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Oiseau des tempêtes (L’)
Serge Brussolo
Fleuve éditions, Littérature, roman (France), piraterie/aventure, 400 pages, novembre 2016, 19,90€

Louis XIV règne, vit dans le faste mais la France crève de faim et de misère. La mère de Marion qui était comédienne a joué devant le roi et le rencontrer l’a poussée vers la folie. Les deux ont trouvé refuge dans un coin perdu de Bretagne chez un baron tombé en disgrâce.
Sans le sou, ce dernier et les habitants du village sont devenus naufrageurs afin de piller les bateaux qu’ils auront attirés dans les récifs lors des tempêtes. Cette pratique est durement punie et ils risquent gros. Le baron finance ainsi la réfection d’un bateau maudit à bord duquel il veut fuir et mener une carrière de pirate. Pendant ce temps, la jeunesse et la beauté de Marion attirent les regards, mais également les ennuis. Tout cela ne peut que mal finir.



Serge Brussolo écrit beaucoup, c’est un écrivain prolifique qui ne se cantonne pas à un seul genre ni à un seul nom de plume. D’ailleurs la bibliographie en début d’ouvrage me semble bien légère par rapport à la réalité. Lire Serge Brussolo revient à s’immerger dans des histoires souvent étonnantes.
« L’oiseau des tempêtes » tient beaucoup du roman historique, car il dépeint l’époque sous le Roi-Soleil : les conditions de vie difficiles de la population, les moyens illicites pour sortir de la misère (naufrages provoqués, fabrique de fausses monnaies...), la répression et ses sanctions disproportionnées (hommes envoyés aux galères, femmes dans les colonies et mariées de force). Il relève aussi de la piraterie, ou plus généralement de l’aventure, avec saccage d’une île, recherche de trésors, luttes et fuites pour la survie... Même du fantastique se trouve au menu avec le passé du bateau maudit L’oiseau des tempêtes et de sa figure de proue qui a goûté au sang et fait régner la terreur sur la contrée. La folie habite plusieurs des protagonistes : la mère de Marion qui ne s’est jamais remise de sa rencontre avec le roi, le baron de retour des Amériques et qu’un poison insidieux rend fou, un vieux boucanier hanté par un mystérieux trésor...
Serge Brussolo sait comment intéresser les lecteurs à force petites choses alimentant le récit. Par contre, la direction générale apparaît plus énigmatique. L’ensemble s’attache à Marion et à ce qui lui arrive. Le lecteur assiste donc à une succession d’événements jusqu’à une fin ouverte qui invite à une suite, sans qu’il y ait vraiment un cliffhanger. Des pistes à suivre sont données, mais un second tome est-il seulement au programme ? On peut s’interroger, surtout au vu de quelques exemples de séries de Brussolo qui n’ont jamais connu de fin. Je pense aux cycles écrits sous les pseudos de Kitty Doom et Daniel Morlock en Présence du Futur.

« L’oiseau des tempêtes » combine beaucoup d’inspirations diverses et cet aspect s’avère très plaisant, mais j’attendais plus d’un roman de Serge Brussolo. Toutefois, le cadre choisi, proche de la réalité, restreint la marge de liberté. De plus, il ne s’agit pas de science-fiction ou de fantastique qui permettent à l’auteur de lâcher les chevaux en terme d’inventivité.
De tous les personnages croisés, Marion se situe au centre du récit, mais elle fait beaucoup de rencontres pour le meilleur et le pire. Alors qu’elle est sauvée par un officier prêt à tout quitter pour elle (là, c’est cousu de fil blanc !), elle a vu peu avant Chavral, l’ancien garde-chasse du baron, qui a soif de vengeance et qui n’a jamais accepté qu’elle se refuse à lui. Depuis, il est devenu le capitaine du bateau maudit et fait régner la terreur sur mer.
Au fil des rencontres, d’autres aspects de la société sont présentés à travers ses acteurs. L’ensemble est plaisant et le déroulement est implacable, additionnant action-réaction dans un but un brin mystérieux.

« L’oiseau des tempêtes » appelle une suite, ce livre s’apparente à une introduction vers d’autres aventures mettant en scène Marion et deux figures que tout oppose : l’amour et la haine vis-à-vis de la jeune femme. L’Histoire et la piraterie servent de toile de fond au roman qui dresse un portrait sans concessions de la société sous Louis XIV. De l’exotisme, un brin de fantastique pimentent l’ensemble. Mais est-ce suffisant pour les amateurs de Serge Brussolo ?
« L’oiseau des tempêtes » s’adresse à un public plus large, alors la question ne se pose pas vraiment. Lire Brussolo offre toujours de bons moments et c’est là l’essentiel !


Titre : L’oiseau des tempêtes
Auteur : Serge Brussolo
Couverture : Nicolas Galy
Image : © Andrey Voskressenskiy / Dreamstime
Éditeur : Fleuve éditions
Collection : Littérature
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 400
Format (en cm) : 14 x 21
Dépôt légal : novembre 2016
ISBN : 978-2-265-09736-0
Prix : 19,90 €



Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
29 juillet 2017






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