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Solaris n°203
L’anthologie permanente des littératures de l’imaginaire
Revue, n°203, science-fiction / fantastique / fantasy, nouvelles – articles – critiques, été 2017, 160 pages, 12,95$ CAD

Andréa Renaud-Simard a remporté le Prix Solaris 2017. “Les tisseurs” se déroule en deux parties. D’abord les lecteurs découvrent une île où les habitants et les araignées cohabitent. Les hommes subsistent en vendant aux gens de la ville les habits tissés à partir des fils arachnéens. Il s’agit rien de moins que d’exploitation, ce que veut changer un jeune homme. En seconde partie, les effets de son action en sont révélés.
La dichotomie centrale s’avère assez déstabilisante, elle rompt un peu la continuité de la nouvelle. L’idée directrice n’en est pas moins séduisante, évoquant la symbiose homme-mygale qui se ressent en portant ces habits si spéciaux.



Autres prix, ceux de l’écriture sur place lors du congrès Boréal 2017. Catégorie auteurs montants, c’est Pierre-Alexandre Bonin, bien connu pour la qualité de ses articles, qui l’a emporté. Dans “Troll de vie”, en commettant l’erreur de passer sous un pont, un homme rencontre un troll qui lui raconte sa vie avant de l’occire. La nostalgie des temps passés se dégage de ce texte bien tourné.
Catégorie auteurs pros, Dave Côté assure un peu le minimum. Le titre “Un pont dont vous êtes le troll” révèle la teneur de la suite, jouant sur le registre du livre dont vous êtes le héros. Décevant pour le moins.
Il faut toutefois rappeler les modalités de ce concours : les participants avaient une heure pour écrire un texte sur le thème, cette année, de L’eau sous les ponts. Autant dire que l’exercice est difficile et qu’il est méritoire d’accoucher d’un récit publiable comme ces deux-là. Il est aussi amusant de constater que les deux auteurs ont pensé aux trolls.

Une fois de plus, Michèle Laframboise livre un texte magnifique emportant les lecteurs. La mort n’est plus une fatalité, mais la quasi immortalité se révèle d’un grand ennui. Aussi les petzis ont-il été inventés. Il s’agit en quelque sorte de compagnons familiers pouvant prendre au départ n’importe quel aspect. Par contre, ceux-ci ont une durée de vie limitée, autour de 80 ans, ce qui rappelle à leurs possesseurs la fragilité de la vie. Chaque perte d’un petzi est une épreuve difficile à surmonter.
“Petzis” est empreint de sensibilité, le lecteur se prend d’affection pour ces créations si réelles et si importantes et ne peut qu’être révolté par la fin. Cette nouvelle nous fait passer par de nombreux sentiments, elle nous fait réagir aussi bien sur la prolongation de la vie et ce qui en découle, que par le rôle des petzis, béquilles psychologiques mais aussi talons d’Achille des humains. La plume de Michèle Laframboise séduit toujours autant.

“Fragments d’enfer” de Michel Lamontagne est un ensemble de short-stories plus ou moins courtes. En lisant tout à la suite, le lecteur peut éprouver du mal à saisir ce qu’il lit vraiment, car il saute d’une historiette à l’autre, sans qu’elles soient forcément marquantes. Il en reste un sentiment de fouillis et une fois ces fragments achevés, je suis bien en peine d’en résumer un seul. La forme ne m’a pas du tout convaincu.

“Fardeaux” évoque une vendetta. Suite à la mort d’un père, le plus jeune fils est désigné pour le venger. Sébastien Chartrand livre là un texte fort, prenant racine dans la fantasy. L’histoire se révèle passionnante, montrant ce que le personnage éprouve en n’étant qu’une marionnette exécutrice de la vindicte. D’une belle richesse et dépaysant, “Fardeaux” reste dans les mémoires au même titre que “Petzis”.

“Notre amour” de Claude Lalumière relève du bizarro avec cet amour aux allures de bébé et cimentant les rapports d’un couple. Le tenir est si fort qu’il ne peut en découler que jalousie. Un texte étonnant et dérangeant, bien dans la manière de l’auteur dont chaque traduction mérite l’intérêt.

Dernier texte au sommaire, “Démonothérapie” de Geneviève Blouin. Dans le monde décrit, être athée n’est plus possible, il faut choisir parmi les religions en activité. Une émission de conversion fait fureur. Les candidats, victimes de rafles dans le quartier des athées, n’ont plus le choix, il leur faut trancher ! Un prêtre exorciste et un banisseur font équipe pour rattraper un démon échappé d’un asile. L’histoire fait aussi bien sourire que frémir. Geneviève Blouin distille parfaitement les deux sentiments antagonistes et l’ensemble bien vu se lit d’une traite.

“Les carnets du Futurible” constituent un rendez-vous incontournable de « Solaris ». Ce trimestre, Mario Tessier revient sur les règles à calcul et les calculateurs analogiques d’autrefois. Ce qui est toujours appréciable, c’est que le rédacteur y évoque aussi des faits personnels, entrant ainsi en interaction avec les lecteurs. Et le numéro se conclut sur des chroniques de films et de livres.

Bizarrement ce ne sont pas les nouvelles primées que les lecteurs retiendront forcément de cette livraison de « Solaris », mais plutôt “Petzis” de Michèle Laframboise et “Fardeaux” de Sébastien Chartrand, sans oublier cet outil autrefois si utile et aujourd’hui si mystérieux dans son fonctionnement, la règle à calcul.
Le contenu de « Solaris » permet toujours d’y trouver son compte, quelles que soient les attentes du lectorat.


Titre : Solaris
Numéro : 203
Direction littéraire : Jean Pettigrew, Pascale Raud, Daniel Sernine et Élisabeth Vonarburg
Couverture : Grégory Fromenteau
Type : revue
Genres : nouvelles, articles, critiques
Site Internet : Solaris ; numéro 203 
Période : été 2017
Périodicité : trimestrielle
ISSN : 0709-8863
Dimensions (en cm) : 13,2 x 20,9
Pages : 160
Prix : 12,95 $ CAD



Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
19 août 2017






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