! » et « Tiens donc, il n’y avait pas encore de dossier Egan ? ». En France, Le Bélial’ est le grand défenseur de l’auteur australien durant la dernière décennie avec les publications en trois tomes de l’intégrale raisonnée de ses nouvelles (« Axiomatique », « Radieux » et « Océanique »), du roman « Zendegi », de la novella « Cérès et Vesta », ainsi que de plusieurs textes dans les pages de « Bifrost ». Il n’en est que plus étonnant que cette revue ne s’était pas encore penchée sur ce maître de la SF.
Il faut toutefois se souvenir que l’anthologie « Étoiles Vives 7 » (Le Bélial’, 1999) était consacrée à Greg Egan.



D’ailleurs, une première version de l’article “La fin des certitudes” signé Philippe Boulier y figurait. De plus, la bibliographie alors concoctée par Alain Sprauel a considérablement augmenté durant l’intervalle.
Même si Le Bélial’ alimente régulièrement les lecteurs français en fiction eganienne, Greg Egan n’en a pas moins envoyé bouler l’équipe dès la deuxième question de l’entretien prévu pour ce numéro. En conséquence, un de rares interviews qu’il a concédé est repris ici. Il date de 2011 et a été réalisé par Karen Burnham. Il s’y livre comme peut-être jamais et cette conversation parle aussi bien de physique quantique dans des passages pour le moins ardus que de la politique australienne envers les immigrés. D’ailleurs, Greg Egan s’était impliqué dans cette cause et avait délaissé un temps la SF. Cet échange permet de mieux découvrir cet incontournable auteur de science-fiction dont on ignore l’essentiel : qui est-il ? Son identité reste un mystère, entretenu par l’absence de photo. Son œuvre parle pour lui, elle constitue sa carte de visite.
Philippe Boulier traite des thématiques eganiennes, avant que Quarante-Deux, à savoir Dominique Martel et Helen Herzfeld nous parlent de leur découverte de Greg Egan et comment ils ont permis son arrivée par chez nous. Les deux ont d’ailleurs activement participé à l’intégrale raisonnée. Thomas Day décrypte justement les nouvelles de cette dernière dans un article dédié.
Et l’ensemble des romans traduits et inédits de l’écrivain sont chroniqués. Parmi les inédits figurent notamment la trilogie « Orthogonal » et « Diaspora ». Plusieurs piques sont adressées au rédacteur en chef et directeur de collection Olivier Girard dans l’attente impatiente de la traduction de ce dernier titre.

“La vallée de l’étrange” de Greg Egan date de cette année. Le vieux est mort et, au grand dam, de sa famille, a tout légué à Adam. Ce dernier n’est autre qu’une copie partielle de lui. Lors des funérailles du vieux, Adam est pris à parti par un neveu mais aussi par un inconnu qui ne devrait pourtant pas l’être. La curiosité le pousse à combler les trous : ce que le vieux a voulu effacer de sa mémoire.
L’auteur y revient sur un thème qui lui est cher. Adam peut-il être considéré comme le vieux ? Et si non, quand la copie remplace-t-elle l’original ? Le statut d’un être de synthèse tel Adam est aussi sujet à question. Quelle doit être leur place dans la société ? De nombreuses interrogations qui ne sont pas encore d’actualité mais le seront un jour surgissent du texte. Du Greg Egan pur jus, dont on ne se lasse pas.

Autre nouvelle au sommaire : “La dernière plume” de Matthew Kressel. Écrire à la main, a fortiori un roman, ne se pratique plus. Pourtant un écrivain s’y tient toujours et, avant de mourir de maladie, il se rend sur Ardabaab rédiger son ultime œuvre. La rencontre de Poisson, une jeune fille, lui redonne des forces et l’envie de partager sa passion.
Texte assez étonnant, d’autant plus quand on avance dans l’histoire. En gros, il n’a pas de lecteurs, il imprime lui-même ses livres à l’ancienne pour son seul plaisir. Et pour une dernière, pourquoi écrire une fiction et non ses mémoires ? Bien des détails de la sorte m’ont gêné lors de la lecture et je retiens plus la relation qu’il a liée avec Poisson que le contexte décalé. Sentiment très mitigé.

Roland Lehoucq qui vient de publier « Faire des sciences avec Star Wars » aborde les habitats spatiaux en forme de roue. Dans le cadre, “Paroles... d’illustrateur”, Philippe Caza est interviewé et “Paroles de libraires” revient sur deux anciennes librairies : Azatoth et Temps futurs.

Dans l’éditorial, Olivier Girard évoque le peu de soumissions de nouvelles francophones, contrairement à celle de romans proposés au Bélial’. Résultats : les dossiers ne cessent de prendre de l’embonpoint, la partie nouvelle se réduit et les traductions deviennent majoritaires. Il suffit de regarder le présent sommaire pour s’en convaincre. Même constat pour la liste des textes éligibles au Prix Bifrost 2017 : catégorie Nouvelles francophones, 3 textes dont un de Jean Ray ! et catégorie Nouvelles étrangères, 8 textes.
Ceux qui connaissent « Bifrost » depuis ses débuts se souviendront que ses sommaires étaient alors 100 % francophones. La roue a bien tourné depuis.

Pour savoir pourquoi Greg Egan est grand et tout ce que la science-fiction lui doit, il vous faut lire ce « Bifrost ». Et bien sûr aussi ses écrits.
En attendant « Diaspora » !


Titre : Bifrost
Numéro : 88
Rédacteur en chef : Olivier Girard
Couverture : Gaëlle Marco
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, nouvelles, entretien, etc.
Sites Internet : le numéro 88, la revue (Bifrost) et l’éditeur (Le Bélial’)
Dépôt légal : octobre 2017
ISBN : 9782913039858
Dimensions (en cm) : 14,9 x 21
Pages : 192
Prix : 11€



Pour contacter l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
10 novembre 2017






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