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Héritage mortel de la vouivre (L’)
Jean-Pierre Simon
Corsaire Éditions, roman (France), polar, 288 pages, septembre 2017, 18€

Oxana Ptitsia est une ancienne championne soviétique de natation. Recrutée par les services secrets français, elle se marie avec le Général Loiseau qui, comme sa précédente nation, en fait un sujet d’expériences pour améliorer ses capacités physiques. Ex commandante de nageurs de combat interarmes, à la mort du général elle a épousé Maujard, voyou de Loire et braconnier dans sa jeunesse. Elle détient toujours un dossier rouge sur les opérations de son mari décédé, qui fait bien des envieux mais dont elle ne désire pas se délester.
Une affaire louche vieille de dix ans et alors réglée de manière expéditive par Loiseau lui retombe dessus. Elle va devoir assumer ce triste héritage...



Ce bref résumé ne rend en rien justice à la complexité du personnage. Jean-Pierre Simon en a fait l’héroïne de la série « La vouivre de Loire », dont ce roman constitue le quatrième tome. Les volumes précédents dont un aperçu nous est donné en introduction ont permis aux lecteurs de se familiariser avec celle devenue la vouivre de la Loire par ses capacités aquatiques et sous marines hors normes. Elle aime se baigner dans ce fleuve, faire corps avec lui et en apprécie la caresse.
Fort à propos, l’auteur évoque tout d’abord ce qu’est la Vouivre, avant d’aborder celle qui l’incarne. Une galerie de personnages figure aussi en préambule, ainsi que des remerciements plutôt étonnants, l’auteur citant...les vrais libraires, les bibliothécaires authentiques... Les esprits mal tournés penseront à ceux qui recommandent ses livres et les mettent en avant. Au vu de mon avis, je crains le pire sur mon cas...
Avec tout ça, le récit proprement dit ne démarre que page 25 !

Il me faut avouer n’avoir pas accroché, je n’ai jamais réussi à m’attacher à Oxana, à vibrer à ses exploits ou plus simplement à pénétrer dans cette histoire aux allures de jeux de pistes. Le méchant obéit à une logique tout ce qu’il y a de plus alambiquée pour parvenir à ses fins. En plus, une fois qu’il a croisé le chemin d’Oxana, il n’apparaît guère crédible dans le rôle qui lui est assigné.
Oxana donne l’impression d’une héroïne froide aux capacités hors du commun. Son mari ressemble à une coquille vide sans grand relief et ce n’est pas leur relation évoquée par moments qui l’humanise vraiment. Jean-Pierre Simon peine à lui insuffler le souffle nécessaire pour qu’elle éclabousse de vie, que l’on s’inquiète pour elle.
Pourtant il l’aime son héroïne mais d’une manière distante, froide, inaccessible. Elle me fait penser à une statue descendue de son piédestal. Auparavant elle éveillait l’imagination du spectateur qui la contemple, mais une fois devenue femme, l’intérêt diminue, surtout quand elle n’est en rien la personnification de celle rêvée. Oxana est restée la militaire coincée, étriquée par sa fonction, sans grand relief finalement.
Elle se révèle uniquement dans l’action, comme un retour aux sources. Là où le roman s’avère intéressant, c’est lors du premier théâtre d’opération pour dégager une épave coincée contre un pont. Cette partie est très prenante, Oxana montre son savoir-faire. Hélas, les autres péripéties ne sont pas de la même tenue.

Jean-Pierre Simon est un amoureux de la Loire et cela s’en ressent. Il en fait le terrain de jeu d’Oxana qui pourrait presque être qualifiée d’incarnation du fleuve : magnifique et indomptable. Il la fait parcourir aux lecteurs, livre des petites histoires dessus à la manière d’un guide, critique ce qui la dénature... Il n’est guère étonnant qu’un bateau touristique ou qu’une centrale nucléaire sur ses rives soient transformés en cibles.

« L’héritage mortel de la vouivre » est centrée autour d’Oxana, une femme aux capacités augmentées mais qui peine à emporter l’adhésion par son manque de relief, mais aussi autour du fleuve, la Loire que Jean-Pierre Simon apprécie particulièrement. Cet amour pour ce majestueux cours d’eau se ressent au fil des pages, mais il ne suffit pas à compenser la faiblesse d’une histoire tortueuse comme le cours d’eau. L’ensemble se veut trop sérieux, il manque une touche de dérision qui l’aurait placé dans un registre plus léger.

Chez le même éditeur, Robert Reumont met en scène une autre femme de caractère, Wyvine, dans la série « In Vino Veritas ». Même augmentée et d’une force surhumaine, Oxana souffre de la comparaison.


Titre : L’héritage mortel de la vouivre
Série : La Vouivre de Loire, tome 4
Auteur : Jean-Pierre Simon
Couverture : aquarelle de Dominique Mantel
Éditeur : Corsaire Éditions
Site Internet : Roman (site éditeur) 
Pages : 288
Format (en cm) : 13 x 21
Dépôt légal : septembre 2017
ISBN : 9782368000939
Prix : 18 €


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
25 octobre 2017






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